Le Souverain Pontife s'assied et remet la mitre
104. Tous les autres prennent leurs mitres et demeurent assis.
105. Le préfet des cérémonies renverra alors de la salle tous ceux qui n'ont pas place au Concile , c'est-à-dire :
Le maître des sacres hospices.
Les autres Prélats qui ne sont pas officiers , à l'exception toutefois du sous-diacre apostolique et du doyen de la Rote.
Tous les camériers, tant secrets qu'honoraires, à l'exception de deux camériers participants qui servent le Souverain Pontife.
Les chapelains secrets et communs.
Les camériers extra.
Les accolites et les clercs de chapelle.
Les portiers à verge rouge (uirga rubraj.
Les caudataires.
106. Tous ceux qui ne peuvent prendre part à ce qui va suivre étant sortis , la porte est fermée au dehors par les portiers.
107. La grande porte de la salle du Concile et les autres portes seront gardées avec soin, et Tentrée défendue à l'extérieur par les portiers.
108. Ceux qui n'appartiennent pas au Concile demeureront dans la chapelle de la Sainte-Vierge et dans celle de Sainte-Pétronille , les portes fermées à l'intérieur.
109. L'Évêque secrétaire avec un autre Évêque qui devra lire les décrets se rendent près du Souverain Pontife , et suivront de tout point les règles décrites pour l'Évêque orateur.
110. Le Souverain Pontife remet les décrets qui doivent être promulgués à la première session , soit au secrétaire lui-même , soit à l'autre Evêque qui doit en donner lecture.
lld . Le secrétaire ou l'autre Evêque monté en chaire , et se tournant vers le Souverain Pontife , fait une profon le inclination ; puis , la tête découverte , il lit le titre des décrets :
Pius Episcopus, servus servorum Dei, sacro approhante concilio , ad perpetuam rei memoriam.
Il se couvrira ensuite, s'asseoira et lira les décrets dont l'approbation doit avoir lieu à la première session.
112. La lecture des décrets achevée , il se tiendra debout, la tête découverte et demandera, suivant la formule d'usage, aux Cardhiaux et aux Pères, s'ils approuvent les décrets qui viennent d'être lus.
113. Le secrétaire ou l'autre Evêque qui aura lu les décrets , descend alors de chaire et se rend à sa place.
114. Les scrutateurs et les notaires se rendent au milieu du chœur, et, après une profonde génuflexion faite au Saint-Père , ils s'approchent des Cardinaux et des Pères et reçoivent leurs suffrages.
Ouverture du Concile. — L'ouverture du Concile avait été fixée pour huit heures et demie.
Les Pères se trouvaient réunis dans le vestibule de la basilique de Saint-Pierre. Pœvetus de la chape et la mitre de lin sur la tète, ils attendaient l'arrivée du Souverain Pontife qui, après avoir mis les ornements pontificaux, devait donner le signal de l'ouverture de la sainte assemblée par le chant solennel du Veni Creator, A ce chant, entonné par le Pape au portique de la basilique du prince des Apôtres, se joignent aussitôt les voix de l'immense assistance. Les Pères s'avancent sur deux rangs, et, franchissant le seuil du sanctuaire, viennent s'agenouiller devant la Confession où le Saint-Sacrement était exposé. De là ils se rendent dans la salle conciliaire. Le Pape, terminant cet imposant cortège, arrive à son tour au seuil de la basilique. Par respect pour le Saint-Sacrement il descend de la sedia gestatoria et se dirige, à pied, à l'autel de la Confession. Il fait son adoration et chante les oraisons prescrites par les antiques règles liturgiques. Le Souverain Pontife fait ensuite son entrée dans la salle conciliaire où huit rangs de sièges disposés en amphithéâtre étaient occupés par les Pères. Près du trône pontifical étaient les bancs des Cardinaux. La dignité et l'ancienneté déterminent, d'après le règlement du Concile que nous avons cité, la place des membres de l'assemblée dans l'ordre suivant : Cardinaux-Évêques , Cardinaux-prêtres, Cardinaux-
diacres. Patriarches, Priraats, Archevêques, Évêques, Ahbés réguhers , Généraux des ordres religieux.
A Tautel , élevé au milieu de la salle , le Cardinal vice-doyen a célébré la messe. L'office terminé, Mgr Louis Puecher Passavalli, Archevêque d'Iconium, in partihus' et Vicaire de la basilique Vaticane , a prononcé devant l'assemblée l'éloquent discours suivant :
Très Saint-Père,
Choisi pour inaugurer la plus sainte et la plus grande des choses qui puisse être au monde, me sentant impuissant à remplir une telle charge, dans mon découragement, je l'avoue, je n'aurais rien eu de plus pressé que de m'en exempter si la voix de Celui qui, avec l'imposant éclat de la pleine majesté sacerdotale, préside notre assemblée, ne m'eût réconforté et relevé. Quoique inférieur en âge, en esprit, en autorité et en mérites âmes collègues de FÉpiscopat,, néanmoins j'ai accepté plus volontiers ma charge, par la confiance que me donne cette parole de TEsprit-Saint : L'homme obéissant racontera ses victoires \
Une autre raison n'a pas peu contribué à me décider. Né dans la ville où l'Église catholique a tenu son dernier Concile, tant et si justement loué et regardé par tous comme un événement miraculeux, j'ai pensé que la divine Providence , qui se plaît
1 Prov. XVI, 28.
souvent, nous le savons, à se jouer des choses humaines, m'avait suscité par les soins du Vicaire suprême de Jésus-Christ, de préférence à tous les autres, afin de vous rappeler, au moins par mon indignité, les grâces étonnantes qu'EUe répandit alors dans le monde chrétien par ce Concile , et dont le souvenir doit inspirer à vos âmes le très sûr espoir qu'EUe sera aussi avec vous , et dans ses mystérieux desseine disposera toutes choses pour le bien de l'Église.
