FEB
|V0 "boctxxnaxvea et les commntmUi
L'étranger qui écrit ces lignes a assisté dans le temps aux débats , qui s'élevèrent dans la dernière asseoiblée constituante de Genève à l'occasion de l'article de la constitution qui .établit la liberté de la presse. Il se rappelle encore la physionomie du législateur d'alors, qui estima, que cette liberté^ quoique illimitée pour les Genevois «devait être limitée par de certa^jnes mesures pour les étrangers domici^liés à G«nève« Encore aujourd'hui , permettez-lui de le dire , le cœur de cet étranger commence à tressaillir quand il se souvient à quelle forre majorité , et par quelles concluantes et généreuses raisons l'assemblée repoussa ces étroites insinuations. €e sont là des jouissances qu'on n'éprouve que quand on avéou sous la censure. Aux yeux dé la plupart des Suisses Ja constituante n'aura probablement rien fait que ce dont tout le monde se devait attendre. Permettre à un étranger de vivre dans un pays libre , mais lui défendre de faire usage de la liberté — ce serait une double barbarie... Et pourquoi ? Parce qu'il est beaucoup plus difficile de se taire , dans une républiques où tous les citoyens ont le droit . de parler et. d'écrire , que dans un état despotique , ou tout le monde es'l condamné au mutisme du pénitencier politique. Dans une prison on:respire forcément l'air pourri des cachots; mais si vous me conduisez dans un jardin de roses et que vous me défendiez ensuite d'en respirer le parfum^ alors vous demandez l'impossible -^ vous êtes plus qu'un barbare! Mais si par hasard quelqu'un était tellement enrhumé , qu'il ne sentit rien , oh alors !... Mais ce n'est pas le cas de celui <[m écrit ces lignes et qui se réjouit tous les jours de respirer l'air libre de la Suisse. C'est pourquoi il a voulu préluder par cet article de sa profession de foi , afin que le Fédéral ou quelqu'autre doctrmaire^ tout en se scandalisant de la liberté ddnt se servira un étranger , sache du moins , que cet individu a les organes assez forts pour
comprendre une liberté , qui selon son humble opinion est au dessus de toute constitution et de la doctrine , même de celle de Genève. Assez !
Pour mettre tonte sincérité dans ce récit , je dois aller plus loin encore dans mes confessions ; je dois dire , au risque même d'être récusé par la Revue de Genève , que je suis socialiste-radical ^ ou communiste, si vous voulez. Je sais qu'un des hommes qui écrivent la Revue a une très-mauvaise opinion des socialistes d'un pays voisin. Il m'a dit à moi-même que ces socialistes ont désorganisé tous les partis, qu'ils ont farit dépérir la politique , qu'ils se sont fait les instruments du pouvoir, etc.
Enfin iM. J. Fazy croit qu*avec l'économie politique bien entendue on peut guérir suffisamment tous les maux de la société. Or , selon l'opinion des socialistes allemands , il ne s'agit pas de tout cela; d'après eux il s'agit plutôt de reconnaître quelques principes nouveaux, ainsi : Qne la terre et ses biens appartiennent à tous les hommes; que chacun en doit pouvoir prendre autant qu'il le mérite ; qu'il faut bien distinguer entre le gccin et'le mérite ; que l'argent ne travaille pas ^ qu-'en^générailes vrais besoins des hommes correspondent à leurs facultés ; que lé çrai producteur a le droit de demander un équivalent égal à son produit, droit qui n'existe pi^sqiie pas , parce que ceux qui produisent presque tout ne possèdjeni presque rien, etc.
Si l'on voulait -tlre^' açee bienveillame les conséquences do ces thèsc>sy on ver#^ bientôt que, chez les comiTinnisIcs de celte sorte, il m> s'agit pas du tout d'une abolition de la propriété , cette institution si nécessaire au développement de toutes les facultés physiques, et morales de l'homme. On verrait encore que ces pi^incipes'^n'impliquent pas du tout l'abolition du mariage et de la famille , mais au contraire, que ces institutions éternelles, sans utilité à présent pour beaucoup , deviendraient une possibilité pour tout le monde, du moment que les producteurs cesseraient de nourrir de leurs sueurs ces millions de non et de faux producteurs , si exigeants pour la plupart. — On verrait enfin que pour établir une meilleure organisation de la société, on se pourrait passer aussi bien.de la gamelle commune pour tous, que de ces heures de travail ordonnées par des règlements liberticides.
Digitizêd by VjOOQ IC
Après avoir lu cela , Messieurs les rédacteurs m'éconkrronl-ils encore. Je les supplie de le faire, car je veux plaider ^ci la cause des maltraités , non pas du point de vue social, mais seulement de celui du droit le plus commun , droit qu'on commence déjà à reconnaître chez les nègres et même chez les animaux. M. James Fazy, dans une des dernières séances du grand conseil de Genève ; a parlé dès ouvriers allemands. C'était , à ce que je sache, la première fois qu'on a osé leur accorder une espèce de mention honorable dans une assemblée législative. Mais M. Fazy permetfefa-t-il à prosent à nous autres Allemands , qui aimons grandement ces ouvriers > de lui ^moigncr publiquement notre gratitude et de lui prouver, que cette fois^ il s'est intéressé à des hommes qui du moins ne méritent pas qu'on lés maltraite, comme on le fait toujours et partout. Je l'espère et j'aborde mon sujet.
