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CHAPITRE III

Antisepsie et Asepsie. — Cette conquête thérapeutique provient des doctrines microbiennes qui, en montrant le pourquoi, la cause des maladies infectieuses et épidémiques, ont fait faire un progrès immense à la chirurgie, à l’hygiène et à la prophylaxie.

L 'antisepsie chirurgicale a fait disparaître ces graves complications des plaies (septicémie, gangrène, pourriture d’hôpital) ; elle permet d’intervenir avec succès dans les lésions du canal rachidien, du cerveau, du cœur, donne d'excellents résultats dans les fractures ouvertes, les plaies articulaires. Grâce à elles, le chirurgien peut opérer sans risque dans la cavité péritonéale, cérébrale, rachidienne, etc.

Le péritoine a cessé d’être le grand épouvantail de la chirurgie, et ce n’est guère qu’après une heure d’ouverture, qu’il se comporte mal. On ne le lave plus, on l’assèche. L 'asepsie tend à remplacer l’antisepsie, car elle épargne aux surfaces cruentées et aux séreuses ouvertes les effets irritatifs des antiseptiques ; elle assure une cicatrisation plus rapide, plus complète et plus certaine ; elle dispense du drainage qui s’impose dans les régions et les champs opératoires infectés. Ce sont encore les doctrines pastoriennes qui ont montré que l’infection des plaies provient souvent d’une faute chi-urgicale, que les sources habituelles

LES NOUVELLES CONQUÊTES THÉRAPEUTIQUES 2Si

de l’infection sont la peau du malade et de 1 opérateur, les instruments, les éponges, les gazes ou l’ouate destinées à assécher, et enfin l’air. La limitation parfaitement rigoureuse du champ opératoire évitera la dissémination des germes. Le chirurgien qui ouvre ou enlève un foyer d’infection, ne doit jamais oublier que ce sont surtout les mains de 1 opérateur, dt surtout des aides, qui ensemencent les germes infectieux dans les régions voisines et provoquent ainsi des complications redoutables comme celles qui dévastaient les hôpitaux et les ambulances avant l’application de la méthode antiseptique de Lister.

Il faut toujours songer à l’aggravation des infections par passages successifs. Aussi doit-on éviter, par l’application des méthodes antiseptiques, les infections légères, larvées, frustes, qui peuvent être le point de départ d’épidémies circonscrites ou générales, comme le tétanos, dans les salles de chirurgie, l’infection streptococcique des services d’accouchement, la diphtérie dans les pensionnats, les broncho-pneumonies ou le choléra infantile dans les crèches.

C’est pour empêcher l’infection des plaies que la chirurgie de guerre et des accidents s’est modifiée. On agit le moins possible sur le terrain, on se contente alors de panser au coton stérilisé, destiné à protéger la plaie contre l’invasion des germes extérieurs, et ce n’est qu’à l’hôpital ou à l’ambulance que sont faites les interventions chirurgicales qui doivent être définitives, d’emblée. On n’a plus besoin d’y revenir, on gagne du temps, et on évite de nouvelles souffrances aux blessés.

L 'antisepsie obstétricale a fait disparaître les épidémies meurtrières de fièvre puerpérale qui ravageaient les maternités, et, grâce à elle, la mortalité est tombée de 9,3 à 0,30 •/,.

L’antisepsie générale permet d’influencer le nombre

des microbes en ralentissant leur pullulation, de modifier la nutrition de ces microorganismes, d’atténuer ou de supprimer leur virulence. La difficulté, dit Bouchard, est de découvrir, pour un microbe infectieux déterminé, une substance qui amoindrisse sa vitalité, et, cela, à un degré de dilution tel qu’elle ne puisse pas incommoder les cellules animales vivantes. On doit rendre l’organisme humain inhabitable pour les agents infectieux en le viciant chimiquement avec une substance antiseptique. Appliquée rigoureusement et à temps, l’antisepsie influe sur le nombre de microbes et sur la gravité de la maladie, comme le démontrent les recherches expérimentales sur la maladie pyocyanique ; elle agit, non seulement sur les manifestations aiguës de l’infection, mais elle évite et écarte les infections chroniques qui surviennent lorsque la cause infectieuse est permanente. Aussi la première précaution est-elle de supprimer d’emblée les points de départ de l’infection (tétanos, pustule maligne, abcès, tubercule, cancer, etc.).

Comme la temporisation peut être fatale, le médecin devrait savoir pratiquer les opérations d’urgence Les principaux progrès réalisés en thérapeutique sont relatifs à la thérapeutique locale qui, le plus souvent, vise les maladies infectieuses locales ou localisées, parfois aiguës, souvent chroniques.

