HUITIÈME CO^XILE ŒCUMÉNIQUE
CONCILE DE GONSTANTINOFLE, L'AN 869;, SOUS LE PAPE ADRIEN II, COMMENCÉ LE 8 OCTOBRE ET TERMINÉ LE 28 FÉVRIER 870.
Saint Ignace et l'empereur Basile , ayant jugé très opportun la tenue d'un Concile pour remédier aux maux que Photius avait faits, écrivirent au Pape Adrien qui avait succédé à Nicolas pour le prier de convoquer un Concile général. Adrien députa à Constantinople trois légats porteurs de deux missives du Souverain Pontife. Le jour de l'ouverture de l'assemblée fut fixé au 5 octobre , dans l'église de Sainte- Sophie.
I^ Session. — Les légats apostoliques occupaient le premier rang. Après eux venaient Donat et Etienne évéques, et le diacre Marin ; ensuite saint Ignace, patriarche de Constantinople et les délégués des patriarches d'Antioche et de Jérusalem. Les évêques qui avaient été persécutés par Photius furent introduits : ils étaient au nombre de douze. Il leur fut déclaré qu'on les estimait très heureux d'avoir souffert en défendant l'innocence opprimée. Les
lettres du Pape à l'empereur et au patriarche furent ensuite communiquées au Concile.
11^ Session. — Les évoques , les prêtres et les diacres , qui avaient failli dans la persécution de Photius, se présentèrent et témoignèrentleurs regrets, dépeignant les maux dont ils avaient été abreuvés : chargés de chaînes et de carcans de fer, durant plusieurs jours ils avaient été laissés sans nourriture ; un grand nombre avaient été relégués dans des prisons obscures et infectes ; d'autres condamnés à scier des marbres, et frappés à coups d'épée. On fit venir les prêtres ordonnés par Méthodius et par Ignace. Ils demandaient à être admis à la pénitence ; ils étaient au nombre de onze. Ils furent rétablis dans leur rang hiérarchique , après toutefois leur avoir infligé une pénitence équitable.
II I^ et IV^ Session. — Théophile et Zacharie sont introduits au sein de l'assemblée. Sur leur aveu qu'ils étaient en relation avec Photius , plusieurs questions leur sont posées. Les légats d'Orient interrogés disent n'avoir jamais reçu Photius dans TÉglise d'Antioche, et ne lui avoir point adressé de lettres de communion.
V^ Session. — Les légats apostoliques ordonnèrent de faire venir Photius. En le voyant, ils s'écrièrent : (( Quoi ! c'est là ce Photius , qui trouble l'Éghse et qui a tout tenté pour la détruire. » Photius alfecta une certaine modération. Il cita quelques passages de l'Ecriture dont l'application était fausse et injurieuse
pour le Concile, et qui révélaient Thypocrisie et l'imposture de l'hérétique. Comme il s'obstinait à garder le silence sur les autres questions qu'on lui posait, les légats dirent: « Voici un homme qui a bouché ses oreilles comme l'aspic et ne veut point entendre la voix du Concile. » Sommé enfin de se soumettre aux décisions de l'assemblée, il ne donna que des réponses évasives , et continua à faire de fausses applications de l'Écriture Sainte. L'opiniâtre hérésiarque fut arrêté.
VI^ Session. — L'empereur Basile y assista. Par son ordre les évêques du parti de Photius se présentèrent. Leurs objections furent victorieusement combattues. Plusieurs se soumirent au Concile et obtinrent leur pardon.
VII^ Session. — Photius parut. On lui lut un monitoire par lequel on l'exhortait lui et ses partisans à se soumettre au jugement des Pères, et cela sous peine d'anathème. Photius prétendit avoir été calomnié.
VIII^ Session. — On fit apporter, par ordre de l'empereur, les promesses que Photius avait exigées du clergé et d'autres personnes, puis les actes du Concile contre Ignace, et les livres fabriqués contre le Pape Nicolas. On détruisit toutes ces pièces. Les fourberies de Photius furent dévoilées. On comprit les artifices dont il s'était servi pour chercher à séparer l'Église orientale de l'Église occidentale. L'abjuration de plusieurs iconoclastes fut reçue. On
lança l'anathème contre les partisans de cette secte. La session se termina en renouvelant les anathèmes déjà prononcés contre Photius.
IX^ Session. — Elle fut tenue trois mois après la précédente. Une pénitence est infligée aux faux témoins, que l'empereur Michel, à l'instigation de Photius, avait fait déposer contre Ignace. Le Concile interrogea ceux qui avaient participé à l'impiété commise par l'empereur Michel et ses courtisans, en tournant en ridicule les plus saintes cérémonies de la religion. Il leur représenta l'énormité de leur sacrilège. Les coupables alléguèrent pour excuse la frayeur inspirée par l'empereur. A cette neuvième session apparut pour la première fois le légat du patriarche d'Antioche.
X^ et dernière Session. — Basile y assista avec son lils Constantin et vingt patrices, les trois ambassadeurs de Louis II, empereur d'Occident, et ceux de Michel, roi de Bulgarie. Les évêques étaient au nombre de cent. On y approuva les sept Conciles généraux, auxquels enjoignit celui-ci comme le huitième. La condamnation prononcée contre Photius par les Papes Nicolas et Adrien fut confirmée. Le Concile fit donner lecture de vingt-sept canons, dont la plupart étaient contre Photius. La définition de foi fut publiée. Elle est très détaillée et renferme des anathèmes contre les hérétiques, particulièrement contre les monothélites.
Les trois légats du Pape souscrivirent les pre-
miers , ensuite le patriarche Ignace , puis Joseph , légat d'Alexandrie , Thomas , archevêque de Tyr , représentant le siège d'Antioche vacant , et Élie , légat de Jérusalem ; ensuite Tempereur , et Constantin et Léon , ses deux fils , enfm les évêques au nombre de cent deux. La réunion des Pères n'était pas considérable , si l'on considère la grande quantité d'évêques appartenant à l'empire de Gonstantinople. Mais Photius avait déposé la plupart de ceux qui avaient été admis par ses prédécesseurs. Aucun des évêques choisis par Photius ne fut accepté dans ce Concile. C'est pour cette raison qu'il ne se trouva que ces cent deux évêques qui avaient été consacrés parles patriarches précédents. Anastase apporta à Rome la copie des actes de ce Concile. Il les présenta au Pape Adrien. Le souverain Pontife les lui fit traduire textuellement. Cette version latine seule, contient intégralement les actes de ce Concile. Les actes imprimés en langue grecque ne sont qu'un abrégé.