Hautement ranimé par toutes ces considérations, je reprends courage , et le devoir que l'obéissance , non moins que le dessein providentiel de Dieu, m'a imposé, je le remplis avec confiance, j'inaugure cette assemblée de l'Église universelle par les paroles de David : « Ils s'en allaient pleurant , jetant leurs semences ; ils reviennent joyeux, portant leurs moissons \ » Ces mots, en effet, me semblent bien peindre et figurer à nos yeux le lamentable état du présent et le sort joyeux de l'avenir.
Personne de vous, vénérables Pères, n'ignore assurément que les paroles que je viens de rappeler ont été spécialement et justement appliquées , par l'Église elle-même , aux Apôtres et à leur divine mission. Car vous savez, conformément à la promesse que Jésus-Christ leur avait faite : « Je vous enverrai celui que mon Père vous a promis; mais vous de-
' Ps. cxxv, 7, 8.
meurerez dans la ville , jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut ', » de quelle manière les Apôtres ayant été tous remplis et comme nourris de l'Esprit divin , se mirent à prêcher la doctrine évangélique sur toute la terre. Vous savez de quelle manière, abondamment approvisionnés par le Verbe lui-même de la divine semence de la doctrine céleste, ils la jetèrent à pleines mains, partout où leurs pieds les portaient, sur cette terre, maudite au commencement pour les fautes de l'homme, et devenue , en quarante siècles , comme le dit Léon le Grand de Rome, une forêt remplie de bêtes furieuses, un Océan d'une profondeur tempétueuse.
Vous savez, et il me semble même que vous le voyez ici de vos yeux, commentées pauvres pêcheurs, privés de tous les secours qui sont l'appui de la confiance humaine , ont traversé seuls de vastes mers , pénétré sans armes dans des terres entourées de déserts ou rendues inaccessibles par les montagnes, parcouru sans bâton et sans besace des royaumes et des provinces immenses, séparés par des distances extrêmes, et tout cela, quel homme l'eût pu croire? uniquement pour délivrer d'un honteux esclavage et mettre sous la domination de la croix du Seigneur des nations , les unes barbares et corrompues par leurs mœurs et leurs usages , les autres enorgueillies par les lettres et les sciences, mais abruties comme
* Luc. XXIV, 49.
celles-là par des vices et des turpitudes de tout genre.
Dans une telle entreprise , on sait quels maux ils eurent à souffrir, quelles rigueurs à endurer, quelles injustices et quelles persécutions à supporter. Le jour s'achèverait, si je voulais vous retracer toutes ces choses par la parole ; car elles sont innombrables et presque indicibles. Que dire, s'écriait Chrysostôme kii-même , à qui une méditation continuelle avait cependant tout appris et tout révélé ; que dire ? ou comment parler de vos afflictions après les avoir contemplées, je Vignore : de ces prisons que vous avez sanctifiées , de ces chaînes que vous avez honorées, de ces tourments que vous avez supportés, de ces malédictions que vous avez endurées , de Jésus- Christ que vous avez porté , des églises que vous avez réjouies par votre prédication ?
En vérité, oui, en vérité, je le dis, c'est des Apôtres que chantait le Prophète royal : Il s'en allaient clans les larmes , jetant leurs semences. Mais voyez, Vénérables Pères , l'admirable effet de ces larmes apostoliques ! Telle la rosée nocturne dans les temps de sécheresse, tombe goutte à goutte sur le sol aride , l'herbe pousse , les feuilles verdoient , les fleurs languissantes relèvent la tête , ouvrant leur calice fermé et répandant dans les airs mille parfums odorants. Ainsi la semence de vérité, répandue sur ces champs infertiles, après qu'ils eurent été arrosés par les larmes des Apôtres , porta des fruits si abondants que là où il n'y avait auparavant qu'une affreuse stérilité , apparut une
admirable fécondité, et qu'à la place des ronces et des épines , d'opulentes moissons présentèrent à la main des moissonneurs des épis jaunissants , bons à être mis en gerbes et portés dans les greniers du Seigneur.
Tels furent certainement, vous le savez , les succès qu'obtinrent les innombrables travaux des Apôtres. En effet , à la vue de l'abondance de la moisson , leurs pleurs se changèrent en allégresse , leur joie chassa la tristesse , et leur esprit dut être inondé d'une consolation d'autant plus grande , que plus profonde avait été l'amertume dans laquelle ils avaient été plongés, et que plus grande fut la récompense qu'ils espéraient obtenir de ces fruits eux-mêmes , lorsqu'ils s'en présenteraient chargés devant le maître de la vigne : Ils viendront avec allégresse en lo or tant leurs gerbes clans leurs mains.
S'il en est ainsi, je ne doute point, Vénérables Pères, que dépeignant la condition des Apôtres, je n'aie dépeint la vôtre en ces jours. Je vois , en effet, que vous êtes accourus joyeux des contrées les plus lointaines à cette auguste assemblée , mais en même temps je vois vos fronts soucieux, vos têtes courbées sous le poids des sollicitudes , vos esprits accablés de douleur à cause de l'effroyable perte des âmes que Tantique ennemi du genre humain a déjà causée, et des maux plus grands encore, qu'il prépare pour l'avenir. Je vois, dis-je, que vous êtes venus dans ce cénacle mystique , afin que , mettant en
commun vos forces et vos résolutions , vous emportiez une semence plus abondante de vérité et de justice. Et certes, votre attente ne sera pas vaine , comme le montre ouvertement la gravité même des affaires qui doivent être traitées dans ce synode.
