‹ Les doasChapitre 9 sur 33 · LA CROIX ABANDONNÉE · texte numérisé non relu

LA CROIX ABANDONNÉE

ou LE SÏRIGOÏ (vampire)

Au fond de ce vaste précipice où le vent en fureur souflle éternellement, vois-tu une croix abandonnée qui est sans cesse agitée par la rafale ?

L'herbe ne croît pas tout autour, et jamais aucun oiseau n'arrête son vol pour se poser à son sommet, car on entend sous terre gémir en tout temps une voix lamentable, une voix effrayante !

Là-bas, pendant l'obscurité de la nuit, on voit des milliers de feux follets luire et voltiger mystérieusement, et tout h coup, à leurs pâles lueurs, apparaît un fantôme qui blasphème.

Voyageur infortuné, fuis loin de ce sentier maudit si ton cheval est de race, car sous la croix de cette tombe où la paix ne descend jamais, gît un vampire solitaire !

Jadis, par une nuit obscure, de doux chuchottements d'amour flottaient mystérieusement dans l'air; deux ombres tendrement embrassées erraient dans la vallée et parlaient d'amour éternel.

Tandis que sur le sommet d'une colline lointaine on voyait à peine se mouvoir, aux pâles reflets des étoiles, un blanc coursier enfanté par le vent , sa crinière était tout hérissée, et ses sabots légers marquaient des traces sur le sol.

(( Ne pars pas, non, mon ami, disait la tendre jeune fille d'une voix émue et les yeux pleins de larmes. Oh ! je t'en conjure au nom de la sainte croix, reste auprès de moi, mon bien-aimé; ne t'éloignes pas !... » Mais le jeune homme ne répondit pas....

Il prit sa maîtresse dans ses bras, la pressa ardemment sur son cœur, lui donna un doux baiser, puis s'éloignant rapidement et s'élançant avec joie sur son coursier de guerre il disparut dans l'obscurité.

Qui ose courir ainsi au sein de la nuit comme un esprit de tempête? qui fuit ainsi, à la douzième heure nocturne ? C'est un cheval blanc avec son maître.

Le vent souffle et gémit, le cheval s'élance bravement et dépasse le vent dans sa course Mais voici,'

voici qu'à travers les vapeurs de la plaine apparaissent tout à coup des milliers de feux follets.

Ces lueurs trompeuses volent et s'éloignent ; le cheval vole également et les poursuit ; mais à chaque pas, il approche rapidement du précipice Arrête, arrête!.... Du haut des rochers ils tombent ensemble, cheval et cavalier, dans le gouffre immense !....

Et depuis, on entend au fond de ce gouffre des gémissements et des blasphèmes impies que le vent de la

nuit otupoile; o\ depuis il apjtiiriiîl souveiil un laiilùinc horrible (|ui sort du tombeau.

L'HEURE TATALE

Par le veisanl de la montagne passe une belle armée. \ine armée de Romains. Ce sont des braves d'élite qui vont combattre des hordes de païens,

Tandis que du sommet d'une verte colline qui se perd parmi les grandes montagnes, deux jeunes fdles, deux sœurs, blanches fleurs de muguet, les suivent de leurs regards et de leurs regrets.

(( Vois-tu, ma sœur, l'armée descendre là-bas sur le versant ? les vois-tu , nos braves montagnards, pénétrer là-bas dans la forôt de chênes , et disparaître les uns après les autres?

(( Hélas ! on ne les aperçoit plus ! qui pourra croii'e il mes terreurs... car cette armée est commandée par mon vieux père et par mon jeune amant.

« Ils s'en vont dans la vallée, où le pays gémit amèrement, et se débat sous le glaive du Tatare féroce.

u Ils descLHident aux pieds des montagnes, armés de

leurs glaives nus , et crois-moi , petite sœur, il y aura bien du sang de versé dans les hordes ennemies.

« Car notre vieux père est impitoyable pour les païens, quand il se précipite dans la mêlée ; notre père est un Romain fort et vaillant comme le prince Étiennele-Grand, et il a du bonheur au sein des combats.

<( Je ne redoute rien pour lui, mais, hélas ! je frémis en pensant à mon ami Lissandre, qui est si jeune encore et que j'aime tant !

(( Mon doux ami n'a chassé jusqu'à ce jour que des oiseaux de proie et des cerfs aux grandes cornes ; c'est la première fois de sa vie qu'il va faire la chasse aux Tatares.

« Et j'ai bien peur, et mon cœur se brise quand je pense à lui, car il aime beaucoup les dangers ; il aime beaucoup à faire des actions valeureuses , mon jeune bien-aimé !