V antisepsie peut être évacua trice ; elle a alors pour but de débarrasser l’organisme des microbes soit par ncision (abGès, empyème, etc.), soit par lavages ou injections, soit par l’emploi de vomitifs, de purgatifs, de lavements, de lavages intestinaux, etc.

« L 'antisepsie du tube digestif, a dit Bouchard, est la première conquête dans les essais de désinfection du milieu intérieur; elle est utile dans la plupart des affections gastro-intestinales, dans les auto-intoxications, dans les maladies du foie, des reins, de la peau. On combat les fermentations intestinales avec les

purgatifs salins ou antiseptiques (calomel), les antiseptiques intestinaux qui, à-doses fractionnées, gênent le développement des microbes.

« Ces antiseptiques (salol, bétol, naphtol, benzonaphtol) doivent posséder les propriétés suivantes : être insolubles et n’être absorbés que graduellement le long de leur parcours, être en poudre ténue pour multiplier les surfaces de contact, être administrés à doses fractionnées et souvent répétées. Ainsi, le benzonaphtol réduit les germes de 50 °/0.

« La recherche du meilleur antiseptique applicable à chacun des agents pathogènes est l’œuvre la plus urgente qui s’impose aux temps présents. »

A propos de chaque microbe pathogène, il faut déterminer ['équivalent antiseptique de la substance qu'on essaye et mettre en parallèle l’ équivalent toxique. A ce propos, il est indispensable de préciser successivement la dose qui retarde la germination des microbes, celle qui l’empêche d’une façon absolue, la dose qui ralentit leur développement, celle qui l’arrête complètement, la dose qui stérilise les microbes tout en les laissant vivre, la dose qui les tue. Il convient aussi de rechercher les équivalents thérapeutiques qui ■ correspondent aux doses provoquant les premiers symptômes physiologiques, les premiers troubles fonctionnels. De la valeur antiseptique et toxique des corps, on peut déduire leur pouvoir thérapeutique.

Ainsi le sublimé, qui est un antiseptique énergique, est un mauvais médicament, puisqu’il est toxique.

Le naphtol est plus nuisible à la cellule végétale parasitaire qu’à la cellule animale. 11 n’y a pas de parallélisme entre la toxicité d’un mélange de substances antiseptiques et la puissance antiseptique de ce mélange. La différence est souvent à l’avantage du pouvoir antiseptique. Dans le choix des antiseptiques, il faut tenir compte du genre d’antisepsie que l’on

cherche (antisepsie générale ou en surface de la peau, des muqueuses ou du tube digestif, des voies aériennes, des voies urinaires, etc.).

Sérothérapie. — Ce sont les doctrines pastoriennes qui ont été le point de départ de la sérothérapie 'préventive et curative. Son historique a été longuement exposé dans le rapport de M. le professeur Roger au Congrès de médecine de Nancy, en 1896. Il comprend plusieurs périodes :

I. En 1888, Richet et Héricourt eurent le mérite de la découverte et reconnurent que le sang d’un chien guéri d’une inoculation antérieure était plus actif et permettait de sauver les animaux ;

II. En 1890, Behring et Kitasato montrèrent que le sang des animaux vaccinés contre les bacilles de la diphtérie ou du tétanos a la propriété de neutraliser les poisons produits par ces microbes dans des proportions vraiment extraordinaires.

III. En 1894, Roux, Martin et Chaillou appliquèrent ces données au traitement de la diphtérie chez l’homme et apportèrent une statistique encourageante basée sur 300 observations. La sérothérapie avait conquis une place brillante dans la thérapeutique. Elle a eu son origine dans les travaux sur le pouvoir bactéricide des humeurs. Elle fut successivement appliquée à la plupart des maladies microbiennes (charbon, choléra, coli-bacillose, diphtérie, pDeumococcie, lèpre, morve, pyano-bacillose, staphylococcie, streptococcie, tuberculose, tétanos, fièvre typhoïde, rage, variole, syphilis, cancer, etc.).

La sérothérapie se rattache à Visopathie. C’est l'organisme animal lui-même qui fournit les remèdes actifs élaborés par le protoplasma de la cellule, sous l’influence de certains germes pathogènes et de leur toxine. L’animal immunisé se transforme ainsi en une sorte d’officine d’agents curateurs ou préven-

tifs. Pour expliquer le mode d’action des sérums thérapeutiques on invoqua tour à tour 1 action bactéricide du sérum chez les animaux vaccinés, 1 action du sérum sur la morphologie des microbes, le pouvoir agglutinant des sérums, le phénomène de Pfeiffer, l'atténuation de la virulence, les propriétés antitoxiques des sérums, les propriétés bactéricides, les actions antibactériennes, antimicrobiennes, les rapports entre les substances antibactériennes, antitoxiques et thérapeutiques, le passage des substances actives dans les sécrétions, l’origine cellulaire des substances actives du sang, les substances actives des sérums telles que les alexines, les protéines défensives, les phylaxines, les stimulines.