Et qu'on ne me prête pas le dessein de deviner vos très-sages délibérations, si, m'attachant aux lignes lumineuses si largement tracées par notre auguste Pontife, j'ose affirmer que toute facilité vous est donnée pour recueillir de ce synode la plus riche abondance de cette céleste semence. On s'occupera , en elfet , de rechercher les meilleurs moyens de ramener à ces eaux limpides et inépuisables du Sauveur, le peuple chrétien qui s'abreuve aujourd'hui aux sources empoisonnées et corrompues de l'erreur; de connaître comment on pourra rendre plus vigoureuse la bienfaisante action de l'Église, soit en lui donnant de nouvelles formes, soit en la fortifiant de nouvelles armes , afin que, selon la fin pour laquelle elle a été instituée, elle puisse s'engager de la sorte dans des routes qui n'ont pas encore été tentées, et s'ouvrir peu à peu de nouvelles bouches, par le moyen desquelles la vertu et la grâce du Paraclet puissent plus sûrement et plus efficacement se répandre dans chacun des membres du corps mystique du Christ. Nous verrons aussi comment les forces vives des fidèles pourront s'unir de telle sorte qu'elles soient capables de résister aux furieux efforts de l'athéisme, de l'hypocrisie et de l'impiété, les rendre
vains et même les briser et les anéantir; comment, en un mot, l'on pourra ranimer l'esprit et la vie des chrétiens de manière à les faire resplendir de cette même lumière divine dont ils brillaient tout d'abord sur la terre , lorsque notre religion , cette magnifique et bien-aimée fille de Dieu , purifiée par le sacrement de l'eau et du sang qui avaient coulé du côté du Sauveur, s'élança du Calvaire pour s'emparer du monde qu'elle avait reçu en héritage.
Telle est l'idée que l'on doit prendre de cette grande assemblée. On n'en saurait parler autrement, car qui pourrait comprendre suffisamment la nature et la grandeur de la charité pastorale qui doit en sortir comme d'un autre cénacle ? Quelle puissante source de sagesse n'en jaillira-t-il pas, lorsque , réunissant pour le bien commun non-seulement les pensées de vos esprits , mais encore les affections de vos cœurs , vous agiterez avec le plus grand soin et vous examinerez profondém.ent les besoins si grands de l'humanité tout entière ! Il n'en faut point douter : lorsque vous aurez terminé ce grand œuvre, et que vous quitterez Rome , cette nouvelle Jérusalem, pour rentrer dans vos diocèses, vous retournerez enrichis d'un immense trésor de doctrines et de vertus. Les royaumes de l'Europe, les extrémités de l'Asie et les îles de l'Océan , les contrées de l'Afrique et de l'Amérique vous accueilleront de nouveau et vous verront tout enflammés du feu de l'Esprit-Saint , et devenus comme d'ha-
biles agriculteurs défrichant les terrains incultes jusqu'ici, ensemençant les champs, fouillant les vignes , afin qu'elles produissent de nouveaux fruits ou qu'elles en donnent en plus grande abondance.
Mais alors, Vénérables Frères, commencera le labeur ; alors viendront les jours d'amertume, alors les douleurs sans nombre, et c'est alors que commenceront de s'accomplir en vous ces paroles de David: « Ils allaient, et en marchant ils jetaient leurs semences et pleuraient. » Car c'est quand il faudra mettre la main à Tœuvre que vous verrez contre quels puissants adversaires vous aurez à combattre. D'un côté, les philosophes et les hommes politiques, comme ils disent ; de l'autre, les princes, les rois et les peuples eux-mêmes feront un vaste complot, afm de faire avorter les desseins de votre piété et les bienfaits de votre zèle. Et, d'autre part, les hommes impies se réuniront, et taniôt par la profession ouverte de l'athéisme , tantôt sous les dehors d'une répugnante hypocrisie , ils secoueront toutes les pierres , afm de ruiner jusqu'à ses fondements la religion catholique elle-même , si cela était possible.
Hélas! quel combat j'entrevois à la suite, quel combat prolongé ! Hélas ! quels ennemis nous aurons à vaincre, obstinés et implacables! Ajoutez-y cette plaie , peut-être la plus grande de toutes , cette indifférence du grand nombre qui opprime l'Église du Christ, et qui fait que les pays les plus cultivés et les
280 LES DOCTREsES CATHOLIQUES.
plus riches de la vie spirituelle deviennent en peu de temps stériles, et se changent en une affreuse solitude où régnent au loin Taridité et la mort.
C'est sur ces flots orageux , je le dis bien haut, c'est à travers ces dangereux écueils qu'il vous faudra marcher, Vénérables Frères; il faudra affronter ces tempêtes qui sont proches, et vous y tenir comme sur un roc inébranlable. C'est là qu'il faut mener votre vaisseau , là qu'il faut faire effort avec les rames, là enfm qu'il faut appliquer vos esprits tout entiers , afin de rendre intact au Père de famille ce vaisseau qu'il vous a confié.