Il y a à 8Od,d0O ouvriers allemands dans le monde , dont !20 à SS^OOjQ; en Suisse. On les connaît à Genève, les Handwerksbursch., Qui ne les a pas vus cheminer lentement un lourd sac ,sur le dos? -** Pourquoi portent-ils ce sac ? Qb ! la raison en est forte simple. Tout le contenu du sac paierait à peine les frai^ de port pour deux relais.
Après avoir travaillé un an 0|t4eux dans la Suisse et avoir augmenté par cela les richesses de ce pays, beaucoup plus que tous ces riches Anglais, qui viennent gâter vos mœurs républicaines, ils s'en vont faire le tour de France ou d'Italie ou retournent dans leur petite vill^ natale, située en Souabe ou sur les côtes monotones de la Baltique. Quoique mieux payés qu'en Allemagne , ils n'emportent pas assez , pour pouvoir se mettre en repos chez enx dans une petite campagnC) comme font beaucoup de Genevois, revenus de l'Allemagne ou de la Russie, après y &voir si bien instruit les jèuneà seignenrs du pays. Oh non ! nos ouvriers s'en vont ordinairement plus pauvres encore qu'ils sont venus. Hélas ! la [bière est si chère ici et le petit vin si bon marché, l'esprit est si prompt et la chair si iaible !
Ces ouvriers forment une des classes les plus utiles de la société ; ils ont joué un grand rôle dans le monde. Qui ne sait quelle puissante ioflueiice ont exercé sur notre civilisation les métiers , mêmes les plus grossiers. Eh bien , ce ^nt eux qui, dans le cours des siècles , ont colporté de ville
en ville, de pays en pays, tous les pelils avantages , tous les
•noHveaux procédés , tons les nouveaux instruments inventés
49ns les arts mécaniques, dé manière qu'il y a peu d'ateliers
'à/ présent sur le continent européen et américain où l'tn
. n'emploie. les mêmes instrumenis , où Ton ne connaisse les
mêmes petijs mécanismes du mé(ier. Ce rolc va en finissant.
JjCfi inventions vont à présent plus vile que ne marchent les
Handverksbursch. Mais si ces derniers voulaient bien mouler
leurs Icles, un peu carrées il est vrai, mais intelligentes, ils
pourraient jouer un rôle plus grand encore ; ils pourraient
colporter leS" idées nouvelles dont la libre circulation dans
beaucoup depËâvs «si singnlièrement entravée par la censure ,
par la doi^ime et par 'd'autres misérables mesures.
Ce sont peul^étTC les grands services que nos artisans voyageurs oui rendu à l'bumanilé qui font qu'on les traite à présent partout comme -des malfaiteurs. Undank isl der ÎVelt Lohn ! Il n'y a presque pas de gendarme sur le continent qui, en k]nekfU9 temps et endroit qu'il soit, n'ait pas ke droit de leur demander , outre le passeport , leur acte de: naissance et de militaire , de se faire montrer leur argent et .de leur faire rebrousser chemin s'ils ne possèdent pas la somme /9r(?scnf 6. Dans beaucoup d'états de l'Allemagne, ils ne sont pas libres, comme nous autres voyageurs, de cboisir à leur gré, ou le chemin à enfiler, ou l'auberge à coucher. Loin de là! il faut qu'ils prennent la route que lé lieutenant de police a la fantaisie de leur prescrire et qu'ils passent la nuit dans Tauberge qui, depuis des siècles, est desiinée à recevoir les compagnons de la corporation. . , . . :
Bien que les corporations soient abolies dans la plupart des états allemands, cela n'a. nullement dérangé l'imperturbable sagesse de la police allemande. A Francfort, par exemple, tous les ouvriers tailleurs, même ceux qni]travaillaient hors de la ville , étaient forcés également , jusque dans les derniers temps, de coucher tous dans une espèce de caserne- .pleine de punaises cl de gale. Depuis beancoup d'années les ouvriers avaient fait toutes les démarches imaginables pour 86: soustraire à ce casernement ; ils s'étaient adressés au sénat , ils avaient fait des coalitions , ils avaient même incendié plusieurs fois le repaire des punaises. Eh vain ! force est toujours restée àja loi et aux punaises. Ce ne fut qu'à la
suite d'une grande eonspiralren trtrtttée avec' les otivriers de Majence , Worms, Darmsladt, Mattiiheim, etc. qui s^étaient engages sar leur parole dlionneur à éviter pendartt un certain temps la grande route de Francfort, que les ouvriers de cette dernière ville sont parvenus l'année passée à se soustraire aux importunités de la police et de ses protégés, les
1)unaises ! aujourd'hui la fameuse caserne nç sert qu'à loger es ouvriers passants.
