PARIS BRAY ET RETAUX, LIBRAIRES-ÉDITEURS
MOK CHER AMI,
Je viens vous féliciter du livre que vous publiez en ce moment contre le Positivisme.
Vous avez compris que, sous ce nom, c'est Tathéisme et le matérialisme le plus grossier qui osent bien aujourd'hui offrir à la jeunesse leurs plus honteux enseignements.
Le Positivisme prétend supprimer Dieu, Fâme, la liberté, l'immortalité, les principes absolus de la loi morale^ toutes les vérités, non-seulement de la religion, mais de la raison elle-même ; et puisant une force redoutable dans le matérialisme des mœurs qui est devenu le trait caractéristique de notre époque» il s'annonce impudemment comme
Pexpression rigoureuse de la vérité contemporaine, comme le terme le plus élevé du progrès social, comme le dogme définitif de Tavenir.
Vous avez donc pensé qu'il fallait lui arracher, non-seulement le masque dont il se couvre, mais tous les faux titres qu'il fait valoir ; et ces titres, vous les avez examinés à la lumière de ces principes primordiaux, de ces lois éternelles et immuables sur lesquelles tout repose, et sans lesquelles rien ne se conçoit, rien ne tient, rien ne saurait demeurer debout ici-bas.
Amenant tour à tour cette erreur monstrueuse de notre temps sur le terrain de la logique, de la science, de la morale, de Tart, de l'histoire, de la religion, vous n'avez pas eu de peine à montrer qu'au regard de ces grandes choses qui sont le tout de l'homme et de l'humanité, le Positivisme s'offre à l'esprit comme la négation la plus impie de tous les principes et de toutes les certitudes qui portent rédiûce du savoir humain.
Dans l'ordre logique, il se montre en contradic-
don avec so propre principe, renouvelle, en Texagérant, le scepticisme métaphysique de Kant, et se
voit repoussé de négation en négation, de défaillance en défaillance, jusqu'aux dernières limites du scepticisme absolu.
Dans le domaine de la science, les solutions qu*il est réduit à donner au triple problème de Torigine des choses, du mouvement des êtres, et de la vie, sont en opposition formelle avec les lois les mieux constatées de la science elle-même, et c'est sur le terrain qu'il choisit de préférence, sur le terrain des expériences po^ittv^^, que vous lui faites subir sa plus humiliante condamnation.
Malgré ses vains efforts pour maintenir ce qu'il appelle la morale indépendante , le Positivisme anéantit, du même coup, la responsabilité morale et la liberté, érige le fatalisme en loi suprême de la volonté, enveloppe dans la même négation le principe des mœurs et la sanction morale, et professe, de la sorte, le code de l'immoralité, avec non moins de témérité que la logique de l'absurde.
Dans .>;i (licoric cslhéli(iuv', il ramôiie les [iriiicipes éternels du Beau aux procédés vulgaires d'un réalisme sans noblesse et sans vie, tarit les sources de l'inspiration en niant tout idéal, et dépose ainsi au sein des lettres et des arts, le germe d'un abaissement irrémédiable.
Le régime de la fatalité qu'il établit dans Tordre moral, il le transporte, par une inévitable conséquence^ dans Tordre social et politique^ brise le ressort de Tautorité, non moins que celui de la liberté, anéantit le principe du droit aussi bien que celui du devoir, et ne laisse subsister, sous une forme ou sous une autre, que les alternatives du despotisme et de Tanarchie, les violences de Toppression ou de la révolte, le règne delà tyrannie et
de la force.
Méconnaissant enfin tous les enseignements de
Thistoire et toutes les conditions morales de Thuma-
nité, il supprime, avec une sacrilège audace, tout
ce dont les générations humaines ont vécu jusqu'à
ce jour, tue l'espérance et la prière dans les cœurs,
cl croit avoir fondé la religion de ravenir, en étouffant les plus nobles aspirations de l'âme sous le poids de la matière, et anéantissant au seuil du tombeau cet élan vers l'infini, cet amour de l'immortalité qui est le fond de notre vie et le principe de toute notre grandeur.