Et Ton ne doit point s'étonner qu'il en soit ainsi, Vénérables Frères , puisque vous êtes ses témoins. Or, vous savez, du moins en partie, par expérience et non pas seulement par l'exemple d'autrui, qu'il est impossible qu'un si grand œuvre, je ne dis pas soit menée à la perfection , mais même puisse être entamée sans que l'on soit obligé d'affronter un vaste océan de peines et de difficultés. Et en vérité il faudrait, ou bien n'avoir jamais appris ce que signifie la mission du Christ et à quoi s'applique la charge subUme de l'épiscopat, ou bien, ce qui serait une honte , ignorer tout à fait de quels épouvantables maux le genre humain est accablé, pour ne point voir du premier coup d'œil à quels périls et à quelles contradictions est en butte celui qui est revêtu d'une telle charge, et pour ne point en redouter l'issue si l'on n'est préparé à pouvoir dire comme le docteur
(les Gentils : « Je livre ma chair pour accomplir ce qui manque à la Passion du Christ, dans son corps qui est l'Église. »
Mais, ô illustres Pères , faites que votre âme soit grande et forte, car si c'est le secret dessein de Dieu que la semence mystique de la doctrine évangélique ne puisse germer et croître et produire un beau feuillage et des fleurs joyeuses , que trempée et errosée chaque jour par les larmes et le sang des hommes apostoliques, versés pour la justice et la vérité, n'aurons-nous point en abondance les pieuses et saintes consolations du ciel, puisqu'il est écrit: Heureux ceux qui loleurent , car ils seront consolés * / N'oublions pas que, s'il est dit des disciples de Jésus-Christ et des autres hérauts de l'Évangile : Ils allaient , et en marchant ils jetaient leurs semences et ils pleuraient , il est dit aussi qu'ils viendront avec allégresse portant leurs gerbes dans leurs mains. N'oublions pas que si cette autre parole prophétique a eu son plein effet depuis le commencement de l'Église , de façon que l'Apôtre pouvait écrire : De même qu' abondent en 710US les souffrances du Christ, de même abonde notre consolation, cet effet aussi vous attend, pourvu qu'animés du môme esprit que vos prédécesseurs , vous suiviez intrépidement leurs traces ,
Matth. V
sachant que, compagnons des souffrances , vous le serez aussi des consolations *.
Ne trouvons-nous pas, du reste, dans la facilité vraiment merveilleuse avec laquelle a pu se rassembler ce Concile des Pères de toute la chrétienté, ne trouvons-nous pas un gage certain de la grande récompense que nous recueillerons de nos travaux dès cette vie et de celle que Dieu nous prépare dans le ciel? Qui ne voit que par cet acte, si heureusement commencé malgré les difficultés de toutes sortes , Dieu a voulu nous présager certainement tout ce que nous sommes en droit d'espérer pour l'avenir, si nous ne faisons pas obstacle à ce fleuve de vérité et de justice qui bientôt s'élancera de la roche vaticane ! Et ici, qu'il me soit permis de rappeler avec tristesse les profondes douleurs du Père et des enfants.
Pœtirés comme en un refuge à l'ombre sacrée du Vatican, nous considérions, stupéfaits les ruines immenses que Satan amassait rapidement au loin et au large, autour de nous, nous considérions avec épouvante ces flots toujours plus turbulents de l'impiété grossissant tous les jours, et menaçant même cet asile de la paix ; tremblants , poussant des gémissements et pales d'épouvante, nous nous attendions à répéter assis sur les fondements ébranlés du temple, près de notre dernière heure, ces
* Matth. V. 7.
lamentations de celui qui pleurait sur ses frères : « Comment la ville qui était remplie de peuple estelle déserte aujourd'hui : la reine des luttions est devenue comme une veuve ^ la voilà soumise au tribut, elle qui était la tête des provinces. »
Tout à coup un rayon de la plus pure lumière a percé ces épaisses ténèbres, et relève de nouveau notre espoir presque détruit. Dans l'esprit de notre chef suprême qui dinge le gouvernail du navire, une pensée avait surgi. Il voulait convoquer les anciens du nouvel Israël, ceux qui jugent avec lui dans la foi, afm que d'un consentement unanime on pourvût à la défense du saint Tabernacle de Dieu, attaqué jusqu'au plus profond de ses retraites par un nombre immense d'ennemis redoutables.
C'était tout d'abord comme une nébuleuse qui apparaît au matin et s'évanouit après un instant , pareille à l'éclair qui traverse les cieux. Mais le Paraclet, cet Esprit qui procède du Père et du Fils et qui couvre à jamais cette chaire auguste de sa protection, féconde cette pensée des éclats de sa lumière , et aussitôt , chose admirable ! cette pensée , semblable au grain de sénevé qui^ selon l'Évangile , est d'abord la plus petite des graines , mais qui grandit , s'élève au-dessus de toutes les plantes et devient un arbre , de façon que les oiseaux du ciel violaient dans ses branches *, cette
' Matth. , XIII , 32.
28 i LES DOCTRINES CATHOLIQUES.
pensée , dis-je , par la vertu souverainement efficace, soudain s'élance, elle croît et en un instant elle devient un géant.
Et voici que, par un miracle de l'esprit chrétien, nous sommes tous réunis , de toutes les régions de la terre dans cette immense basilique. Nous voici au tombeau du prince des Apôtres , d'où sort éternellement le souffle vigoureux des vertus épiscopales ; nous voici aux tombeaux de Léon , des deux Grégoire et de Chrysostome , d'où l'on dirait que s'élance encore après tant de siècles un fleuve nouveau d'éloquence, pour arroser le champ de l'Église catholique. Mais ce qui doit nous consoler davantage et émouvoir nos esprits, voici que nous sommes près de la personne même de Pierre, qui, présent encore et vivant dans ses légitimes successeurs, semble crier encore avec le même impétueux amour et la môme foi: Vous êtes le Christ, Fils de Dieu vivant, et nous faire entendre cette réponse sublime du Rédempteur, siégeant au ciel , à la droite du Père : Et moi , je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de V enfer ne iwévaudront point contre elle.
Toutes ces choses, Vénérables Pères, j'ai voulu les rappeler à notre mémoire , afm que notre confiance en prenne un nouvel élan et une nouvelle ardeur, afm que nos esprits s'enflamment de plus en plus et s'appliquent avec joie à terminer cette œuvre, c'est-à-dire ce saint Synode, vers lequel
sont tournés les yeux des peuples et l'espérance do toute la terre. Peut-être ce Concile sera-t-il pour vous l'occasion de nombreuses et grandes afflictions et des plus terribles angoisses endurées pour la justice ; mais, d'autre part, de combien de délicieuses consolations ne sera-t-il pas la source , et quels joyeux triomphes ne se prépare-t-il pas à amasser sur votre route !