Cette coutume de loger les ouvriers voyageurs dans Tauberge de la corporation existe encore dans beaucoup de villes, ou i"! n^y a plus de corporation. C'est un grand inconvénient ! car le père d'auhmge ( Herbergsvaler ) qui n'a à craindre ni les concurrents, ni l'œil du maître de la corporation ( Zunftmeister ) sous la surveillance duquel il était autrefois, ne se donne pas trop de peine à mettre toujours des draps bien propres dans ses lits. De là impossibilité pour les ouvriers de se garantir toujours de certaines maladies de la peau. Tant mieux ! c'est précisément ce qu'il faut à la police allemande , c'est précisément l'impossible qu'elle aime tant à exiger. Elle a donc donné l'ordre à ses séides d'exiger des ouvriers outre leur acte d'origine, etc. etc. encore deux certiBcatb, l'un portant, qu'ils sont pwre-peaw ( hautrein ) , l'autre qu'ils sont vaccinés , et de les emprisonner jusqu'à ce que le médecin de la petite ville soit de retour de ses courses pour se' convaincre par une inspection scientifique que la dite peau est en règle. '
Une impossibilité d'un autre genre se présente souvent aux ouvriers , c'est de garder leur argent si , pendant plusieurs semaines de la mauvaise saison , ils n'ont pas d'ouvrage. Le nombre des ouvriers augmente toujours pendant que le nombre des maîtres diminue. Jadis il y avait partout des caisses de corporations, où ils pouvaient prendre un viatique et si cela ne suffisait pas, il leur était permis de s'adresser à l'hospitalité des paysans et des bourgeois. Encore aujourd'hui, le peuple en Allemagne ne voit rien d'ignominieux à ce qu'un ouvrier en voyage demande l'aumône. On là leur fait volontiers et avec une religieuse bienveillance. Mais la police pense autrement. Au lieu de s'étonner de ce que tous les ouvriers , grâce à ces vexations , ne sont pas devenus des brigands , elle craint que la mendicité ne les rende vagabonds , ce qui arrive quelquefois. Elle fait donc la chasse •
aax ouvriers snsncris de mendicité « qui presque partout eii Allemagne, nesl regardée eomme crime par la police, que quand elle se rencontre chez les ouvriers, qui paurtant dans la plupart des cas y sont forcés par la nécessité la plus urgente.
Tout cela y Messieurs , se passe encore au milieu du 19* siècle, an sein même de cette bonne Allemagne, où l'on parle tant à présent de l'émancipation des juifs , dès femmes , des animaux, des ouvriers même , mais où Ton ne fait rien Ijuur personne, si ce n'e^ pour les privilégiés de toute espèce y pour les capitaliste» et pour les bêtes.
Et la Suisse? 11 s'entend que la plupart de ces vexation» cessent dés que l'ouvrier a passé la frontière de ce pays libre. Mais il y a ici pour lui , a autres vexations; il y a des punaises d'une toute autr*? espèce. Oui, la Suisse allemande et romande héberge des misérables qui, par dépit d'avoir perdu le doux plaisir de gouvernemenler seuls leur canton , ou d'avoir été dérangés dans ce doux plaisir par leurs adversaires politiques, il y a des misérables, dis-je, qui, se souciant fort peu de la nature des moyens qu'ils emploient , n'ont pas honte de se servir du nom des ouvriers allemands pour décréditer tous les actes. pi*blics de leurs adversaires , par ce qu'ils savent bien : 1^ que ces ouvriers ne peuvent pas se défendre contre leurs calomnies. 2° Que ces ouvriers sont assez mal vus d^une partie de la classe ouvrière indigène à laquelle ils font concurrence.
Ces misérables apprtiennent à cette école de doctrinaires dont la basse science consiste à faire prendre le change au h n sens commun y moyennant le sophisme et le rabulisme. (Voir les quatre partis de Rohmer , les é ht des philosophiques de Bluntschli, la Dém'àcruHe en Suisse^ par Cherbuliez, ) Je ne veux pas parler ici des doctrinaires en général, mais seulement des plus misérables de l'école et constater une de leurs machinations les plus communes, la dénonciation des ouvriers allemands. Aussi je no \r-'.\ rien avancer que oe que j'ai vu et éprouvé moinodéme. Qu'on m'excuse donc, si je parle encore une fois de ma personne.
Ce fu^ peu de temps après l'assemblée de la Coulevrinière eu 184*2 que le ConsHlutionnel Neuchàlclois contenait une correspondance genevoise , portant que la dite assemblée
avait été composée principalement d'onvriers allemands, qui, après avoir dépensé l'argent mendié sar les grandes routes de la Suisse , étaient venus à Genève pour se procurer par des moyens plus radicaux des rations d'eau--de-vie plus
Ce fut dimanche il novembre vers le soir que je lus cet article , reproduit par un journal genevois. J avais assisté moi-même à l'assemblée en question et je n'y avais remarqué [ue trois ouvriers, ce qui m'avait fâchée parce quej'y voyais le l'indifférence. Je m'indignai donc fortement contre le correspondant genevois, car c'était pour la première fois que je rencontrais le misérable. Ce dimanche soir il y avait séance à la société des industriels allemands dont j'étais membre. Je m'y transportai sur le champ et après avoir traduit l'article à mes compatriotes je les invitai à signer en corps ujie protestation contre les mensonges du calomniateur qui vouhit nous mêler dans des affiaires dont les Allemands à Genève n'avaient pas eu la moindre connaisssmce. Savez-vous ce que le président me répondit au nom de la société et sans que personne osât le contredire ? II me dit, qu'il ne fallait pas protester du tout, que dotre innocence se ferait jour un jour. Il ne me restait plus que de protester tout seul contre le doctrinaire; ce que je fis dans le Journtil de Genèçe , . ,
A cette époque le garçon tailleur Weitling vint à Genève. Je pris son parti ; depuis longtemps il était dans mon opinion , que y sans une réforme sociale , te sort des travailleurs ne pourrait guère s'améliorer. Et it n y a rieQ selon moi de plus instructif pour les ouvriers que la discussion des questions sociales. Or la société allemande était instituée pour l'instruction. Aussi la liberté d'opinion était garantie par ses statuts. Pourquoi donc proscrire 1 opinion sociale?
