‹ Les dixChapitre 25 sur 30 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

Les MÊMES, SILVIA, LÉONOR.

SILVIA, bas, à Léonor, envoyant le vicomte.

Il n'est pas parti !

LÉONOR, de même.

Tout est découvert!

LE VICOMTE, à part , avec contrariété.

Léonor et mon inconnue ensemble !

PIQUELLI, montrant Léonor.

Vicomte, je vous présente la signora Léonor, ma noble épouse.

BÉLINO, à part, en riant.

Oui, va, présente. (Haut.) M. de Lucienne, la signora Silvia , ma femme.

PIQUELLI, à part.

Dieu! que je vais me divertir au bal! (Haut, à Léonor.) Dis-moi , j'ai changé d'avis... nous irons chez le doge.

LÉONOR , hésitant et regardant Silvia.

Vraiment... je ne sais si je dois....

PIQUELLI, à Léonor.

Oh ! nous perdrions trop à ne pas aller à cette fête... Elle sera curieuse et nouvelle... mascarades gaies et brillantes... intrigues amoureuses , musique enivrante !

SILVIA

Et parmi les surprises que nous ménage le (loge, nous devons même avoir la comédie.

BÉLINO.

Bah !

SILVIA

Oui, une petite pastorale dont une de nos amies vient de nous raconter le sujet... C'est assez piquant. Un jeune berger courtise deux bergères à l'insu l'une de l'autre... A chacune de ces pauvres innocentes il débite les déclarations les plus passionnées, les plus brûlantes,

«^ et finit par dérober à l'une un nœud de rubans, ! à l'autre, son bouquet... Jusque là, le berger I peut croire que son adresse le fera triompher; I mais, par malheur pour lui , les doux bergères j se trouvent réunies le soir à la veillée... elles ' causent, elles se confient leurs petits secrets de l jeunes filles ctbie;itôtelles découvrent que , pour ' tléchir leurs cœurs, le même langage, les mêmes complimens leur ont été adressés par le même amoureux!

le" VICOMTE, à part.

Ah ! diable !

BÉLINO.

Ça m'intéresse beaucoup !

SILVIA

Après leurs confidences mutuelles, vous voyez d'ici la situation des deux femmes ?..

PIQUELLI,

Parfaitement !

SILVIA

Alors, Julie et Clara...

LE VICOMTE, à part.

Je suis pris !

SILVIA

C'est le nom des deux bergères... Julie et Clara rencontrent le galant, ne lui cachent pas qu'elles sont instruites de tout , qu'il ne peut conserver le moindre espoir , et qu'il n'a plus qu'à leur rendre les gages qu'il a surpris, qui ne lui furent jamais donnés.

PIQUELLI.

Et les rend-il ?

A sa place , ma foi ! je ne rendrais rien du tout ! Tant pis pour les bergères !

SILVIA, regardant le vicomte.

Le berger est plus sage que cela... les deux pauvres femmes lui font comprendre que, fortes de leur innocence , loin de racheter leurs gages comme il l'entend, elles vont à l'instant tout avouer à ceux de qui elles dépendent... implorer l'appui de leurs tuteurs, et , tombant à genoux, demander protection , justice et vengeance.

BÉLINO.

Ah ! il y a des tuteurs ?.. J'aurais préféré des maris.,, deux gros bergers...

PIQUELLI.

Enfin, il restitue?

LE VICOMTE

Oui, par un sentiment de délicatesse et de loyauté qui ne saurait s'éteindre dans son cœur...

PIQUELLI.

Vous connaissez donc la pièce?

LE VICOMTE

Sans doute... elle vous vient de France... et j'y ai même joué le principal rôle...

BELINO , étonné.

Bah!

PIQUELLI.

^ Mais pour restituer, comment s'y prend-il ?

SILVIA

Ah !.. j c ne me souviens pas trop !

LE VICOMTE

Je puis vous aider... Le berger se rapproche des bergères, leur demande pardon des torts que leur beauté peut seule faire excuser , promet de s'éloigner du hameau... puis , leur prenant la main , il rend ruban et bouquet.

(Il remet à chacune son portrait.) JIÉLINO.

Comment , en présence de tuteurs I

PIQUEI.LI.

C'est bien invraisemblable !

LE VICOMTE

Pas tant... Des tuteurs, ça ne voit rien... BÉLI.XO, riant.

Comme les maris...

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