Pour le moment; il faut se mettre à l'œuvre dans la douleur et dans les larmes, mais ensuite le temps viendra , nous en avons pour témoin le Fils de Dieu lui-mêm.e , où la joie remplacera nos douleurs , car il est écrit : En vérité , en vérité , je vous le dis , vous pleurerez et vous serez dans les larmes ; pendant que le monde se réjouira , vous serez contristés, mais votre tristesse se changera en joie \
Cette attente ne nous fera pas défaut , si nous appliquons fermement nos esprits vers le but de ce Concile œcuménique, qui est tout entier dans le soin de la gloire divine et du salut éternel des âmes, si nous nous efforçons de faire resplendir ce Concile comme la pierre la plus précieuse parmi celles qui ornent le front du vénérable et magnanime Pie IX ; enfin, si les fastes de l'Église peuvent porter en lettres d'or à la postérité , ce témoignage que la paix des esprits , la concorde des idées , la modération des entreprises , la dignité des discussions ,
' Joan.,XVI,20.
réquité des jugements et la sagesse de toutes les délibérations ont inspiré le cœur et Vesprit des Vénérables Pères. De telle sorte qu'au jour où ces portes , maintenant refermées sur nous , se rouvriront pour faire entendre ces paroles au monde entier : Visum est Sinritui sancto et nohis ' . la terre ellemême ressente l'impulsion du Saint-Esprit , et reconnaisse qu'elle est pleinement renouvelée, selon cette parole : Envoyez votre Esprit , et toutes choses seront créées, et vous renouvellerez la face de la terre ^
Puissions-nous , par l'intercession de la bienheureuse et glorieuse Marie toujours Vierge, dont l'univers entier célèbre joyeusement aujourd'hui rimmaculée-Conception , obtenir cette grâce de Jésus-Christ, Notre-Seigneur et notre Rédempteur, Fils éternel de Dieu , qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans l'éternité. Amen.
A la fm de ce discours, le Pape a donné la bénédiction ; puis assis sur son trône , la mitre en tête , il a reçu l'obédience des Pères du Concile. Ceux-ci sont venus deux à deux, dans l'ordre de leur dignité et promotion, faire acte d'obédience et témoigner au successeur du prince des Apôtres , leur soumission filiale. Quel imposant spectacle * !
' Act. XV, 28.
2 Ps. cm, 30.
* Voici le nombre des Pères qui constituent la grande assemblée
Pasteurs de l'Église occidentale , pasteurs de l'Église orientale, missionnaires blanchis dans les travaux apostoliques, représentants des anciens sièges dont les prédécesseurs remontent jusqu'aux Apôtres, créateurs des nouvelles et nombreuses Églises d'Amérique , d'Asie et d'Afrique , tous vous ne formez plus qu'un cœur sous la direction d'une même tête. Quelle frappante image de l'unité catholique ! Jamais le Vicaire de Jésus-Christ n'avait reçu un hommage d'obéissance plus complet et jamais Concile n'a eu dans son sein un tel nombre d'Évêques.
L'obédience terminée , le Saint-Père , revêtu de la chasuble, a commencé les cérémonies du Concile.
A l'invitation du Cardinal-diacre toute l'assistance s'est mise à genoux et est demeurée quelques instants en prières.
Puis le Saint-Père seul s'étant levé a prononcé sur l'assemblée cette oraison, empreinte de tant d'onction, que nous ne pouvons résister à l'attrait d'en reproduire le sens :
œcuménique du Vatican, bien que quelques-uns ne soient pas encore arrivés pour le jour de l'ouverture du Concile :
Cardinaux 49
Patriarches f f "' '="'" " • 5 ! 10
( du nt oriental o )
Primats 4
. V . i du rit latin 97/ .^-
Archevêques 127
( du rit oriental 60 )
Évéques 522
Abbés nullius 6
Abbés généraux : 18
Généraux et vicaires généraux d'ordre 27
(( Nous voici présents , Seigneur Saint-Esprit , nous voici présents , liés , il est vrai , des chaînes du péché , mais réunis spécialement à votre nom. Venez à nous et soyez avec nous, et daignez descendre dans nos cœurs. Enseignez-nous comment nous devons agir , quelle voie nous devons suivre , montrez-nous ce qu'il faut faire, afm qu'avec votre secours nous puissions vous plaire en toute chose. Soyez notre salut, et l'auteur de nos décrets, vous qui, seul avec Dieu le Père et son Fils , possédez un nom glorieux. Ne permettez pas que nous soyons les pertubateurs de la justice , vous qui aimez la suprême équité ; que l'ignorance ne nous entraîne pas dans de fausses voies , que la fureur ne nous fasse pas décliner du droit sentier, que nous ne nous laissions pas corrompre par les présents et par l'acception des personnes, mais unissez-nous à vous efficacement par le don de votre seule grâce , afm que nous soyons un en vous , que nous ne nous écartions en rien de la vérité , que rassemblés en votre nom , nous suivions en toute chose la justice tempérée par la miséricorde , de telle sorte qu'icibas notre sentence ne s'écarte en rien de votre volonté, et que, dans le siècle futur, nous recevions les récompenses éternelles pour ce que nous aurons fait de bien, »
Les litanies des saints ont été ensuite chantées et suivies de l'évangile de saint Luc, dans lequel il est fait mention à la mission des Apôtres.