Weitling fit imprimer chez M. Fick, imprimeur du gouvernement, une feuille*socialiste mensuelle pour défendre ses opinions. Tout-à-coup M. Fick se refusa à continuer l'impression, parce que, m'a dit Weitling, la police l'avait menacé. Weitling alla donc à Vevey , ou il fit imprimer- sa Nouvelle génération, Dansla société allemande, en revanche, on ajouta aux statuts un article portant qu'il était défendu de parler du communisme dans le local de la société.
M. Cramer , qui était alors lieutenant de police, me fit venir chez lui et m'adres?a des représentations sur mes
opinionaqueijèi cherchais à propager parmi les membres de la société des jeuDes industriels allemands, qui, disait-il, inquiétaient singul^rement' Topinioii' publique de Genève. Celte fois notre entretieh fut. très-court. Je lui disque la société avait fait un article contre le communisme et que j'en serais cbassé ,^ dès ^que j'y enfreindrais , ce que j'avais l'intention de faire d'une manière éclatante 4 la première occasion. M. Cramer se contenta de cette déclaration, mais il ne put s'empêcher de rougir un peu pour mes compa* triotés si mal avisés. Peu de temps après on me chassa avec quelques autres da, sein delà société pour avoir défendu le communisme, cootre M.. Fein qui l'avaîl publiquement attaqué;*
Quelque temps après ^ M. Cramer m'invita de nouveau à passeir chez lui pour me dire* que l'heure de mon Renvoi de Genève • était venue, (c On* croit dans toute la ville , ajouta-t-il, que les communistes se wéiewt des affaires du pays ; on reproche à la police de les tolérer. Moi, je ne crois rien de tout cela, je crois* aussi à la sincérité de vos opinions ; mais enfin il faut tranquilliser le public. »
Je fis remarquer là-dessus à M. Cranier que mon communisme n'était rien autre qu'une opinion, qui ne s'était jamais manifestée en faits défendus par la loi, que je n'avais pas la moindre envie d'être le bouc émissaire pour les péchés et les' bêtises des doctrinaires et des vieilles filles de Genève, que je m'iadr^sserais donc entoufcas par la pressé à l'opinion publiqtre' pour lui demander si la liberté d'opinion et de conscience n'existait plus à Q<^riève . Après Celte explication M. Cramer ne parla plus d'expulsion.
M. Cramer appartenait au parti des conservateurs sincères. Il a quitté les affaires depuis que les doclrinaires sont les maîtres à Genève. Voyons ces derniers à l'œuvre.
Au mois d'août 1 843 deux de mes amis vinrent à Genève m'inviter à faire un voyage dans les Alpes. Il me fallait un passeport pour Chàmounix ; M. Deqiole refusa de m'en donner un. Après un interrogatoire et m'avoir relardé un jour, il me remit une carte pour la chancellerie ; malheureusement il avait oublié d'y mettre sa signature et quelques minutes après ;. il avait changé d'opiaion. (c Je ne vous donnerai pas de passeport et j'ai mes raisons. » Ce fut tout ce
qae je pus obtenir de lui. Je lui demanâai^ s'il voulait me permettre de partir sans passeport, il le fit.
