CI'NE VI
•^ I.KONOR.
Il s'agit de me prêter poitr ce soir ce joli costume qui vous vient d'Espagne.
SILVIA
Et pourquoi?
LÉONOR
Pour aller au bal donné par le doge,
SILVIA
î\Iais VOUS m'avez dit que votre mari ne voulait pas?..
LÉONOR
Il faut absolument que je m'y rende... sans cela, ma réputation serait à jamais compromise... Votre déguisement est inconnu à Venise, et, grâce à lui, je réussirai dans ma démarche , sans que personne puisse se douter...
SILVIA
Que je suis donc fâchée , Signora. .. ce bal,,, je crois avoir promis à mon mari d'y aller.
LÉONOR
Vous n'avez pas un intérêt aussi puissant que moi, et vous pouvez trouver mille prétextes pour vous dispenser...
SILVIA
Non, le seigneur Bélino veut absolument que je prenne ce costume et que je l'accompagne,
LÉONOR
Tenez, Signora, vous êtes discrète, et, en vous dévoilant le motif qui me fait tant insister, vous céderez à mes vœux... Personne ne nous écoute... sachez ce qui vient de m'arriver. La nuit était presque achevée , déjà le jour paraissait, quand, tout-à-coup, ma fenêtre est violemment poussée, et un jeune homme s'élance (lu. balcon dans ma chambre... Jugez de ma surprise et de mou elTroi... Je jette un cri !.. Il veut me rassurer en nie disant que depuis longteuips je devais avoir deviné son amour... Je continue à appeler ma suivante, el'o accourt, et alors, plas rassurée , j'ordonne au téméraire de s'éloigner au plus vite...
SILVIA
Quelle audace !.. Mais c'est un monstre, que cet homme-là !
LÉONOR
Oui... au premier abord, on doit penser... Mais il ne faut pas le juger trop sévèrement,,. Il a été si malbeureusL!
Ah!
SILVIA* LÉONOR
Oui... il m'a raconté que dans son pays, violemment épris d'une femme dont on lui refusait la main, il l'avait enlevée et conduite dans une retraite au fond de la Bretagne...
SILVIA, à part.
Quel rapport !
LÉONOR
Que là, malgré son amour, sa tendresse, l'ingrate l'abandonna pour suivre un mousquetaire • noir.
SILVIA, à part.
fin lïiousfjuetairc !.. mais c'est lui !
LÉONOR
El.ccUc nuit, s'il a osé pcnélicr chez moi, c'est qu'il a dû cùdev à ini eiitraîiicnicnt iriYîsistil)Ie... car, tout en moi. dit-il, lui rappelle la personne qu'il a si tendrement aimée, et par Jaquellc il a éi6 si indignement trahi ! SILVIA, à part.
Plus de doute, c'est M. de Lucienne.
LÉONOR
Malgré la pitié qui s'était emparée de mon cœur, je lui ordonnai de s'éloigner... mais par le balcon, impossible!.. Déjà le canal était sillonné de gondoles... alors, je lui indiquai cette salle, et par l'escalier de marbre...
SILVIA, entraînée.
Ah ! quelle aventure!
LÉONOR
En s'éloignant, il aperçoit mon portrait, le saisit et s'écrie : c Te voilà donc, ingrate! erfide Clara ! »
Non, Julie!
Clara!
Julie '
LÉOKOR.
SILVIA
LÉONOR
Comment savez-vous?
SILVIA
Ici, il n'y un qu'un instant, en tombant à mes genoux... il m'a raconté la même histoire, au nom près.
LÉONOR
Se pourrait-il !
SILVIA
Vous me voyez tout indignée !
LÉONOR
Et moi donc, qui le croyais!., qui ra'appitoyais sur son sort... Ah! l'infâme! voyez maintenant, les dangers que je puis courir en laissant mon portrait entre les mains d'un pareii homme!.. C'est pour le reprendre que je vous supplie de me prêter votre costume.
SILVIA
C'est pour ravoir le mien que je vous refuse.
LliONOR.
Le vôtre ?
SILVIA* Comme à vous, il me l'a enlevé en s'écriani : «Te voilà donc, ingrate ! perfide Julie ! « LÉONOR, vivemenl.
Mais, Silvia, nous sommes perdues!
SILVIA
Oui, car ces deux portraits... M, de Lucienne ne les rendra pas... il ne les a pris que pour en faire un trophée... que pour nous perdre de réputation... sa vanité se giirdera bien de dire comment ils sont tombés cnlrc ses mains.
.®» LKONOR.
Je frémis !.. que faut-il faire ?
SILVIA, rénéchissant.
Le départ de M. de Lucienne pourrait seul nous sauver... il faudrait que dans une heure il quilifii Venirc...
LÉONOR
Mais comment? c'est impossible !
SILVIA, bas, à Lconor.
Bélino!..Déjà de retour !
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