Le Pape, après l'évangile, a lu, aux Pères assis et couverts de leurs mitres, l'allocution suivante :
Vénérables Frères,
«Nous Nous réjouissons ardemment de ce que, par un bienfait insigne et particulier de Dieu , il Nous ait été donné de pouvoir célébrer le Concile œcuménique convoqué par Nous, comme Nous le demandions à Dieu de tous nos vœux et de nos prières. C'est pourquoi notre cœur tressaille dans le Seigneur, et déborde d'une incroyable consolation, en vous voyant en ce jour très propice consacré à l'Immaculée Conception de la Vierge Marie, Mère de Dieu, vous qui avez été appelés au partage de notre sollicitude, plus nombreux qu'aucune autre fois, ici présents dans le centre même de la religion catholique , et votre vue Nous remplit de joie.
Et vous. Vénérables Frères, vous êtes réunis au nom du Christ, pour rendre témoignage avec Nous au Verbe de Dieu, pour enseigner avec Nous, à tous les hommes , en vérité , le témoignage de Jésus- Christ et la voie de Dieu, et pour juger avec Nous, sous l'inspiration du Saint-Esprit, les oppositions d'une prétendue science.
Car aujourd'hui plus que jamais en ce temps où vraiment ce la terre corrompue par ses habitants est
dans raffliction et la décadence, » le zèle de la gloire divine et le salut du troupeau du Maître. Nous font un devoir d'entourer Sion , de l'embrasser, de parler du haut de ses tours , et de confier nos cœurs en sa force.
Vous voyez , en effet , Vénérables Frères , avec quelle fureur l'antique ennemi du genre humain a assailli et assaille encore la Maison de Dieu, séjour de la sainteté. Sous ses ordres , la ligne des impies s'avance au large, et forte par l'union, puissante par les ressources , soutenue par ses projets, et trompeusement masquée de la liberté , elle ne cesse de livrer à la sainte Église du Christ une guerre acharnée et criminelle. Vous n'ignorez point le caractère, la violence , les armes , les progrès et les plans de cette guerre. Vous avez constamment devant les yeux le spectacle de la perturbation et du trouble des saines doctrines , sur lesquelles toutes les choses humaines , chacune dans leur ordre , sont fondées , le bouleversement lamentable de tout droit, les artifices multipliés du mensonge et de la corruption à Taide desquels les liens salutaires de la justice , de l'honnêteté et de l'autorié sont brisés, les plus mauvaises passions excitées , la foi chrétienne détruite de fond en comble dans les âmes ; tellement que l'Église de Dieu serait menacée de périr à cette heure , si jamais elle pouvait être renversée par les complots et les efforts des hommes. Mais il n'y a rien de plus fort que l'Église : selon le mot de saint Jean Chrysostome, FÉghse est
plus forte que le Ciel lui-même. « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. » Quelles paroles ? « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les puissances de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. »
Or, quoique la Cité du Dieu des vertus, la Cité de notre Dieu , soit appuyée sur un fondement inexpugnable, cependant, considérant dans la douleur intime de notre cœur cette multitude de maux et la perte des âmes, que Nous serions prêt à empêcher au prix même de notre vie , Nous qui devons, par notre charge de Vicaire du Pasteur éternel sur la terre , être embrasé d'un plus grand zèle pour la Maison de Dieu, Nous avons résolu de prendre la voie et le moyen qui Nous paraîtraient le plus convenables et le plus opportuns pour réparer tous les dommages de l'Église. Alors, méditant souvent cette parole d'Isaïe : « Prends une résolution, convoque un conseil , » et considérant que ce moyen a été efficacement employé dans les temps les plus graves du christianisme par nos prédécesseurs , après de longues prières, après en avoir conféré avec nos Vénérables Frères les Cardinaux de la sainte Église romaine , après avoir même demandé l'avis de plusieurs Évêques, Nous avons jugé à propos de vous convoquer autour de cette chaire de Pierre, Vénérables Frères, vous qui êtes le sel de la terre, les gardiens et les pasteurs du troupeau du Maître , et voici qu'aujourd'hui, par l'effet de la miséricorde
divine qui a écarté tous les obstacles d'une si grande entreprise, Nous célébrons, suivant l'usage antique et solennel, les commencements du saint Concile. Si nombreux et si abondants sont les sentiments que Nous éprouvons en ce moment, Vénérables Frères, que Nous ne pouvons les contenir dans notre cœur. Car il Nous semble, en vous voyant, voir la famille universelle de la nation catholique, tous nos bien-aimés fils rassemblés devant Nous; Nous pensons à tant de gages d'amour, à tant d'œuvres de zèle qui, par votre initiative, votre direction et votre exemple, ont témoigné et témoignent manifestement de leur piété et de leur dévouement pour Nous et pour ce Siège Apostolique, et à cette pensée. Nous ne pouvons Nous empêcher, au milieu de votre grande assemblée, de leur donner un témoignage solennel et public de notre reconnaissance , et Nous prions Dieu ardemment que cette preuve de leur foi , beaucoup plus précieuse que l'or, obtienne louange, gloire et honneur au jour de la révélation de Jésus-Christ. Nous pensons aussi à la condition de tant d'hommes égarés de la voie de la vérité et de la justice, et privés du vrai bonheur, et Nous désirons d'un grand désir subvenir à leur salut , Nous souvenant de notre Divin Rédempteur et Maître Jésus-Christ, qui est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Enfin, Nous portons nos regards sur ce trophée du prince des Apôtres, autour duquel Nous sommes réunis, sur cette Ville insigne qui, parla grâce de Dieu,
n'a pas été livrée en proie aux nations, sur le peuple romain qui Nous est si cher, et qui Nous entoure d'un constant amour do fidélité et de dévouement , et Nous sommes excité à célébrer la bonté de Dieu, qui a voulu Nous donner et nous confirmer de plus en plus en ce temps l'espérance de sa divine protection.
