SCÈNE IX
LE VICOMTE, seul.
Ma foi! le bonlieur m'arrivc plus vile que je n'osais l'espérer... (llcgardant le l)illet(lc Silvla.) Oui, voilà bien un teiuire rendez-vous... Pas de signalure... c'est sans doute de Léonor... Elle est thannantc, et ce sera ma plus doliriousc conquête!.. l'sou, la jeune siguora que j'ai lencontrée ici, ce malin, est peut-être plus piquante encore... Je brûle de la retrouver!.. Oh ! elle viendi'a au bai du doge, et ces deux portraits que j'ai si léuiéraireinent enlevés , bientôt ils m'appartiendront légitimement!... ils seront le plus bol ornement de ma collection!.. 11 me tardait de voir rassemblés dans un même cadre tous ces minois cliarmans!.. Aussi, je vieiis à l'instant même de confier ce travail à un homme discret, à Lorenzo l'orfèvre... M. de r.ichelieu, vous êtes bien fier de votre table de porphyre , dans laquelle vous avez fait enchâsser votre musée féminin... Vive Dieu! !e mien l'emportera sur le vôtre, grâce à mon voyage d'Italie!.. Le peintre rapporte de ces climats une copie de Raphaël ; le poète, un rameau cueilli sur la tombe de Virgile ; le naturaliste, une lave arrachée au cratère brûlant du Vésuve; l'antiquaire, une coupe où buvait Lucullus... Moi, j'aime les chefs-d'œuvre plus modernes, et, de retour en France, c'est avec orgueil que je vais dire à mes amis, en leur montrant ma collection : Voila mes souvenirs d'Italie!..
Ici, vous voyez réunies,
Dans ce tableau liclie et brillant,
Femmes piquantes et jolies.
Anges mortels au cœur aimant.
Contemplez la jeune Romaine
Au regard fier et solennel !
De sa beauté , comme elle est vaine!
Nediraiton pas une reine
Du Corrége ou de Raphaël?
l'arfi is, pourtant, celle inluimaine
S'humanise... Et, quand vient le jour
Où l'amour dans ses nœuds l'euchaîne,
Sa vie appartient à l'amour !..
Mais, voici la Napolitaine,
Aux cheveux noirs, au teint vermeil!
Je crois la revoir dans la plaine
Où la saltarelle l'entraîne,
Quand cesse l'ardeur du soleil.
Et la Vénitienne
A l'esprit si malin,
Dont la jalouse haine
Vous poursuivra sans fin, Elle est là , La voilà !
Ici, vous voyez réunies.
Dans ce tableau riche et brillant, Femmes piquantes et jolies.
Anges mortels au cœur aimant.
Mais celle que j'attends, qu'elle tarde à venir! Voyons,., voyons...
(Il se dirige vers une porte à gauche. Au même instant on entend mettre le verrou au dehors.)
Que signifie?.
(Il va vers une autre porte, même bruit de vcrroux. ) j
Veut-on m'cmprisonner ici ?
Cette porte se ferme aussi!..
Dans sa brutale jalousie.
L'époux d'une femme jolie Veut-il se venger aujourd'hui?
A trembler, vraiment, jccommence !..
Mais aussi, c'est trop d'imprudence!
Oser venir en ce palais.
Où le Conseil, dans sa vengeance.
A souvent prononcé de sinistres arrêts !..
(Les fenêtres du fond se ferment précipitamment. Obscurité complote. Se dirigeant avec effroi vers la porte du fond.)
Mais
, par ici... je puis peut-être...
(Au moment où il l'ouvre, deux hallebardiers paraissent, et lui font signe qu'il est prisonnier.)
Allons, tout est fini !..
Et ce rendez-vous, cette lettre...
C'était un piège !.. Hélas I je suis trahi !
(On entend un mouvement de marche, grave et solennel , et l'on voit paraître deux huissiers masqués portant des flambeaux ; ils placent la table et les fauteuils au milieu du théâtre, et, bientôt après, entrent dix juges en robes rouges et masqués. Ils s'asseyent autour de la table.)