On admet actuellement que les sérums ont surtout une action antitoxique et excito-phagocytaire.

Les sérums particuliers habituellement employés ont à la fois une action préventive et curative, comme les sérums antidiphtérique et antipesteux. D autres ont surtout une influence préventive, comme le sérum antitétanique, le sérum antivenimeux. Certains ne s’adressent qu’à la variété de microbes qui a servi à leur préparation, comme le sérum antistreptococcique. Enfin parmi les sérums encore à l’étude se rangent les sérums anlityphoïde, anticholérique, antituberculeux, anticancéreux. Chacun de ces sérums a été longuement étudié dans notre article Thérapeutique générale du Traité de Pathologie générale du professeur Bouchard. Nous nous bornerons à résumer leurs caractères principaux.

Sérum antitétanique. — Il est surtout préventif. Il réussit d’autant mieux qu’il est injecté plus tôt et en quantité suffisante (de 20 à 30 centimètres cubes). Son application hâtive doit être accompagnée de la désinfection ou mieux de l’éradication, du curetage de la plaie, car le bacille du tétanos reste localisé,

n’agit guère que par ses produits de sécrétion dont 1 abondance el l’activité sont favorisées par son association avec les microbes du pus. La suppression d’emblée du foyer infectieux peut enrayer ou atténuer la toxi-infection tétanique. On a renoncé à l’injection intra-cérébrale du sérum antitétanique qui avait été préconisée par Roux et Borrel. L’antitoxine de Tizzoni et Caltani qui, à poids égal, est dix fois plus active que le sérum, n’est pas préférable. Nous conseillons l’injection hâtive de fortes doses de sérum dans l’épaisseur des muscles de la fesse, chez tout blessé souillé de terre, l’habitat ordinaire du bacille tétanique. Les doses doivent être doublées dans les pays chauds, car, pendant notre séjour au Tonkin, nous avions été frappé de la brièveté de l’incubation du tétanos et de la rapidité de son évolution.

Sérum antidiphtérique. — Son action 'préventive est réelle, elle ne se prolonge pas au delà de quatre semaines. La proportion des cas graves est de 40 % chez les non inoculés et elle devient presque nulle chez les immunisés.

Même dans les cas de diphtérie douteuse, le sérum Behring-Roux doit être injecté hâtivement et les doses doivent être assez fortes, si l’examen bactériologique est positif. Il est utile, le cas échéant, de faire usage du sérum antistreptococcique. De 56, la mortalité de la diphtérie est tombée à 16 % et même à 9,6 d’après la statistique de Goodall de Londres. Cette sérothérapie diminue les chances de contamination en atténuant la virulence et en restreignant la durée de la diphtérie. Elle agit non moins sur le bacille diphtérique que sur les phagocytes dont il augmente l’activité cellulaire et dont il diminue l’impressionnabilité à l’action nocive du microbe et de ses toxines. Ce sérum doit être injecté chaque jour à dose variant suivant la gravité du cas (de 10 à 30 centi-

mètres cubes), jusqu’à ce que les fausses membranes se détachent. Le chauffage du sérum à 58 degrés évite la plupart des accidents post-sérothérapeutiques. Employé à la dose quotidienne de 20 à 40 centimètres cubes, il donne de bons résultats dans les pneumonies graves. 11 agit vraisemblablement comme antitoxique et comme excito-phagocytaire.

Sérum antipesteux. — Son action préventive est indiscutable. Sur 500 individus vaccinés et vivant en plein foyer pesteux, 5 seulement ont contracté la peste (Yersin). La proportion relevée par Simond n’est que de 9/1160es.Ces injections préventives de 10 centimètres cubes de sérum doivent être renouvelées tons les 15 jours. Il n’existe pas de relation absolue entre le pouvoir immunisant et curateur du sérum antipesteux. Le sérum obtenu avec des cultures contenant des bacilles vivants, est bien plus actif que lorsque les microbes sont morts. D’après deux statistiques de Yersin, la mortalité qui n’était dans le premier cas que de 7,6 % s’éleva, dans le second, à 72 %.

Les effets curateurs de ce sérum augmentent lorsqu’il est injecté sous la peau hâtivement, à fortes doses (de 40 à 80 centimètres cubes), jusqu’au moment où la température tombe. Dans les cas graves de peste bubonique ou dans les pneumonies pesteuses, on doit recourir aux injections intra-musculaires et même intra-veineuses.

Le sérum de Lustig est obtenu en injectant au cheval une substance vaccinante retirée des cultures de bacilles pesteux au moyen d’une solution de potasse au i00me. 11 est moins efficace que le précédent, car il n'abaisse pas la mortalité au dessous de 40%. Il n’a pas été employé à titre préventif.

