‹ Les Doctrines catholiques; ou, exposition des vérités enseignées dans l'église réunie, depuis Nicée jusqu'à la ive session du VatinChapitre 38 sur 98 · Le Rév. Don Joseph Giese, chanoine théologal de Munster · texte numérisé non relu

Le Rév. Don Joseph Giese, chanoine théologal de Munster

16. Le Rév. Don Gaspar Heuser , professeur de théologie, sous-recteur du séminaire de Cologne.

17. Le Rév. Don Joseph de Torres Padilla, professeur de discipline et d'histoire ecclésiastique au séminaire de Séville.

Les travaux préparatifs du Concile étaient terminés, et déjà les Pères s'acheminaient vers la ville éternelle. Le cardinal-vicaire annonce aux Romains l'honneur insigne que la convocation du Concile œcuménique allait faire rejaillir sur leur cité.

Nous transcrivons cet éloquent invito du cardinal Patrizi :

Si Ton peut concevoir un moment où Rome, centre de l'Église et du monde , voit dans un seul fait se résumer , en quelque sorte , toutes les grandeurs, ce moment sera sans doute celui où , sous les auspices de la Vierge Immaculée, sera solennellement inauguré le Concile du Vatican.

En d'autres circonstances , le Siège Apostolique accorda à des villes de l'Orient et de l'Occident l'honneur de servir de sièges aux Conciles généraux, chargés de rétablir la paix dans l'Église et dans

riiumanité. Mais aujourd'hui c'est à la métropole de la foi que revient cet insigne honneur et ce précieux avantaçfe.

Tandis que les cités qu'illustrèrent jadis ces Conciles fameux, ont disparu de la face de la terre, ou sont devenues la proie de l'infidélité et de l'hérésie, Rome leur survit, immortelle; et, au milieu des luttes nouvelles que l'enfer lui suscite, elle demeure debout, toujours inébranlable dans sa foi, et toujours prête à ouvrir ses portes pour servir de théâtre à des triomphes nouveaux. Menacée par les fureurs de Timpiété , considérée par l'ennemi comme une conquête certaine, loin de succomber, elle peut se faire la réparatrice des maux que l'impiété a répandus, dans une si large mesure, sur la société humaine tout entière. Et Rome demeure debout précisément parce que , en elle , est placée la pierre, fondement du mystérieux édifice, œuvre de l'Éternel , et incapable par conséquent de crouler comme les œuvres humaines. Rome est le centre de cette unité divine qui, de toutes les Eglises du monde , forme TÉglise Une ., Sainte , Catholique , Apostolique , que les fidèles de toute nation reconnaissent pour leur Mèie , et à laquelle toutes les générations doivent conformer leur foi.

0 R.ome ! reconnais donc ta haute dignité. C'est toi qu'apercevait Tsaïe , quand il voyait, en esprit, la montagne symbolique à laquelle viendraient de toutepart les nations, désireuses de retrouver les

voies du Seigneur; et quand il entendait ces nations s'exciter à marcher vers Sion et vers Jérusalem, parce que, de là seulement, devaient sortir la restauration de l'humanité et la révélation des divins mystères. Lève-toi, te dirons-nous avec ce même prophète, resplendis plus que jamais de la lumière qui te couronne et t'embellit comme d'un reflet de la gloire de Dieu ! Que , si le souffle de l'enfer enveloppe la société de troubles et de ténèbres , c'est de toi que peut et doit sortir un grand jour de grâce , de bénédiction et de paix , un soleil rayonnant de lumière divine. Admire et réjouis-toi ! Des forêts et des montagnes, des îles et des déserts, des rivages de toutes les mers et des extrémités du globe, accourent vers toi ceux que l'Esprit-Saint a chargés du gouvernement de l'Église de Dieu ; ils viennent se réunir autour du premier Pasteur , reconnaître ton Pontife comme le Père de tous les chrétiens, former autour de lui une assemblée sainte , semblable à celle du Cénacle , et réaliser , en la présence et sous les auspices de la Mère de Jésus-Christ, cette prophétie mémorable que « de Sion et de Jérusalem seront annoncées à tous les hommes , les doctrines et les lois du Dieu d'Israël. » Admire et réjouis-toi, en voyant la fécondité spirituelle représentée par le spectacle des évêques catholiques réunis autour du successeur de Pierre, appelés par sa voix , présidés par son pouvoir et protégés par la Reine du ciel.

Ces touchantes invitations n'ont pas été stériles. Les Romains accoururent en foule dans les églises pour y célébrer les exercices du jubilé et appeler sur le Concile les bénédictions du ciel.