Mais c'est vous principalement que Nous embrassons par la pensée , Vénérables Frères, vous dont la sollicitude , le zèle et la concorde Nous paraissent d'un si grand prix pour l'accomplissement de la gloire de Dieu. Nous connaissions le soin ardent que vous apportez à remplir votre ministère , et surtout cet admirable et étroit esprit d'union de vous tous avec Nous et avec ce Siège Apostolique , toujours cher dans nos plus douloureuses épreuves, mais plus précieux encore aujourd'hui pour Nous que tout le reste et plus utile à l'Église ; et Nous Nous réjouissons vivement dans le Seigneur de vous voir animés de ces dispositions, qui Nous font espérer avec certitude les fruits les plus féconds et les plus désirables de votre réunion en Concile. De même qu'il n'y eut jamais peut-être guerre plus acharnée et plus perfide contre le royaume du Christ , de même il n'y eut jamais de temps où funion des prêtres du Seigneur avec le Pasteur suprême de son troupeau, qui fait l'admirable force de l'Église, ait été plus nécessaire; et cette union, par une faveur particulière de la divine Providence , et par
l'effet de votre éminente vertu , est si intimement établie , qu'elle est et qu'elle deviendra de plus en plus, Nous l'espérons, le spectacle du monde, des anges et des hommes.
Eh bien , Vénérables Frères , fortifiez-vous dans le Seigneur ; et au nom de l'auguste Trinité , sanctifiés dans la vérité , revêtus des armes de lumière , enseignez avec Nous la voie , la vérité et la vie , après lesquelles le genre humain , travaillé de tant de maux , ne peut plus ne pas aspirer ; travaillez avec Nous à rendre la paix aux royaumes, la foi aux infidèles , la tranquilUté aux couvents , l'ordre aux Églises , la discipline aux clercs , le peuple à Dieu. Dieu est dans son saint lieu , il assiste à nos délibérations et à nos actes, il nous a choisis lui-même pour ses ministres et ses auxiliaires dans cette œuvre insiî^ne de sa miséricorde , et nous devons nous appliquer à ce ministère , en lui consacrant exclusivement durant tout ce temps nos esprits, nos cœurs et nos forces.
Pour Nous , connaissant notre faiblesse et Nous défiant de nos forces , Nous levons les yeux avec confiance vers vous, et Nous vous adressons nos prières, ô divin Esprit! ô source de la vraie lumière et de la divine sagesse , illuminez nos âmes de votre grâce , afin que Nous puissions voir ce qui est droit , utile et meilleur; réglez, réchaussez et dirigez nos cœurs , afin que les actes de ce Concile commencent bien, se poursuivent heureusement et s'achèvent salutairement.
Et VOUS , ô Mère du bel amour , de la connaissance et de la sainte espérance , reine et protectrice de l'Église , daignez nous prendre , Nous , nos conseils et nos travaux , sous votre malernelle protection et sauvegarde, et faites, par vos prières auprès de Dieu, que nous demeurions toujours unis d'esprit et de cœur.
Et vous aussi , soyez propices à Nos vœux, anges et archanges, et vous bienheureux Pierre, prince des Apôtres, et vous Paul, le coopérateur de son apostolat, douceur des nations, prédicateur de la vérité dans le monde entier, et vous tous saints du ciel, vous surtout dont nous vénérons ici les reliques, faites, par votre puissante intercession, que tous, remplissant fidèlement notre ministère , nous obtenions la miséricorde de Dieu au milieu du temple de Celui à qui appartient l'honneur et la gloire dans les siècles des siècles. »
Le Saint-Père a entonné ensuite le Veni Creator, et l'hymne sacrée a été continuée alternativement par les chantres de la chapeUe sixtine et par la foule du peuple. Le Pape, après avoir dit l'oraison du Saint-Esprit, est remonté à son trône. Les Pères se sont assis, et le décret de l'ouverture du Concile du Vatican a été proclamé du haut de l'ambon. Les Pères ont donné leur suffrage en répondant tous par le mot placet.
Les scrutateurs ont porté le résultat du vote au
Saint-Père. Le Chef visible de l'Église s'est levé et a proclamé à haute voix le décret avec la formule adoptée pour sanctionner toutes les décisions conciliaires et qui est celle-ci : Nosque , sacro approhante Concilio , ita decernimus , statuimus , atque sancimus ut lecta sunt. (Et Nous, le saint Concile l'approuvant, Nous décrétons, statuons et sanctionnons les décrets tels qu'ils ont été lus).
Le Saint-Père a ensuite fixé la seconde session, au 6 janvier, fête de rÉpiphanie.
Le clôture de celte imposante cérémonie est faite par le chant du Te Deum, antonné par le Pape et continué alternativement par les chantres de la chapelle sixtine et par le peuple.
La cérémonie avait duré six heures. Elle se terminait vers trois heures de l'après-midi. Tous les Pères étaient à jeun.
Le Pape, après avoir déposé les ornements pontificaux, est sorti sans cortège, et les Pères se sont retirés passant à travers les rangs des soldats et au milieu de la foule des fidèles accourus pour contempler cette majestueuse cérémonie.