Vaccin de IIafekine. — Il consiste en cultures de

bacilles pesteux sur bouillon, datant d’un mois et chauffées à 70° pendant une heure.

Il est inoculé sous la peau à la dose de 3 centimètres cubes. Il détermine pendant 12 heures des symptômes locaux et généraux qui rappellent ceux de la peste. Une seconde inoculation est faite 8 jours plus tard. Ce vaccin confère une immunité active de plus longue durée que celle que donne le sérum. Il a l’inconvénient de favoriser l’infection pesteuse pendant les quelques jours qui précèdent le développement de l’immunité. De plus son action préventive est plus tardive, mais plus prolongée que celle qui est fournie par le sérum. Aussi dans une localité déjà infectée, vaut-il mieux commencer par une injection de sérum antipesteux et n’injecter le vaccin que 48 heures plus tard et à deux reprises séparées par des intervalles de 10 à 12 jours.

Ce vaccin peut être préparé facilement, rapidement et en grande quantité. Il diminue la réceptivité vis-àvis de la peste, dès que l’immunité est acquise et maintenue par des revaccinations et il amoindrit la gravité des atteintes. Ainsi, à Hubli, dans l’Inde, grâce à ce sérum, la proportion de décès par la peste serait tombée de 52,50 à 5,82 °/0. A Dharwar, la mortalité des pestiférés qui était de 93,3 °/0 est descendue à 29,4 % chez les vaccinés et à 26,3 % chez les revaccinés.

Sérum antistreptococcique. — En cultivant des streptocoques dans du sérum humain, Marmorek leur a donné une virulence énorme, constante et délinitive au point qu’un cent milliardième de centimètre cube de ces cultures en série suffirait à tuer un lapin.

L’inoculation de doses progressivement croissantes de ces cultures au cheval et à l’âne donne au sérum de ces animaux des propriétés curatives contre presque toutes les modalités cliniques de la streptococcie.

Ce sérum diminue la gravité, la durée et la fréquence des rechutes de l'érysipèle; il donne de bons résultats dans l'infection puerpérale, les septicémies post-opératoires. La mortalité de la fièvre puerpérale traitée par ce sérum est tombée de 42,56 à 35,20.

Il est utile dans les diphtéries associées à la streptococcie, dans certaines broncho-pneumonies, dans la scarlatine dont il a diminué la mortalité de 10 °/0, dans la variole confluente.

En pratique, il faut recourir à un sérum antistreptococcique polyvalent, qui accroît les chances de succès.

Sérum antivenimeux. — Il existe de grandes ressemblances chimiques et biologiques entre les toxines microbiennes (du tétanos en particulier), et celle du venin des serpents.

Elles sont analogues par l’accoutumance de la vaccinalité, par la complexité de leur constitution, par leur résistance aux agents chimiques. Calmetté compare le venin aux diastases, aux toxines microbiennes ou végétales, aux enzymes.

L’immunisation contre les morsures de serpents était connue des Psylles, au dire de Lucain. des Indiens, des indigènes de la Guyane qui obtenaient une immunité soit en s inoculant du venin, soit en appliquant sur les plaies, le foie, le fiel de serpent ou les poches à venin séchées au soleil et pulvérisées. Certains charmeurs de serpents mangent en outre des serpents entiers, dans le but d’augmenter leur immunisation. Nous avons communiqué en 1903 à 1 Académie de Médecine, le cas d'un chasseur de vipères à qui de nombreuses morsures avaient conféré l’immunité. Ces faits ont servi de base à Vlsolhérapie dont le principe se trouve dans cette phrase d’Hippocrate : « Ce qui fait la maladie, la guérit aussi. »

Le sérum des animaux immunisés agit sur le venin in vitro ; il est préventif et thérapeutique contre tous

les venins des serpents et même des scorpions. Calmetle a remarqué que le pouvoir toxique du sang de L’ophidien ne varie guère suivant le serpent qui l’a fourni, tandis que les venins, au contraire, présentent entre eux de grandes différences de toxicité.

Pour obtenir un sérum antivenimeux en quantité suffisante, on immunise un cheval avec des doses progressivement croissantes de venin mélangé à une quantité graduellement décroissante d’hypochlorite de chaux (1/6O0).

Ces injections sont renouvelées tous les 4 à 5 jours, pendant 6 mois et on emploie successivement les venins appartenant à plusieurs espèces de serpents.

Le sérum du cheval immunisé doit avoir une activité d’au moins 1/10, 000e.

Après avoir lavé la plaie, au-dessus de laquelle on a placé un lien constricteur, avec une solution récente d’hypochlorite de chaux (dilué à 1 gramme pour 60 grammes d’eau bouillie) ou de permanganate de potasse, il faut injecter, le plus tôt possible, dans le tissu cellulaire sous-cutané, au niveau du flanc, de 10 à 20 centimètres cubes de sérum anlivenimeux, suivant l’intensité du venin et la date de la morsure.