11 poursuit donc la science positive et ne rencontre que la négation des plus hautes réalités, tandis que le Christianisme, en nous montrant la vérité divine et aft^o/t/^, incarnée dans un fait sensible et réeU nous offre à la fois toutes les certitudes de la raison et de l'expérience^ de la logique et de rhistoire, et répond supérieurement aux exigences du problème que le Positivisme pose sans pouvoir le résoudre.
Tel est, mon cher ami, le cadre que vous vous êtes tracé, et qui vous a permis de poursuivre le Positivisme dans toutes ses aberrations les plus cachées, comme les plus éclatantes. Vous l'avez fait avec une force dans vos raisonnements, avec une clarté dans vos déductions, avec une sobriété et
une vigueur de style, qui placent votre livre au premier rang des livres de polémique religieuse. Je vous en fais de nouveau mon compliment le plus sincère.
Tout à vous bien affectueusement en N.-S.
f Félix,
ÉvôquH d'Orléans.
On ne peut se défendre d'une amère tristesse quand on considère les défaillances et les découragements dont la raison philosophique nous offre, en ce moment, un si lamentable exemple. Après avoir remué, avec une incroyable ardeur, tous les problèmes qui tourmentent notre inquiète curiosité ; après avoir rejeté avec éclat, pour s'affranchir, disait-elle^ du joug de la superstition et du fanatisme, la tutelle incommode de la religion et du sens commun; aussi dédaigneuse du frein de Tautorité que pleine de confiance en elle-même ; sûre d'asseoir le règne de ses opinions sur les ruines d'un dogme proscrit, et d'arracher aux croyances du passé le sceptre de l'avenir, nous la voyons s'abattre soudain sur elle-même, douter
de sa fortune et de ses œuvres, et proclamer avec
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désespoir que La solution du grand problème de notre destinée n'était qu'une entreprise téméraire et une trompeuse illusion ^
Rien où son audace n'ait touché et rien qui ne se soit brisé entre ses mains. Religion, philosophie, théorie sociale et doctrine des mœurs, elle a tout pulvérisé au contact de son redoutable génie. Em< portant les esprits à une licence inconnue même dans l'ancien monde, les essais ont succédé aux essais, les systèmes sont nés des systèmes, aussi nombreux que les nuages qui passent au ciel en un jour de tempête. Nulle affirmation, si hardie qu'elle fût, qui n'ait disparu devant une négation plus hardie encore. Les doctrines qui devaient £tre éternelles, n'ont été que les idoles d'un jour, et la pensée qui les avait élevées avec tant de complaisance la veille, cette même pensée, toujours incertaine d'elle-même, les a renversées avec mépris le lendemain. Théorie des sens et de la matière; rêves du panthéisme et de l'athéisme; déisme vague et inconsistant ; culte de l'anarchie et de la Torce; critique dissolvante de tous les principes et de la critique elle-même ; ici le dogmatisme te plus absolu ; là le doute le plus éner-
t. Rbhjlh, Àvmir di la mitttphytique. Littrï, Parolu dt phi Umphie fwrili'vt, «le., eu.
vant ; partout le caprice devenu l'unique loi de la pensée ; il n'est pas une aberration qui n'ait eu le privilège d'amuser tour à tour la curiosité de la raison, d'endormir les inquiétudes de la conscience, d'offrir aux âmes fatiguées un abri d'un jour, pour disparaître ensuite, semblable à ces lueurs fugitives qui ne brillent un instant aux re* gards du voyageur que pour le replonger bientôt dans une plus profonde nuit.