Pendant mon absence , qui dura quatre semaines , les journaux français avaient rapporté qu'on avait arrêté à Paris un sieur Becker, communiste. M. Btuntschli, parce qu'il avait eu l'indiscrétion de faiire imprimer dans son fameux rapport mes lettres à Weitling, s'attribua triomphalement dans son Observateur oriental, la moitié au moins des honneurs de cette arrestation. Aussi le département de justice et police de Genève ne douta-t-il pas de l'identité du Becker parti et du Becker arrêté. Grand fut donc l'étonnemeqt de M. Fsesch lorsque je me présentai à lui pour réclamer ma carte de séjour, qu'on avait refusé de renouveller pendant mon absence. Il ne put pas cependant s'empêcher de rire un peu de ce. drôle quiproquo. Ayant pourtant répris bientôt son sérieux il me dit , que je ne pouvais plus rester à Genève , parce qu'il y avait trop de personnes (combien? ) prévenues contre moi ; ( M. Fsesch , qui parla allemand , se servit de l'expression familière k (Ue sie auf der Muck haben » qui ont couché en joue sur vous ) qu'il ne se passait pas de semaine^ que le département de justice et police ne fut dérangé par cette question : a Ce communiste de Becker , ce monstre est-il toujours ièi ? »
Je lui. demandais, si lui aussi me prenait pour un monstre. (( Non!, dit-il, je vous crois honnête homme et s'il dép^endait de moi, vous pourriez rester toujours à Genève. Mais pourquoi , continua-t-il , vous mêlez-vous parmi les ouvriers? Vous les rendez mécontents sans pouvoir améliorer leur sort. )) Oh monsieur ! lui répondis-je , c'est à eux-mêmes à améliorer leur sort. Le premier pas vers ramélioration c'est le mécontentement. Heureux , si je pouvais tous les rendre bien mécontents ; mais hélas ! ils ne le sont pas encore assez. Si un certain contentement était le but vera lequel il fallait tendre, nous devrions envier les ânes de vos laitières , qui quoique mal nourris, bien battus, bien muselés, semblent être beaucoup plus heureux que vos Anglais les plus riches. )> Cetle réponse fit rire M. Faesch, mais il insista : a votre expulsion, me fit-il observer^ était déjà convenue avant qu'on crût que vous aviez été arrêté à Paris ; on vous la ratiCera dés qu'on saura que vous êtes ici. Je ne peux rien faire pour vous ; la majorité du conseil d'état est contre voius ; maif
vous pourriez éviter le scandale d'one expulsion et revenir pins lard , si vous vouliez quitter volontairement Genève. En ce cas je vous donnerai sur le champ vos papiers. »
J'abhorre le scandale , mais le scandale de ce genre je Taime un peu parce qu'il est trés-instructif. Cette bonhomie pourtant, que je n'avais pas encore rencontrée chez ancon autre homme de police, me toucha de si prés que je me sentis trop foible pour lui refuser ce qu'il me demandait dans mon propre intérêt. Après quelques réflexions je lui dis 4 « Eh bien! donnez-moi mes papiers» et alors je partis.
Mais pourquoi M. F^ssch^ qui est conservateur, n'a«t-il pas conservé la bonne opinion qu'il avait de moi? Comment a-l-il pu dire a M. le D'^ Kuhlmann qu'on devait la révolution du canton de Vaud principalement ( le croirez-vous ) à moi. Qui pourrait le croire si ce n*estM. Faesch, homme de bonne foi et plein de confiance dans les hommes , mais entouré de misérables doctrinaires. La Revue de Genève a dit que personne ne croyait aux absurdités propagées snr ce qui se passe dans le canton de Vaud. Elle se trompe , M. Faesch y croit. Il est trop bon enfant pour pouvoir croire à l'incroyable impudence des' doctrinaires. Ne faut-il pas être un misérable pour inventer qu'un pauvre étranger a pu être quelque chose dans une révolution aussi populaire que celle ds Lausanne? J'espère que les 900 étrangers que Le Fédéral ( d'après des informations plus exactes ce n'est pas te Fédéral mais le Courrier Suisse qui a parlé le premier des 900 prisonniers étrangers ) incorpora aux corps-francs prisonniers à Lucerne, au moment où Melternich écrivait sa note, auront été assez forts pour désenchanter M. Faesch à mon égard. S'il ne t'est pas encore, qu'il m'écrive. Je lui fournirai les preuves, que j'ai été très-éloigné des événements en question , aussi bien par principe que par impossibilité. J'aurais honte de publier ces preuves superflues pour tout le monde, mais bonnes peut-être pour désabuser M. Faesch.
Je vous ai fait à présent , messieurs , nn récit fidèle de ce qui s'est passé entre les doctrinaires et les communistes avant l'expulsion de ces derniers. Je pourrais bien en rester là ; mais pour vous prouver ma bonne foi , je dirai encore un mot d.une chose qui s'est passée entre nous seuls et dont les doctrinaires de Genève ne savent rien. Il y a en |)eut-être trois individus parmi tes exilés qui , avec moi , ont été
membres (l'une société secrète dite : der Bund der Gerech- .
tigkeit. Cette société avait pour but le renversement; de
la république de Genève? non , non ! la propagation des idées sociales parmi les ouvriers allemands. Elle ne fut instituée qu'au temps ou la société des jeunes industriels allemands nous avait mis dans la presque impossibilité de les propager autrement, et elle cessa d'exister au moment de la fondation de la société d'instruction. Vous pourrez voir par le fameux rapport de Bluntschli que Weitling a essayé de former une semblable société secrète à Zuri(;h. Vous y trouverez aussi des lettres dans lesquelles je me prononce ouvertement contre les sociétés secrètes qui, du reste, ne sont pas défendues à Genève. N'y a-t-ii pas là la fameuse association protestante avec son comité occulte ? Mais laissons ces enfantillages et parions d'un acte qui ferait honneur à M. Paskewitsch^ oppresseur des Polonais, qui^ disons-le en passant, a comme beaucoup d'autres seigneurs russes un Genevois pour secrétaire ou gouverneur.