Tentatives sérotkérapiques. — Parmi les tentatives sérothérapiques se rangent : la vaccination anticholérique (Ferran 1885, Haffkine 1892, 1895) la sérothérapie anlicholérique que Haffkine associait au vaccin, afin d’éviter l’infection cholérique pendant le temps nécessaire à l’immunisation du sujet; la sérothérapie antisyphilitique provenant d’animaux réfractaires à la syphilis auxquels on inoculait tantôt du sang de syphilitiques, tantôt des fragments de chancre. De plus, le sérum de syphilitiques a été injecté sans succès à des malades atteints de chancre ou de syphilis secondaire, et, d’après Neisser, il est incapable de transmettre la syphilis et ne possède aucun pouvoir

immunisant. Les dernières recherches de Metchnikoff ont prouvé que la syphilis était transmissible et. inoculable aux singes anthropoïdes et que son microbe immobile appartenait à la catégorie des microbes invisibles comme celui de la fièvre aphteuse et de la fièvre jaune : aussi est-ce parmi les virus vivants, mais atténués, qu’il faut chercher le vaccin syphilitique. Seule, d’après Metchnikoff, l’espèce macaccus atténue le virus syphilitique. Cependant, si avec le virus de ces singes, la lésion primitive est insignifiante et n’est pas suivie d’accidents secondaires de la peau ou des muqueuses, il se produit une adénopathie généralisée, indice d’une infection de l’organisme.

De nombreux essais ont été tentés contre la tuberculose. On a employé successivement, 1 ’hétérosérothérapie (sérum d'animaux immunisés contre la streptococcie) ; la toxino thérapie (lymphe de Koch). En 1894, j’ai montré (1) que le sérum de chèvres auxquelles j’injectais des doses progressivement croissantes de tuberculine, était capable de ralentir et même d’enraver la marche de la tuberculose chez l’homme, et possédait une action immunisante pour le cobaye.

Plus tard, le 12 août 1895, Maragliano, de Gênes, faisait au Congrès de Bordeaux une communication sur un sérum antituberculeux, obtenu en injectant àdes chevaux des cultures de bacilles tuberculeux, chauffées à 100° et filtrées, ainsi que des cultures non chauffées, filtrées et concentrées dans le vide. Les premières renferment des protéines, les secondes des toxalbumines. Un centimètre cube de ce sérum pos sède 1,000 unités antitoxiques.

D’après Landouzy, il n’a qu’une action antidotique, antituberculinense ; il agit contre la toxinémie tuberculineuse et non contre l’infection tuberculeuse elle-même. H n’est pas spécifique.

1, B oi. nkt. Congrès de Médecine de Lyon, octobre 1894, et Société de Biologie do Paris, 6 juillet 1895.

Les mêmes remarques ont été formulées contre le nouveau sérum antituberculeux de Marmorek.

Le sérum antityphoïde de Chantemesse provient de chevaux immunisés par des injections de toxine typhoïde soluble. Il a réduit à 4 % la mortalité par fièvre typhoïde. Il exercerait une stimulation spécifique, rapide et énergique sur les organes et appareils de défense de l’organisme.

Cette action serait d'autant plus salutaire et manifeste que la première injection de sérum est faite à une période plus rapprochée du début de la fièvre typhoïde. Les doses doivent être d’autant plus faibles que la maladie est plus grave.

Enfin le sérum anticancéreux , que le docteur Doyen obtient au moyen du micrococcus néofurmans, est encore à l’étude et a été accueilli avec une certaine froideur, justifiée par l'absence de preuves expérimentales en faveur de la spécificité de ce microbe et par le souvenir de l’inefficacité soit du sérum anticancéreux préconisé par Richet et Héricourt (1), soit des injections de cultures atténuées de sérum streptococcique (Lassar, Coley, Rocher, etc.).

La poudre de cancer desséchée à 150° et injectée à un âne, a donné au sérum de cet animal certaines propriétés thérapeutiques permettant d’améliorer des cancéreux inopérables.

Lœffler vient de faire connaître ce nouveau procédé de préparation des sérums actifs, antitoxiques, microbieides et même anticellulaires. II est basé sur cette constatation que, desséchée, puis chauffée à 120 ou 150° et finalement réduite en poudre, toute matière infectieuse ou virulente est capable, lorsqu’elle est injectée sous cet état à uu animal, de provoquer la formation d’un sérum actif et spécifique. Avec ce procédé, Lœffler a pu immuniser les animaux con-

1. Boinet. Congrès de Médecine de Bordeaux, août 1S9o, et Traité de Thérapeutique appliquée de Robin, fascicule vu, p. 152.

tre les microbes pathogènes : bacille typhique, colibacille, vibrion cholérique, bacille tuberculeux, et leur sérum était spécifique et agglutinait les microbes dont les cultures réduites en poudre avaient servi à la vaccination. Certains sérums exerçaient, même une action bactéricide et bactériolytique. D’autres sérums actifs ont été préparés avec des organes entiers d’animaux auxquels on avait conféré une infection spécifique (charbon, rouget des porcs, septicémie).