Jadis on avait eu la faiblesse de croire que par de là les ombres du temps et de la matière, il y avait quelque vérité stable et permanente qui s'offrait, à travers les amertumes et les désenchantements de la vie, comme l'asile sacré de nos espérances et de notre foi. La philosophie, telle que l'entendaient nos pères, était la science et l'affirmation de Vabsolu^ et l'on s'était persuadé que là seulement se trouvait, au milieu de tant de douleurs qui chargent notre existence, la paix et le repos de nos âmes. Il était réservé aux audaces de la libre pensée, de nous corriger de ces banales illusions. Après avoir vainement essayé de déterminer l'existence, la nature et les rapports de l'absolu, elle a trouvé plus commode de le nier, et se bornant à constater les phénomènes et les lois de la nature physique et sensible, elle a réduit ses
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ambitieuses spéculations à ne plus être que de simples et modestes expériences. Emprisonnée dans la matière, elle s'est interdit avec une modération chagrine de porter le regard au delà de cette vulgaire enveloppe. Et tout étant relatif dans le cercle étroit du monde des phénomènes, le relatif s'est trouvé être !e principe et la fin, la condition et la loi souveraine de notre raison. Les axiomes ont été abolis. Une logique nouvelle, assez téméraire pour proclamer que la contradiction était la loi suprême de la pensée, a pris laplacede la vieille logique de l'évidence. Cette dernière ayant le malheur d'être étemelle, n'est-il pas manifeste qu'elle devait ^tre tant soit peu surannée? Fatiguée de l'importune lumière de la vérité, la pensée en révolte l'a repoussée comme non avenue. Dès lors, détachée de son étemel principe, privée de toute règle et de tout ressort, vain jouet de l'imagination et des sens, faut-il s'étonner qu'elle soit retombée sur elle-même de tout le poids de son impuissance, etqu'aprèsavoirséduit le monde par ses fastueuses promesses, elle ne nous apparaisse plus que comme une de ces visions sinistres dont on suit la trace à travers les tombeaux et les mines.
Quelles sont, en effet, les doctrines qui s'affichent en ce moment avec le plus d'audace et
peuvent se vanter de posséder la vogue la plus bruyante? L'ancien panthéisme de Hegel et le récent matérialisme de Buchneret de Schoppenhauer en Allemagne ; le positivisme en France et en Angleterre ; le naturalisme le plus radical dans les théories du cosmopolitisme révolutionnaire. Partout le spiritualisme battu en brèche ; les doctrines des écoles les plus illustres, celles qui ont le plus honoré l'esprit humain, menacées par les plus impitoyables négations; le premier réveil de la pensée philosophique, suivi d'une profonde décadence ; les horizons de l'infini dérobés au regard ; la négation du Dieu vivant et personnel, devenue le premier principe et le trait commun de tous ces systèmes ; partout je ne sais quel fanatisme de la matière et du néants desséchant, comme un souffle de mort, toute foi, toute espérance, toute prière ; VathéismCy en un mot, l'athéisme sous les formules les plus énigmatiques et les plus diverses : telle est la chute humiliante où est venu aboutir et se briser l'élan désordonné de la pensée rationaliste des temps modernes.
Nous n'ignorons pas, sans doute, par quels efforts courageux, certains représentants de la raison indépendante ont essayé d'arrêter l'anarchie qui dévaste de plus en plus tous les domaines de
iO INTRODUCTION.
la libre pensée ^. Mais leurs éloquentes protestations ne sauraient nous faire illusion sur la gravité du mal qui les envahit de toutes parts. Nous ne saurions oublier qu'ils sont là, sur le champ de bataille de la raison émancipée^ assaillis par leurs propres auxiliaires, généraux intrépides, si l'on veut, restés fidèles au poste que l'honneur leur assigne, mais abandonnés de leurs soldats^ n'agitant qu'un drapeau solitaire, menacés par les armes mêmes qu'ils avaient livrées à des mains infidèles. Et n'ont-ils pas signalé, eux aussi, avec une sincère douleur, les mécomptes, les défaites et les humiliations de cette philosophie indépendante dont ils avaient fait le culte de leur vie? N'avons-nous pas entendu un des plus connus d'entre eux, enlevé depuis par une mort prématurée, gémir sur le discrédit où sont tombées les doctrines si hautement spiritualistes de l'école française du xvii* siècle, et signaler, avec amertume, les réactions et les apostasies qui menacent d'emporter, avec l'idée même de Dieu, tout ce qui faisait l'orgueil du moderne déisme ^? Les ruines dont nous parlons, ils les montrent aussi bien que