Avant de parler de cet acte brutal il faut reclifîer encore les erreurs que M. Fazy a commises dans la session du grand-conseil du 7 mai. En interpellant M. Demole il s'est trompé entre les deux sociétés allemandes , la société des jeunes industriels allemands et la ^ociété d'instruction. Les doctrinaires n'ont pas expulsé ceux qui avaient renvoyé de leur sein les communistes , comme il l'a dit, mais précisément ceux qui sans être tous communistes , avaient établi dans leurs statuts la liberté' d'opinion. Après tout, les renseignements^ uu'on a communiqués à la Revue du 10 avril sont strictement exacts.
Après avoir rectifié et constaté ce que M. Fazy et la Vevue ont dit dans celte affaire , nous voulons rectifier et réfuter les doctrinaires.
Interpellé par M. J. Fa>:y , M. Demole, cbcf doctrinaire du dépurtement de justice et police , a dit un mot sur l'ex- [lulsion des étrangers: u Je ne possède point leurs statuts et n'étais pas membre du conseil d'état à cette époque; mais je pense que quand les étrangers délibèrent collecîivement et publiquement sur les affaires fédérales , il faut bien prévenir les repréf^ailles auxquelles la tolérance d'un pareil
' Voir la note extraite de la Revue de Genève, à la fin de ce cabicr,
fait pourrait donner lieu de la part d'autres cautous ou de la confédération. En outre ces étrangers sont dangereux pour la sociéfé. On a bien demandé Texpuision des jésuiles pour leur morale^ celle des communistes nW pas moins pernicieuse. ))
M. Demole ne conaait donc pas les statuts d'une société qu'il a expulsée., parce qu'il n'élait pas membre du jonseit d'état à l'époque de la ibndalion de lu dite société. Ali la belle excuse ! Mais le jour où M. Demole a dit ces mots , il n'y avait pas encore trois semâmes que la dite société avait ete invitée par une circulaire autographiée du département de jusliçe d'envoyer ses statuts au djt département. J'ai lu , j'ai possédé même celle circulaire. Il y était dit qu'on voulait reviser tous les statuts des cercles et sociétés pour voir si Ton n'y avait pas apporté des changenieuts ultérieurs, contraires à la loi. Ôr la société d'instruction a livré ses statuts : il n'y avait rien de contraire à la loi , parce qu'on n'y avait rien changé depuis la l'ondatien ; elle a envoyé en même temps une liste complète de ses membres. Le département de justice est donc bien juste et consciencieux envers Ico étrangers qu'il renvoyé dans la misère^ aux persécutions policières. N'est-ce pas ? •
M. Demole prétend que les étrangers (expulsés) ont déli-^ béré collectivement sur les affaires fédérales. ^
J'ose dire qu'ici M. Demole ne dit pas la vérité. Non ! Les expulsés n'ont délibéré, ni publiquement ni colleclivenaenl, sur les affaires fédérales ! Faut-il donc qu'un étranger renseigne ce département de justice sans entrailles. Voici les faits.
Au milieu de la consternation que causèrent les premières A nouvelles de la défaite des corps- francs , les membres de la Tp société d'instruction mutuelle genevoise ( qu'il faut bien % distinguer de la société d'instruction Allemande) et les membres de la société Fédérale du Grutli eurent une réunion publique assez orageuse ^ dit-on, pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire dans le monienl. Il y fut proposé de s'adresser au gouvernement de Genève pour demander des armes , on dit même que quelques membres du Grutli ont fait celte demande et qu'ils ont été chassés pour l'avoir faite. Mais il ny a pas eu un seul membre de la société expulsée qui ait assisté à cette réunion. J'ai parlé à la plupart des
expulsés. Tous m'ont dit qu'ils auraient été tous en clat de prouver leur alibi si on leur avait permis seulement le moindre mot da défense. Mais — que la Suisse erilière le sache! — On lea a expulsés sans imir dire pourquoi.
Mais je sais pourquoi. Oh , je connais ces misérables ; je les ai assez longtemps observés avec une sérieuse attention et sans élre troublé par des préjugés nalionaaux pour les connaiire parfuilement. Ecoutez î 11 y avait alors des troubles à Genève; on avait arraché et jelé dans le Rhône les épaulelles d'un jeune doctrinaire ; la honte du vole genevois pour les josuiles fut mis de nouveau en question , on parlait partout d'une révolution imminente. Dans la crainte de perdre définiiivemént ses places ( Sesselangst ) il fallait donc avoir recours à « un tour de doclrine approuvé . » Il fallait un sali^ilaire exemple , pour terrifier la canaille , pour montrer à tous les honnêtes gens, qui par hasard ne s'étaient pas encore embrigadés, que république, argent , femmes et enfants, que tout ét^iit mis en quesiion, qu'on n'éiait plus libre dans les débats, qu'on n'était plus chez soi au milieu de la vieille Rome protestante genevoise. Il fallait faire tout cela pour disculper Taugmentalion peut-être illégale de la gendarmerie , pour sauver la république, c'est-à-dire les placés. L'expulsion des ouvriers allemands devait servir de preuve palpable à tous ces mensonges. On prit les communistes , parce qu'on savait que les honnêtes gens aiment à croire tous les mensonges qu'on leur raconte sur leur compte , parce qu'on savait qu'ils n'ont pas de défenseurs à Genève , et qu'ils ne savent pas sg défendre eux-mêmes, enfin parce
u on avait la liste de leurs noms. Qu'ils soient donc mau-
its dans ce monde et damnés dans l'autre !