La sérothérapie préventive joue un grand rôle dans la prophylaxie des maladies infectieuses en introduisant dans l’organisme un sérum bactéricide qui gêne le développement de l'agent pathogène et un sérum antitoxique qui augmente la résistance des cellules aux toxines. L’action préventive des sérums spéciaux s’exerce utilement contre la diphtérie, le tétanos, la peste, la streptococcie, la fièvre typhoïde. L’immunité conférée, en pareil cas, n’est que passagère.

Vaccinations préventives. — Les vaccinations préventives ont également une grande importance au point de vue prophylactique. La variolisation ou variole inoculée, importée de Chine en Turquie, en 1675, et préconisée en Angleterre, en 1721, par lady Montagu, est abandonnée.

Le vaccin de Jenner préserve de la variole, qui est presque inconnue en Allemagne depuis l’époque où la vaccination dans la première année et la revaccination dans le cours de la douzième année sont devenues obligatoires. Des dispositions analogues se trouvent dans la loi française du 15 février 1902.

Les vaccinations pastoriennes, pratiquées avec des virus atténués, sont employées avantageusement en médecine vétérinaire contre le charbon et la clavelée. Cette vaccination contre le charbon a fait tomber la mortalité de 10 à 0.94 % chez les moutons et de 5 à 0,34 % chez les bovidés.

La vaccination antirabique de Pasteur a abaissé La mortalité de 16 à 0,25 %■ En injectant des fragments de moelle de lapin rabique, de plus en plus virulente, on crée un état réfractaire qui se développe plus rapidement que la maladie. L’immunité apparaît assez tôt pour empêcher la propagation du virus actif et mettre l’organisme en état de le détruire. Dans la méthode de Pasteur contre la rage, le vaccin est introduit en même temps qu’un virus renforcé. 11 se servait d’un virus de lapin à courte incubation, à évolution brève, permettant d’obtenir l’immunité après morsure avant que le virus rabique naturel ne commence à évoluer.

La sérothérapie et les vaccinations préventives constituent avec la désinfection et l’isolement les principaux moyens prophylactiques à opposer au développement et à l’extension épidémiques des maladies infectieuses.

Les doctrines microbiennes ont donné naissance à d’autres tentatives thérapeutiques, basées sur l'action antagoniste de quelques microbes et de certaines toxines.

Bactériothérapie. — Pasteur avait rendu des poules réfractaires au charbon en leur inoculant des cultures de choléra des poules.

Ces données furent appliquées à la thérapeutique par Cantani qui utilisait les propriétés antagonistes de certains microbes. En 1889, nous avons remarqué que la levure de bière modifiait la morphologie du bacille typhique et atténuait sa virulence ; elle nous donnait de bons résultats dans les diarrhées typhiques, chroniques des pays chauds, dans le muguet.

La toxinothérapie , la toxibactériothérapie (1) sont aussi à l’étude.

1. Voir Thérapeutique générale , in Pathologie générale, de Bovchard, tome VI.

Sérums cytolytiques. — La découverte des poisons cellulaires ou cytotoxines a ouvert à la thérapeutique quelques applications pratiques. Ces cytotoxines n’agissent que sur les éléments qui leur ont donné naissance. Des lésions lépreuses ont été heureusement modifiées avee des injections de sérum de chèvre contenant de l’hémotoxine, qui avait été obtenu au moyen d’inoculations préalables de sang humain défibriné. Le sérum hémotoxique de MetchnikofT a amélioré l’anémie.

Ces notions de spécificité cellulaire pourront sans doute être utilisées en thérapeutique. Le sérum leucotoxique’que Metchnikoff voulait opposer à l’envahissement des leucocytes mononucléaires, ces macrophages ennemis des éléments nobles, est également toxique pour les polynucléaires : aussi y a-t-on renoncé. La quinine exagère et prolonge la mononucléose.

Sérums artificiels. — La sérothérapie artificielle qui comprend le sérum artificiel , les injections salines ou alcalines, les lavages du sang ou hématocatharsie associés aux saignées-transfusion, le sérum de Truneseck, le sérum gélatiné, etc., est étudiée avec détails dans notre article déjà cité de « Thérapeutique générale » où l’on trouvera aussi l’exposé des médications spécifiques (paludisme, syphilis, goutte, rhumatisme): des médications symptomatiques , du traitement des troubles par altération de la nutrition , etc., etc.

