‹ Les distractions de La FontaineChapitre 99 sur 109 · VERS MIS AU BAS DU PORTRAIT DE MEZETIN · texte numérisé non relu

VERS MIS AU BAS DU PORTRAIT DE MEZETIN

PEOT PAU DE TROÏE, ET GRAVÉ PAR WERMEULEN.

Ici de Mezetin, rare et nouveau Prolée, La figure est représentée :

La nature l'ayant pourvu Des dons de la métamorphose, Qui ne le voit pas n'a rien vu ; Oui le voit à vu toute chose

A MONSIEUR L'ÉVÈQUE D'AVRANGIIES,

E?{ LUI DON?<AlNT UN QU1>TILIEN DE LA TRADUCTION dHorTATIO ToSCANELLA.

Je vous lais un présent capable de me nuire, Chez vous Quintilien s'en va tous nous détruire ; Car enfin qui le suit ? qui de nous aujourd'hui S'égale aux Anciens tant estimés chez lui ? Tel est mon sentiment, tel doit être le vôtre : Mais si votre suffrage en entraîne quelqu'autre, Il ne fait pas la foule, et je vois des Auteurs Qui, plus savants que moi, sont moins admirateurs. Si vous les en croyez, on ne peut sans faiblesse, Rendre hommage aux Esprits de Rome et de la Grèce. Craindre ces Ecrivains ! on écrit tant chez nous, La France excelle aux Arts, ils y fleurissent tous. Notre prince avec art nous conduit aux alarmes. Et sans art nous louerions le succès de ses armes. Dieu n'aimerait-il plus à former des talents.^ Les Romains et les Grecs sont-ils seuls excellents ?

' Constantin, auteur de la troupe Italienne. (Voir collection Hennin B. Ni«).

Leurs discours sont fort beaux, mais fort souvent frivoles.

Je ne vois point l'effet répondre à ces paroles,

Et faute d'admirer les Grecs et les Romains,

On s'égare en voulant tenir d'autres chemins.

Quelques imitateurs, sot bétail je l'avoue,

Suivent en vrais moutons le Pasteur de Mantoue' :

J'en use d'autre sorte, et me laissant guider,

Souvent à marcher seul j'ose me hasarder.

On me verra toujours pratiquer cet usage,

Mon imitation nest point un esclavage,

Je ne prends que l'idée, et les tours et les lois,

Que nos Maîtres suivaient eux-mêmes autrefois.

Si d'ailleurs quelque endroit, plein chez eux d'excellence,

Peut entrer dans mes vers sans nulle violence.

Je l'y transporto et veux qu'il n'ait rien d'affecté.

Tâchant de rendre mien cet air d'anliquité.

Je vois avec douleur ces roules méprisées.

Art, et guides, tout est dans les Champs-Elysées.

J'ai beau les évoquer, j'ai beau vanter leurs traits

On me laisse tout seul admirer leurs attraits.

rérence est dans mes mains, je m'instruis dans Horace,

Homère et son Rival sont mes Dieux du Parnasse ;

Je le dis aux Rochers : on veut d autres discours,

Ne pas louer son siècle, est parler à des sourds.

Je le loue, et je sais qu'il n'est pas sans mérite :

Mais près de ces grands noms notre gloire est petite :

Tel de nous, dépourvu de leur solidité,

IN'a qu'un peu d'agrément sans nul fonds de beauté.

Je ne nomme personne, on peut tous nous connaître.

Je pris certain Auteur- autrefois pour mon Maître :

• Virgile (note de La Fontaine).

■ Voiture.

Il pensa me gàter^ ; à la fin, grâce aux Dieux, Horace par bonheur me désilla les yeux. L'auteur avait du bon, du meilleur, et la France Estimait dans ses vers le tour et la cadence. Qui ne les eût prisés ? J'en demeurai ravi : Mais ses traits ont perdu quiconque l'a suivi. Son trop d'esprit s'épand en trop de belles choses : Tous métaux y sont or, toutes fleurs y sont roses-, On me dit là-dessus : De quoi vous plaignez-vous ? De quoi ? Voilà ines gens aussitôt en courroux ; Ils se moquent de moi, qui, plein de ma lecture, Vais partout prêchant l'art de la simple nature. Ennemi de ma gloire et de mon propre bien, Malheureux, je m'attache à ce goût ancien. Qu'a-t-il sur nous, dit-on, soit en vers soit en prose .•* L'antiquité des noms ne fait rien à la chose, L'autorité non plus, ni tout Quintilien. Confu.i à ces propos j'écoute, et ne dis rien. J'avouerai cependant qu'entre ceux qui les tiennent J'en vois dont les écrits sont beaux et se soutiennent, Je les prise, et prétends qu'ils me laissent aussi Révérer les Héros du livre que voici.

Recevez leur tribut des mains de Toscanelle A'e vous étonnez pas qu'il donne pour modèle A des Ultramontains un auteur sans brillans. Tout peuple peut avoir du goût et du bon sens, Ils sont tous d'un pays, du fond de l'Amérique ; Qu'on y mène un Rhéteur habile et bon critique,

' Quelques auteurs de ce temiDs-là affectaient les antithèses, et ces sortes de pensées qu'on appelle concettri, cela a suivi immédiatement Malherbe ^ISote de La Fontaine).

Vei'S de Malherbe. (Note de la Fontaine).

Il fera des savants. Hélas ! qui sait encor

Si la science à l'homme est un si grand trésor ?

Je chéris l'Arioste, et j 'estime le Tasse ;

Plein de Machiavel, entêté de Boccace,

J'en parle si souvent qu'on en est étourdi,

J'en lis qui sont du Nord, et qui sont du Midi.

ÎVon qu'il ne faille un choix dans leurs plus beaux ouvrages

Quand notre siècle aurait ses savants et ses sages,

En trouverai-je un seul approchant de Platon ?

La Grèce en fourmillait dans son moindre canton.

La France a la satyre et le double théâtre,

Des bergères d'Urfé chacun est idolâtre ;

On nous promet l'Histoire, et c'est un haut projet.

J'attends beaucoup de l'art, beaucoup plus du sujet :

Il est riche, il est uaste, il est plein de noblesse :

Il me ferait trembler pour Borne et pour la Grèce.

Quant aux autres talens, l'ode, qui baisse un peu,

Veut de la patience ; et nos gens ont du feu.

Malherbe avec Racan, parmi les chœurs des anges,

Là-haut de l'Eternel célébrant les louanges,

Ont emporté leur lyre ; et j'espère qu'un jour

J'entendrai leur concert au céleste séjour.

Digne et savant Prélat, vos soins et vos lumières

Me feront renoncer à mes erreurs premières :

Gomme vous je dirai l'Auteur de l'univers.

Gependant agréez mon Rhéleur et mes vers.

[Œucres Poslliumes).

LES DISTRAC riONS DE LA FONTAINE 381

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