Fiat juslitia, pereat mundusl Cela veut dire: jamais il ne faut commettre aucune injustice , fut-ce même pour sauver la république de Genève.
S'il y a encore ties âmes lâches à Genève, qui osent excuser leur gouvernement par cette raison : que les expulsés , quoique innocents pour le moment, auraient pu devenir dangereux au moment d'une révolution', alors je^veux arracher ce cataplasme de leur conscience faible et^débauchée.
Sachez donc que les communistes allemands n'ayant rien, absolument rien à faire avec les radicaux suisses, auant à la
t politique pratique , ils sont aussi en désacooril avec eux sur la théorie.
La question des jésuites regarde rhumantté entière; mais nous n avons jamais prononcé notre Opinion sur cette affaire dans aucun organe de Topinion suisse , parce que nous savons trop bien qu'on regarde ici cette question comme question fédérale ou même cantonale. INous pourrons prouver pourtant que nous avons jugé la chose à un point de vue tout différent de celui des radicaux et des conservateurs. Selon nous il y a d'autres moyens que la force pour extirper complètement les jésuites.
L'expédition des corps- francs nous l'avons regardée comme une malencontreuse échauffouréé et en avons prédit l'issue. Tous les expulsés en particulier , qui s'étaient formés une opinion sur la question , étaient de cet avis. J'en peux parler ; j'étais parmi eux à Genève peu de temps avant leur expulsion. Dites-moi donc, M. Demole, où et dans quel sens mes compatriotes ont délibéré sur votre politique fédérale ?
Quant à la politique cantonale , les communistes qui connaissent ta dmtrine , ne nieront pas que le renversement des gouvernements doctrinaires , les moins ainujibles de tous, a été dans leurs voeux les plus ardents. Faut-il s'en étonner? Ne sont-ce pas les doctrinaires qui persécutent , qui calomnient le communisme. Le Dr. Bluntschli n'est-Il pas lé chef de la doctrine allemande ? Ils ont fait des vœux, mais rien d^auire. Oh , ils connaissent trop bien les doctrinaires pour savoir qu'on ne pourrait leur rendre un plus grand service que de blesser les susceptibilités nationales et cantonales , en se mêlant dans les affaires des cantons. M. Bluntschli a prétendu que les assemblées populaires d'Uster , de Zurich et autres avaient été composées d'étrangers , le Fédéral a dit qu'on avait pris 900 étrangers à Lncerne et il le dirait encore si les Lucernois n'avaient pas constaté si minutieusemcn^t la nationalité de leurs prisonniers. — Mais quef triomphe pour ces Messieurs , si la valeur décimale des zéros , qu'ils ajoutent toujours à leurs rapports doctrinaires, pouvait une fois être constatée officiellement. Quanta nous autres Allemands nous ferons, en restant passifs même, tout notre possible pour leur rendre cela impossible. Autant que cela dépendra de nous leurs zéros resteront zéro. Ne croyez pas, honnêtes gens de Genève, que nous nous mêlerons jamais de
y os affaires. Croyez plutôt à Tastuce de vos doctrinaires qui n'ont d'autre privilège sur leurs places que la largeur de leur conscience et votre crédulité. Hélas ! vous les avez entendus trop souvent , vous les voyez de trop près pour \eé connaitre bien. Le meunier s'accoulume à ne plus entendre le bruit de son moulin et ceux qui demeurent trop près de la montagne n'en voient jamais la cime , mais les étrangers qui sont plus loin la voient bien !
M. Demole parle de notre morale et il la compare à celle des jésuites. Il me semble qu'avant tout il aurait fait mieux de comparer la sienne avec celle des jésuites. Que sait-il de notre morale ? En sait-il autre chose^ que ce que M. Bluntscbli a daigné dire de .la morale de Weitling? Mais Bluntschli lui-même n'est-il pas un jésuite ? et le système de morale que ce doctrinaire a tiré dans sa manière des écrits de Weilling.peut-il être regardé comme .celui des communistes? Avons-nous juré sur le nom de Weitling? Ne resulte-til pas du rapport Bluntschli lui-même que les meilleurs amis de Weitling étaient sur plusieurs points en désaccord avec lui. Notre morale serait pernicieuse? Peut-être qu'il parle de nos dogmes. Oh oui , alors ! ils sont très dangereux ces dogmes^ pour les privilégiés du sophisme et de l'argent , aussi dange^ renxque Ip déclaration des droits de rhûrame a été dangereuse pour les privilégiés de la naissance. Mais pour la morale, il me semble que s'il fallait chasser des hommes de Genève à cause de leur morale , on en devait trouver bien d'autres que nous. Mais je ne veux pas commencer à avoir une controverse avec M. Dejnole. Dieu m'en garde ! j'aimerais autant en avoir une avec des jésuites dont la volubilité de Jangue égale celle des doctrinaires. Nous voulons rester dans le domaine de la loi écrite et du droit des gens. La liberté de conscience est garantie par la constitution, même aux étrangers. Quelle morale que les expulsés puissent avoir eue , c'était leur affaire, elle ne s'est jamais manifestée en faits contraires à la loi. Le département de justice a expulsé injustement des imiocents. Fiat justitia ! . . .