Le 2 décembre 1869 , une^ réunion posynodale se tenait au Vatican, Les évêques présents à Rome et qui étaient déjà au nombre de près de cinq cents y assistaient. C'est dans la chapelle sixtine que se tint cette assemblée. Les cardinaux étaient placés autour du trône pontifical ; en face , les patriarches , les primats , les archevêques. Les évêques , les abbés et les généraux d'ordres religieux étaient rangés devant l'autel.

Le Souverain Pontife est arrivé à dix heures. Il bénit l'assemblée. Après s'être agenouillé devant l'autel et avoir élevé son àme à Dieu, il est monté sur son trône , et a prononcé l'allocution suivante :

Vénérables Frères,

A la veille du jour où Nous devons ouvrir le saint Concile œcuménique , rien ne Nous a paru plus opportun, rien ne pouvait Nous être plus doux que de vous voir tous aujourd'hui réunis autour de Nous, comme Nous l'avons tant désiré, Vénérables Frères; de vous adresser la parole et de vous témoigner l'ardente affection dont Notre cœur est remph. Nous avons à traiter l'affaire la plus importante : il s'agit de trouver des remèdes à tous les maux qui, de nos jours, troublent la société chrétienne et civile. Nous

avons cru qu'il convenait à Notre sollicitude apostolique et à la grandeur de l'entreprise de demander à Dieu pour vous , avant que l'action conciliaire commence, le secours de la bénédiction céleste, gage de toute grâce. Nous avons pensé aussi qu'il était nécessaire de vous donner les règles consignées et publiées dans Nos Lettres apostoliques , que Nous avons jugé devoir établir pour que tout se passe dans les actes conciliaires régulièrement et avec ordre.

C'est là , Vénérables Frères , ce que , par la volonté de Dieu et de la Mère immaculée de Dieu , Nous accomplissons aujourd'hui dans cette trèsillustre Assemblée. Nous ne saurions exprimer par Nos paroles l'immense consolation dont Notre âme est remplie , lorsque Nous considérons l'empressement, objet de tous Nos vœux, avec lequel, repondant, comme vous le deviez, à la voix apostolique , vous êtes accourus en si grand nombre de tous les points de l'univers catholique dans cette noble cité pour le Concile indiqué par Nous , et aussi votre parfait accord avec Nous. Un dévouement exquis envers Nous et le Siège apostolique , une admirable ardeur pour l'extension du règne du Christ, et, en plusieurs, les tribulations souffertes pour le Christ, vous rendent à juste titre très-chers à Notre cœur.

Cette union, Vénérables Frères, Nous est d'autant plus précieuse , qu'en la gardant , Nous marchons sur les traces des Apôtres, qui nous ont laissé de

grands exemples de leur union unanime et constante avec le divin Maître. Les saintes Écritures nous apprennent, en effet, que lorsque le Christ Notre- Seigneur parcourut les villes et les bourgs de la Palestine en prêchant et annonçant le royaume de Dieu , les iVpôtres , tous avec un même zèle , se tenaient à ses côtés , et que les douze , comme dit saint Luc, l'accompagnaient fidèlement partout où il portait ses pas. Cette union des Apôtres se manifesta surtout d'une manière éclatante lorsque le Maître céleste , enseignant dans Capharnaûm devant les Juifs, parla plus en détail du mystère de la divine Eucharistie. Alors, en effet, quand cette foule, absorbée par une pensée grossière et charnelle, ne pouvant croire à cette merveille de l'amour, s'éloigna comme par dégoût du Maître , jusqu'au point que plusieurs disciples, suivant le témoignage de Jean, se retirèrent et cessèrent de marcher avec lui, l'amour, la vénération et la soumission des Apôtres ne furent point ébranlés, et Jésus leur ayant demandé si , eux aussi , voulaient l'abandonner , Pierre, affligé d'une telle question, s'écria: « Seigneur, à qui irions-nous? » et immédiatement il donna la raison pour laquelle il était résolu à suivre le Seigneur avec une fidéUté constante : ce Vous avez les paroles de la vie éternelle. )) Remplis de ces souvenirs , que peut-il y avoir de plus doux , de plus agréable que cette union? et existe-t-il une chose que Nous devions maintenir avec plus de constance et de fermeté?