Opothérapie. — Comme la sérothérapie, l’opothérapie, ou la thérapeutique par les extraits d’organes, dérive de la thérapeutique naturiste et emprunte à l’organisme vivant les agents médicamenteux destinés à solliciter et à soutenir l’effort de la « nature médicatrice ».

L’utilisation thérapeutique des divers organes était connue d’Hippocrate, de l’Ecole d’Alexandrie, de

Galien, de l’Ecole de Salerne, et le Codex du xvne siècle préconisait encore l’huile de crâne humain, la mwnie retirée des tombeaux, la graisse humaine, le bouillon de vipères, la bile d’ours. En 1685, Mme de Sévigné prend avec succès huit gouttes d’essence d’urine contre ses vapeurs. Au xviii' siècle, on admet que « les mêmes parties d’animaux conviennent aux mêmes parties de l’homme ». Brovvn-Séquard donne à l’opothérapie sa consécration scientifique en montrant, en 1859, que la transfusion de sang d’animaux rappelle à la v>e un animal décapsulé à l’agonie, et en prouvant, en 1869, que toutes les glandes « qu’ellçs aient des conduits excréteurs ou non, donnent au sang des principes utiles dont l’absence se fait sentir quand elles sont extirpées ou détruites par une maladie». Enfin, en 1889, ces constatations physiologiques reçoivent leur application pratique et conduisent à l’opothérapie génitale qui avait été en honneur, quinze à dix-huit siècles avant.

Les résultats de ces injections confirment les idées de Brown-Séquard et de Claude Bernard sur les sécrétions internes et montrent l’efficacité des extraits organiques dans l’insuffisance des organes similaires.

Cette opothérapie directe ou de substitution prend une nouvelle extension, et l’ingestion de corps thyroïde (Howitz, Foa, Mackenzie) consacre l’opothérapie indirecte ou de corrélation , Puis l’opothérapie substitutive est employée dans l’insuffisance fonctionnelle des capsules surrénales, du foie, des reins, des ovaires, etc. L’atténuation de la toxine tétanique par son mélange à la substance nerveuse est le point de départ de l’utilisation de l’opothérapie dans les maladies infectieuses. Les recherches de Metehnikoff qui attribue cette neutralisation de la toxine à une excitation générale de l’organisme, à un accroissement de la phagocytose, rapprochent l’opothérapie delà sérothérapie. L’opothérapie favorise surtout la défense de

l’organisme. Ses principales voies d’introduction sont: les injections hypodermiques parfois intra-veineuses des extraits, surtout l’ingestion alimentaire et, exceptionnellement, la greffe péritonéale ou sous-cutanée. Les résultats thérapeutiques peuvent être améliorés au moyen des préparations physiologiques des animaux que l’on obtient, soit en hypertrophiant la glande, soit en exaltant la fonction des organes (avec du glucose pour le foie, ou des injections de sérum d’animaux décapsulés pour les capsules surrénales), soit en recueillant les organes à l’état d’activité. Il est encore avantageux de rechercher un accouplement fonctionnel des glandes ou de leurs extraits en injectant de l’extrait pancréatique, par exemple, aux animaux dont on veut utiliser opothérapiquement le foie ; de l’extrait splénique à ceux dont on veut augmenter les effets thérapeutiques du foie. Enfin l 'opothérapie associée emploie des mélanges de pancréas et de foie, des extraits de foie digérés dans de l’extrait pancréatique.

L’opothérapie augmente l’énergie des fonctions des organes à sécrétion antitoxique qui jouent un rôle de protection dans les auto-intoxications, qui accroissent la résistance de l’organisme dans les infections et qui constituent, comme les humeurs antitoxiques, des facteurs d’immunité. On a attribué à l’extrait orchidique une influence favorable dans le traitement de la tuberculose, de la morve, du charbon, du choléra. La résistance des chiens contre le colibacille, le streptocoque, le bacille de la diphtérie, augmente si on leur injecte certains extraits organiques (foie, intestin, thymus). Les recherches de Wassermann et Takaki, de Peiffer et Marx font espérer que l’opothérapie donnera des résultats dans la cure des maladies infectieuses.

L’opothérapie est surtout indiquée dans l’insuffisance fonctionnelle des organes, dans les auto-intoxications, dans les maladies par ralentissement de la

nutrition, dans certains troubles nerveux. Elle établit, pour ainsi dire, une sorte de transition thérapeutique rend ces agents biologiques utiles dans la plupart des troubles morbides.