— Tais-toi, ma chère enfant, ne pleure pas d'avance sur le sort de ton amant , car te préserve le Seigneur Dieu de parler ainsi dans une heure fatale !

(( Allons plutôt au monastère pour avertir le saint ermite de brûler de l'encens et de prier Dieu, afin qu'il ne reste plus de trace de Tatare sur la terre. » .

L'armée victorieuse a fait disparaître l'ennemi féroce ; il n'en reste plus de trace sous le soleil ; et maintenant voici nos braves Romains qui retournent aux montagnes, conduits par leur vieux capitaine.

Mais, hélas ! la malheureuse jeune fdle cherche en vain son amant parmi les guerriers ; il avait succombé dans la mêlée après avoir fait des actes d'héroïsme !...

Les vieillards de mon pays assurent qu'il y a dans

la vie des heures favorables el des heures fatales. Malheur à ceux, malheur h celles qui prononcent des vœux dans une heure fatale !

LA STRUNGA

Dans la forêt de Strunga, il est des brigands aux longs fusils, qui se jettent furieux sur la bourse des voyageurs.

Brigands terribles, enfants de mères folles, qui tirent sur la lune elle-même, et qui savent si bien faire chanter la feuille des arbres pendant la nuit (').

Pauvre passant chrétien ! écarte-toi de cette route fatale, si tu veux terminer ton voyage sans malheur et sauver le reste de tes jours.

Lti, dans un fourré que le soleil n'éclaire jamais, les

(') Les habitants de la Romanie ont un talent admirable pour faire chanter les feuilles de certains arbres ; ils les placent entre leurs lèvres et leur impriment des vibrations qui produisent des mélodie? foui à fait (îtrangi-s

mécréants te guettent pour te dépouiller et t'arracher la vie !

Vois-tu cette faible lueur dans la clairière voisine t)ii l'on entend la chouette gémir lugubrement?

Là se tiennent huit hommes intrépides, aux larges épaules, aux manches retroussées et aux carabines chargées.

Trois d'entre eux embrassent une sainte croix; trois autres se livrent aux plaisirs de la lutte ; l'un boit, et le dernier chante ainsi :

« Ohé ! Ciokoï, chargé de richesses, que ne passestu dans ces lieux pour tes péchés je te logerais

si volontiers deux balles entre les épaules !

(( Ohé ! la jolie fille ! que ne diriges-tu tes pas vers

ce fourré mystérieux j'ajouterais de si bon cœur un

nouvel éclat à ta beauté !

(( Car mon fusil est greffé d'une bonne dose de poudre, ma massue est tout hérissée de pointes aiguisées, et mon cœur est mordu par le désir.

(( Ohé ! toi, le massacreur de vieilles femmes, qui es de garde en ce moment, que ne siffles-tu plus tôt pour nous donner le signal du combat?

(' Mon brave fusil prend de la rouille ; les pointes de ma massue s'émoussent, et mon coursier bai piaffe et hennit d'impatience.

(( Dans la forêt de Slrunga, à quoi servent les longs fusils si Ton manque de voyageurs à la bourse bien garnie ! »

Ml I

FET-LOGOFETC

— 0 Fet-Logofet, aux boucles ondoyantes, aux. clieveux dorés , arrête ici pour te reposer, car le dragon noir te guette là-liaut sur la montagne.

— 0 charmante jeune fille , aux longues tresses, k la riche ceinture ! je ne crains pas le dragon noir, car mon bras est fort et lourde ma massue.

— Hardi jeune homme , à la figure si douce et aux yeux de flammes ! le dragon est énorme , il est sans pitié aussi.... Ah ! reste ici, de grâce.

— Bel ange des étoiles, aux yeux noirs comme le fruit de l'aubépine , au front blanc comme le lis ! tous les dragons de la terre tremblent et s'iiumilient à mon nom.

— Héros jeune et célèbre , au casque rayonnant ! le dragon enjambe les plus hautes montagnes, et, (piand

(') Persoiinap' faiila^ii<|in; dis contes populaires.

il ouvre ses mâchoires, de l'une il touche le ciel, et de l'autre la terre.

— Oiseau des montagnes à la couronne de fleurs ! lorsque mon coursier s'élance , il saute par dessus les mers et vole parmi les nuages.

— 0 Fet-Logofet , aux boucles luisantes , à la voix divine ! ne t'éloignes pas d'ici , ne t'éloignes pas, mon brave chéri, car moi je t'aime à en mourir.

— 0 charmante jeune fdle, aux longues tresses d'ébène , au sein vierge ! pour ton amour, je veux acquérir de la gloire ou mourir !

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