Certes , quoique réunis au nom du Christ , Nous n'échapperons ni aux contradictions, ni aux luttes : l'homme ennemi, qui ne désire rien tant que de semer l'ivraie , ne resta pas inactif ; mais la pensée de la fermeté et de la constance apostoliques qui ont mérité cet éloge du Seigneur : « C'est vous qui êtes demeurés avec moi dans mes épreuves, » la pensée de notre Rédempteur déclarant expressément : (( Celui qui n'est pas avec moi est contre moi » , la pensée enfin de Notre devoir Nous obligent à faire tous Nos efforts pour suivre le Christ avec une fidélité ferme et inébranlable , et lui demeurer attachés en tout temps d'un cœur unanime. Telle est , en effet, Vénérables Frères , la situation qui Nous est faite, que, depuis longtemps déjà. Nous luttons dans de continuels combats contre des ennemis nombreux et acharnés. Il faut que Nous Nous servions des armes spirituelles de Notre milice, et que Nous supportions tout le choc du combat en Nous appuyant sur l'autorité divine et en Nous abritant derrière le bouclier de la charité , de la patience , de la prière et de la constance.

Mais il n'y a pas à craindre que les forces viennent à Nous manquer dans cette lutte , si Nous voulons fixer Nos yeux et Notre esprit sur l'auteur et le consommateur de Notre foi. Car si les Apôtres attachés par le regard et par la pensée au Christ Jésus ont tiré de là assez de courage et de force pour supporter vaillamment toutes les épreuves ,

Nous, de môme, dans la contemplation du gage salutaire de Notre Rédemption , d'où émane une vertu divine , Nous trouverons également la force et rénergie pour triompher des calomnies , des injustices, des ruses de Nos ennemis, et Nous aurons la joie de puiser dans la croix du Christ le salut pour Nous-mêmes et pour tant de malheureux qui errent loin des sentiers de la vérité.

Mais il ne suffit pas de contempler Notre Piédempteur, il faut aussi que Nous revêtions la docilité de l'esprit , afm que Nous l'écoutions volontiers et de toute TalTection du cœur. Car voici ce que le Père céleste a ordonné lui-même, avec son autorité suprême, au moment où le Christ, Notre-Seigneur , révélait sa gloire sur le sommet d'une montagne, en présence de quelques témoins choisis : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé , en qui j'ai mis toutes mes complaisances : écoutez-le. » Nous devons donc écouter Jésus en toutes choses, avec une parfaite docilité d'esprit, et particulièrement réaliser ce que lui-même eut tant a cœur , lorsque , prévoyant les difficultés auxquelles devait être en butte cette docilité même, il adressa à plusieurs reprises cette prière à son Père dans la dernière Cène : (( Père saint, conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnés, afm qu'ils soient un comme nous. » Que tous aient donc en Jésus-Christ une seule âme et un seul cœur. Il n'y aura pas pour Nous de plus grande consolation que de vous voir

prêter une oreille docile aux enseignements du Christ : par là Nous reconnaîtrons que Nous sommes avec le Christ, et Nous posséderons en Nous le gage évident du salut éternel. « Car celui qui est de Dieu, écoute la parole de Dieu. »

Que Dieu tout-puissant et miséricordieux, par l'intercession de la Vierge immaculée , confirme de son puissant secours ces paroles de Notre exliortation pontificale sorties du fond de Notre cœur ; qu'il Nous soit propice , afin qu'elles portent des fruits abondants. Qu'il tourne ensuite sa face vers vous. Vénérables Frères, et qu'il comble vos âmes et aussi vos corps de ses bénédictions ; vos corps, afin que vous ayez la force de supporter courageusement et joyeusement les fatigues inséparables de votre ministère sacré ; vos âmes , afin que , remplis des secours célestes , vous donniez le lumineux exemple d'une vie sacerdotale et de toutes les vertus pour le salut du troupeau du Christ. Que la grâce de cette bénédiction vous accompagne constamment et vous inspire heureusement tous les jours de votre vie, afin que vos jours soient trouvés pleins, pleins de sainteté et de justice, pleins des fruits d'œuvres saintes, source des vraies richesses et de la vraie gloire. Et qu'ainsi Nous ayons le bonheur, après avoir heureusement parcouru le cours de Notre pèlerinage mortel, de pouvoir dire au dernier jour de Notre vie , avec le roi-prophète : « Je me suis réjoui des paroles qui m'ont été dites. Nous irons dans la

maison du Seigneur », et aussi la confiance d'avoir accès à la sainte montagne de Sion , à la Jérusalem céleste !

L'allocution pontificale terminée, les cardinaux Antonelli et Grassellini , cardinaux-diacres , sont allés se placer à côté du Pape. Le cardinal Grassellini secrétaire des Brefs a publié les noms des cinq cardinaux choisis pour présider les congrégations générales.

Le secrétaire des Bi'efs a ensuite proclamé les noms des officiers du Concile. En voici la liste :

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