Nous donnons, d'après la Correspondance de Rome, la description de la salle conciliaire :
(( La salle comprend tout le bras gauche ' de la croix latine qui forme l'immense basilique. Ce bras
^ Il est à la gauche du spectateur se tenant devant la Confession et tourné vers Tentrée de la basilique.
est appelé des SS. Procès et Martinien parce que l'autel situé au fond leur est dédié. Le Saint-Père a confié la tâche si difficie et si honorable de transformer ce bras en une salle conciliaire à M. le comte Virginius Vespignani, regardé à bon droit comme Tun des meilleurs architectes de notre époque et d'ailleurs un des architectes de Saint-Pierre. Assisté par son fils le comte François, M. Vespignani a accompli cette tâche non seulement â la satisfaction du Saint-Père et à l'approbation générale des hommes compétents , mais encore sans gâter le pavé de marbre ni la décoration des parois.
L'entrée de la salle a été fermée jusqu'à la hauteur de 21 mètres au moyen d'une cloison, qui simule une paroi plaquée de marbres et au milieu de laquelle se présente une somptueuse porte peinte en bronze avec une grande habileté. Le fronton est orné, du côté de la grande nef, d'une image du Sauveur, par le chevalier Grandi, sous laquelle se lit cette inscription :
DOCETE . OMNES . GENTES
ECCE . EGO . VOBISGUM . SVM . OMNIBVS . DIEBUS
VSQVE . AD . CONSVMATIONEM . SAEGYLI
Du côté de la salle, d'une image de la Vierge Marie , par Henri Chiari , avec l'inscription suivante :
ADSIS . VOLENS . PROPITIA
ECCLESIAE . DEGVS . AC . FIRMAMENTVM
IMPLE . SPEM . IN.TVO . PRAESIDIO . POSITAM
QVAE . CVNCTAS . HAERESES
SOLA . INTEREMISTI
Il faut remarquer que cette cloison est disposée de façon à ce que non-seulement on puisse ouvrir la porte, mais encore enlever une bonne partie de la cloison même , ce qui , dans les sessions publiques, permet aux fidèles de contempler tout l'ensemble du Concile, les Pères assis sur leurs stalles et le Pape au fond.
D'autres cloisons isolent le bras des deux chapelles dont il est flanqué ; en sorte qu'il forme une salle de 23 m. de large sur 46 m. 60 c. de long.
Au fond de cette salle s'élève une estrade demicirculaire à laquelle conduisent 8 gradins. Au centre de cette estrade , est le trône du Saint-Père , dont le ciel est de velours cramoisi galonné d'or, le dossier de brocart d'argent à étoiles d'or et le siège de brocart d'argent à franges d'or. Il domine l'estrade de la hauteur de quatre gradins, et par conséquent toute l'assemblée. A droite et à gauche sont les bancs pour les cardinaux, et, devant ces bancs, d'autres bancs, plus bas, pour les patriarches.
De l'estrade partent à droite et à gauche , au pied des parois , les rangs de stalles où prennent place les Primats, les Archevêques, les Évoques, les Abbés et supérieurs des instituts rehgeux. Ces rangs sont au nombre de huit près de l'estrade et de sept près de la porte. Au milieu, de chaque côté, un passage a été ménagé pour conduire aux chapelles latérales. Les rangs sont coupés par des escaliers qui les divisent en huit sections. Chaque stalle est pourvue
d'un pupitre où le Père peut écrire ou déposer ses papiers.
Devant la porte, et par conséquent en face du trône pontifical , est placé l'autel , de forme basilicale : c'est-à-dire de telle sorte que le célébrant est tourné vers le peuple réuni hors de la salle. A gauche de l'autel se dresse Tambon ou chaire mobile. L'intervalle compris entre les deux rangs inférieurs de stalles, l'autel et le demi-cercle du fond est affecté au secrétaire du Concile et aux officiers.
Le pavé de l'estrade sont tapissés de vert ; les degrés du trône , de rouge ; les stalles , de couleur foncée avec arabesques.
Le mérite le plus apprécié de cette œuvre de M. Vespignani est de n'avoir ajouté que très peu de chose à la décoration ordinaire du bras, et d'avoir parfaitement proportionné et harmonisé cette addition avec le reste.
Deux paravents gigantesques ferment à droite et à gauche les arcades de la basse-nef. Ils sont en forme de tapisserie et entourés de dorure et d'emblèmes peints. Celui de droite représente le premier Concile de Nicée ; il est de M. Paul Mei. Celui de gauche, le Concile de Jérusalem, par M. Sylvère Capparoni. Sous ces deux vastes toiles sont, de chaque côté, deux tribunes superposées : les deux d'en haut , pour les procureurs des évêques absents et pour les théologiens pontificaux et épiscopaux , qui peuvent y entrer au nombre de cent-vingt dans
chacune ; celle d'en bas, à droite en entrant, pour les souverains , princes et princesses du sang , et celle d'en bas , à gauche , pour les corps diplomatiques accrédités près le Saint-Siège , pour le nainistre des armes de Sa Sainteté et pour les généraux pontificaux et français.
Trois autres tableaux , placés au fond de la salle , toujours en forme de tapisserie, représentent, celui au-dessus du trône, par M. Prosper Piatti , la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres ; celui à droite, par M. Antoine Benini, le Concile de Trente; celui à gauche , par M. Selvator Nobili. Sous ces deux derniers, sont deux petites tribunes fermées par un grillage doré : celle à la gauche du spectateur est occupée par vingt dames delà noblesse romaine, qui peuvent assister de là , à tour de rôle , aux sessions publiques ; celle à la droite , par les chantres de la chapelle pontificale. Enfin, sous ces deux tribunes, immédiatement derrière les bancs des cardinaux , il y en a deux autres pour les ministres, le majordome, le maître de chambre et le Sénat Romain, quand il n'occupe pas sa place habituelle auprès du Pape.
Pour compléter la décoration, M. Vespignani a eu l'heureuse idée de disposer autour des arcs les médaillons en imitation de mosaïque à fonds d'or des vingt-deux Papes qui ont ouvert, tenu ou clos des Conciles œcuméniques , savoir :