1. MM. VicTOB Cousin, Emile Saissbt. Jules Simon, Paul Janbt, etc., etc.
2. Emile Saisset, Ettai sur la philosophie et la religion aulll* iiécU,
IHTROOUCTIOIf. il
nous; les défaillances, les découragements, le néant doctrinal dont nous sommes les spectateurs, ils en sont les témoins et les victimes. Loin de contredire nos paroles, leur exemple les confirme, et le regard attristé qu'ils jettent sur l'avenir montre bien assez quelle est la grandeur du mal dont nous souffrons.
Oui^ il faut le dire, au risque de blesser Torgueil d'un siècle infatué de lui-même, jamais encore, si Ton excepte les temps néfastes de la décadence romaine, jamais encore un mal plus profond n'avait atteint^ avec une aussi menaçante intensité, les forces les plus intimes et les plus sacrées de la raison humaine. Au dernier siècle, sans doute, nous avons vu d'étranges excès. Les théories les plus subversives régnaient sans conteste. La matière avait ses hiérophantes et le néant ses adorateurs. L'athéisme put se flatter d'avoir détrôné Dieu dans la conscience et dans les temples d'un grand peuple. Mais^ au moins, y avait-il dans ces doctrines je ne sais quelle foi à l'avenir, à la toute puissance de la raison, à rinfaillibilité de ses triomphes, qui armait l'homme d'un ressort puissant et mettait en branle toutes ses facultés. On s'enivrait, il est vrai, de sang et de volupté ; on se faisait le courtisan des rois ou des peuples ;
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on ne voyait dans l'homme qu'un degré pitis élevé de l'échelle animale, et c'est mollement coaché sur l'oreiller de la matière qu'on attendait la mort. Mais, du moins, le peuple des sages rêvait pour lui et pour le monde de roer\-eilleuses desiinées. Il allait reconquérir ses droits méconnus; briser les chaînes de l'antiqueservilude, ramener l'âge d'or sur la terre. Il ne reculait devant aucun vice, ni même, devant aucun excès, devant aucun crime. Hais dans le délire de ses pensées et de ses entreprises, il n'était pas découragé. Il affirmait ou il niait ; il osait tout et ne doutait de rien. Le scepticisme n'avait pas de prise sur lui. L'homme était Dieu. Avec la déesse Raison, il s'était placé sur tes autels. II espérait en elle. Il l'entourait d'un oulte terrible et sanglant. Ce blasphème était sa foi ; cette foi était sa force. Cette force faisait trembler le monde, et maintenant encore nous ne pouvons faire un pas, sans rencontrer quelque formidable empreinte de sa sauvage énergie et de ses fureurs.
Aujourd'hui, au contraire, après tant de solennels démentis infligés à leurs espérances, les croyants du pbilosophisme, après avoir parcouru le cercle des mêmes systèmes, en sont venus à douter de ces systèmes, et de la raison, et d'eux-
mêmes. Qu'ont-ils établi que le temps n'ait emporté avec dédain? Quel symbole est encore debout? Où est le drapeau qu'ils n'aient déchiré de leurs propres mains? Où ont abouti toutes ces évolutions gigantesques dont s'enorgueillissait, il y a vingt ou trente ans à peine, la philosophie en France et en Allemagne? La science absolue, disaitH)n, allait être fondée^et d'infidèles disciples s'amusent avec les débris de Tédiflce élevé par les maîtres. La liberté allait inaugurer partout son règne ; et partout où se porte le regard, il n'aperçoit que l'imposant appareil de la force. Désormais l'empire de la justice et des lois serait à jamais fondé ; et il n'est pas un siècle qui ait été humilié, comme le nôtre, par les attentats les plus scandaleux de la violence et les plus égoïstes calculs de l'iniquité et du mensonge. Arrivée à l'époque de son émancipation, l'humanité serait guidée par la raison seule ; et toutes les folies, tous les excès des siècles les plus dépravés ont, à diverses reprises, souillé et déshonoré nos annales. La fraternité universelle une fois proclamée, la guerre allait disparaître du monde; et voilà que chaque jour nous apporte le récit tragique de ces duels de peuples qui rappellent toutes les passions et toutes les fureurs de
Textrème barbarie. Les constitutions élaborées par les théoriciens du philosophisme promettaient d'être la charte permanente de la société ; et pour . toute réponse à ces hautaines promesses, la révolution s'en va balayant ces éphémères législations comme la tempête emporte les feuilles mortes.