L’opothérapie spéciale des diverses organes que nous avons étudiée longuement dans notre Thérapeutique générale (ioc. cit.) peut être résumée ainsi :

Opothérapie thyroïdienne. , — Elle est tantôt directe (athyroïdisme et dysthyroïdisme) ; tantôt indirecte (obésité, fractures non consolidées, fibromes) tantôt empirique (tétanie, sclérodermie, psoriasis.) Elle' est indiquée dans le maladies du corps thyroïde (myxœdèmes de l’adulte, opératoire, infantile ; crétinisme, goitres simple et exophtalmique) ; dans les arrêts de croissance (nanisme, infantilisme, athrepsie. rachitisme, retards dans la consolidation des cals); dans les maladies par ralentissement de la nutrition [obésité, diabète) ; dans certaines affections cutanées (psoriasis) ; dans quelques variétés de rhumatisme, dans la maladie d'Addison. Elle expose à des troubles cardiaques.

Opothérapie orchidienne. — Elle convient à l’épuisement nerveux, à la neurasthénie, à la sénilité précoce, aux névropathies chroniques, au diabète ; elle a été utilisée dans l’impuissance, l’aliénation mentale, le tabes, le cancer, la tuberculose.

Opothérapie ovarienne. — Elle est avantageusement employée dans les troubles consécutifs à la castration ovarienne, à la ménopause et dans la chlorose.

Opothérapie thymique. — Les suppléances fonctionnelles qui existent entre le thymus et le corps thyroïde, les glandes parathyroïdiennes, le corps pituitaire et les capsules surrénales (1) expliquent

1. BoineT. Congres international de Médecine (Section de Pathologie interne), août 1900.

l'action de eette médication dans le goitre, le goitre exophtalmique, la chlorose, l’athrepsie, la maladie d’Addison.

Opothérapie nerveuse. — Les extraits de substance cérébrale et médullaire ont été donnés dans des cas de rage, de neurasthénie, d’épilepsie, de mélancolie, de manie.

Opothérapie musculaire ou Zomothérapie. — D’après Richet et Héricourt, le plasma musculaire immunise contre l’infection tuberculeuse.

Opothérapie lymphatique, médullaire et splénique. — Les ganglions lymphatiques, la moelle osseuse et la rate (1) qui jouent un rôle considérable dans l’hématopoïèse et la multiplication leucocytaire, ont été employés dans l’anémie pernicieuse, la leucémie grave, la leucocythémie. La moelle osseuse a été administrée, en outre, dans le rachitisme, l’anémie grave, la chlorose, et l’extrait splénique a donné des •résultats dans le paludisme, la cachexie palustre, le goitre exophtalmique.

Opothérapie pulmonaire. — Elle date d’Hippocrate et fut préconisée par Dioscoride (75 ans après J. -G.), Mésué (1015), Helvétius (1727). Elle a été récemment recommandée dans la tuberculose pulmonaire peu avancée, dans les bronchites et les broncho-pneumonies, dans la coqueluche, les pleurésies, les arthropathies du type Marie, les ostéo-arthri tes consécutives à la pleurésie purulente.

Opothérapie rénale. — Elle est utile dans les néphrites chroniques, l’albuminurie, l’urémie.

Opothérapie surrénale. — Elle est indiquée dans l’Addisonnisme, la maladie d’Addison, dans l’insufû-

1. Boinbt. Congrès international de Médecine (Section de Pathologie interne), août 1900.

sance capsulaire. L’adrénaline, principe actif des capsules surrénales ne doit être employée qu’avec la plus extrême prudence. Les injections d’extraits surrénaux déterminent, parfois, un tremblement dont nous avons décrit les caractères et qui est comparable à celui que produit l’hyperthyroïdation. C’est une preuve de plus en faveur des analogies fonctionnelles des capsules surrénales et du corps thyroïde.

Sang. — L’emploi du sang, celte chair coulante, à titre opothérapique, date de la plus haute antiquité. Celse raconte que les épileptiques buvaient le sang chaud des gladiateurs. La transfusion du sang se rattache à l’opothérapie. Actuellement, de nombreux anémiques et tuberculeux viennent boire à l’abattoir le sang ruisselant des bœufs égorgés. Ce mode de traitement n’est pas à dédaigner.

Opothérapie pancréatique. — Elle est avantageuse dans le diabète par hyperhépatie.

Opothérapie hépatique. — Elle active la fonction biliaire. On sait depuis longtemps que la bile est un excellent chologogue et, à ce titre, elle a été donnée contre les calculs biliaires et la jaunisse.

Elle accroît la fonction uropoïétique, l’élimination de l’urée et elle agit favorablement dans la goutte.

L’action coagulante in vivo et in vitro des extraits hépatiques explique leur utilité dans les hémorrhagies survenant au cours d’une maladie du foie. Cette médication augmente l’action glycogénique du foie et convient au diabète par anhépatie en surexcitant le fonctionnement des cellules du foie. Elle est utile dans l’insuffisance hépatique et dans la nutrition retardante.

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