J'ai parlé à présent a^sez des doctrinaires genevois, prochainement je parlerai de ceux de Lausanne , de Neuchàtel et de Zurich. Mais, demandera - 1 - on peut-être, que sont devenues ces victimes innocentes du doctrinarisme ge nèyois? Cher lecteur, je ne le sais pas; — mais je crains
qu'en ce moment même , la plupart d'entre eux ne souffrent la punition des malfaiteurs. J.ai parlé à plusieurs lor$ de leur passage à Lausanne. Ils m'ont promis de m'ëcrire, soit de la Suisse, soit de rAIIeraagne, muis ils ne l'ont pas encore fait. Gela me semble prouver qu'ils ont. été forcés de passer la fronlière allemande, ce qui est pour eux le seuil de la prison. L<*s hommes de police de la Suisse même sont inexorables pour les ouvriers allemands dont le livret est stigmatisé par celle marque : « par ordre supérieur ! bon pour retourner dans son pays. >) Parmi les exilés il y avait un pauvre Schaffhousois malade et sans argent. M. le préfet de Lausanne et après loi le conseil d'état du canton de Vaud lui ont refusé le permis de séjour. Si de telles sévérités se passent dans le canton de Vaud que leur aura-i-on fait en Allemagne ou une telle inscription équivaut à que lettre de cachet ? On le^ aura mis dans une prison politique. Je connais la prison politique allemande , j'y ai été' quatre ans , je la connais de son plus >mauvais coté. Je dis donc en pleine connaissance : Que toutes les malédictions , que tous les ennuyeux tourments de la prison que mes amis auront à endurer retombent doublement sur le cœur sec.de ceux qui par leurs lâches dénonciations, les y auront livrés! Amen!
AuGLiSTE BeCKER.
PS. Notre cher lecteur croira peut-être qu'il serait impossible d'ajouter encore quelque chose aux infamies doctrinaires que je viens de raconter. Il se trompe. Il n'y'a rien d'impossible dans ce genre pour ces messieurs. Apres avoir sajvé la Rome protestante, ils ont voulu sauver auséi la France catholique.
. Parmi les ouvriers expulsés il y en avait plusieurs qui , quelques semaines avant les persécutions, s'étaient procuré le visa de l'ambassade française à Berne pour aller à Lyon ou à Paris, tour ordinaire que les ouvriers travaillante Genève font annuellement avec l'argent gagné dans les pre- ^ mières semaines de la bonne saison. Arrivés à la fronlière française on ne les laissa pas passer, malgré le visa de l'ambassadeur. Le département de police y avait envoyé la liste res membres <fo la société d'ins'ryction.
N^te extraite de la Reme de Genève.
Voici le penseignement qu'on nous adresse :
-« Il y avait une société d'instruction (Bildungs-Verein) à Genève, composée d'ouvriers allemands et suisses. Les statuts de cette société avaient été vus et approuvés par les autorités ; les membres n'avaient jamais rien fait contre les lois de Genève , ni contre leurs propres statuts. Néanmoins , un ordre supérieur les expulse de Genève de la Suisse même sans leur dire le moindre pourquoi ?
K Gela n'est-il pas contre le droit des gens? N'est-il pas barbare de stigmatiser ainsi des hommes innocents , de livrer à tous les soupçons de la police allemande et étrangère des ouvriers laborieux et honnêtes, qui n'ont rien fait que ce qu'on leur avait permis. »
— Voici un autre renseignement que nous adresse au sujet des renvois d'ouvriers allemands , un citoyen de Genève qui appartient au parti conservateur.
Genève, le 17 avril 1845.
Monsieur le Rédacteur.
Notre gouvernement ou notre police se livrent à des actes tellement arbitraires qu'il est bon de les signaler à l'opinion publique pour qu'elle les juge et les flétrisse comme ils le méritent.
Un marchand tailleur de mes amis a été privé instantanément de plusieurs ouvriers par suite du renvoi de ceux appartenant soi-disant à une société communiste.
Le lendemain de cet exploit , il lui arrive un ouvrier de Stuttgart , lequel travaille pendant cinq jours , celui-ci se vovant de l'ouvrage se rend à l'hôtelnde-ville , demande une carte de séjour , on lui répond qu'il ne peut pas rester à Genève , et qu'il ait à déclarer où il veut se rendre. Sur l'observation qu'il a faite qu'il tenait à travailler ici puisqu'il y avait trouvé de l'ouvrage , il a été mis en prison et conduit le lendemain par les gendarmes à bord du bateau à vapeur sans qu'on lui permit de reprendre ses effets et de toucher ce qui lui était dû.
Agréez» Monsieur, etc. , G. M.
MAbritêHe IVaHwnaMe*