Oui, d'amers mécomptes ont été infligés, et le sont chaque jour encore, à la courte sagesse de la pensée rationaliste de notre temps. Oui, il n'est pas un rêve de l'orgueil qui n'ait été foudroyé par la froide et dédaigneuse justice de l'histoire. Fautil s'étonner dès lors de l'abattement des cœurs et du désespoir des esprits? Où veut-on qu'ils s'appuient sur ce sol mouvant qui partout se dérobe sous leurs pas? Ils agitent des problèmes; d'autres l'ont fait avant eux. Mais la solution de ces problèmes qu'est-elle devenue entre leurs mains? L'autoritéetla liberté, la raison et la foi, la science et l'histoire. Dieu et sonœuvre^ l'homme et la société Qu'ont-ils fait de toutes ces grandes et
saintes choses sur lesquelles repose la vie morale des individus et des peuples? Hélas, semblables à ces demi-dieux, descendus, suivant la fable, dans ces demeures de la mort^ où ils ne saisissaient que des fantômes quand ils croyaient tenir des réalités, les penseurs émancipés de notre temps n'ont rea«
contré à la place de Timmuable vérité que les ombres fuyantes de leurs rêves. Dès lors, se disaient* ils, pourquoi se tourmenter d'une fatigue inutile?Ne valait-il pas mieux briser l'instrument de son supplice ? Le repos de la mort n'était-il pas préférable à la fièvre de la vie? Et lasse de chercher sans la trouver, la réponse du grand problème, la libre pensée, se drapant^ si j'ose le dire, dans son désespoir, comme les anciens qui allaient mourir s'enveloppaient de leur manteau, la libre pensée abdiqua toutes ses prétentions, en annonçant que, pour en finir^ elle allait supprimer le problèmiî et se passer de réponse.
L'athéisme dans les systèmes et le scepticisme dans les âmes : tel est donc le résultat final du mouvement rationaliste des temps modernes. Le philosophisme a tué la philosophie. Le rationalisme a immolé la raison ; et le positivisme, qu'on nous vante, en ce moment, comme la suprême conquête de la pensée moderne, n'estque l'expression rigoureuse de cette double immolation. Oui, autant qu'il était au pouvoir de la négation, elle a cherché à anéantir Dieu dans le ciel et la raison sur la terre; et si un généreux esprit * a pu affirmer avec une^ haute et triste conviction, que ce
qui était en péril de nos jours, c'était la grande et sainte notion de Dieu, un de nos contemporains les plus illustres ', a pu dire avec non moins de vérité, que ce qu'il importait le plus de défendre aujourd'hui contre les persévérantes agressions du sophisme, c'était l'esprit humain, c'était la raison elle-même.
De là vient que certaines semences de doute et d'athéisme sont répandues dans l'atmosphère du monde des intelligences^ comme cette poussière impalpable qui se mêle àl'air que nous respirons. Ceux mêmes qui ne vivent pas sous leur influence directe, ne laissent pas d'en subir la funeste atteinte. Tel qu'un poison subtil qui porte le trouble dans nos organes, alors même qu'il ne donne pas la mort, ainsi la contagion sophistique pénètre, dans des proportions plus ou moins redoutables, jusque dans les derniers replis du monde moral, pour flétrir, énerver et paralyser tout ce qu'elle ne peut dessécher dans son fond. En face de ces solitudes du néant qu'une audacieuse dialectique nous montre comme la suprême révélation
1. M. GmzoT. — Ce mime danger a éti, non seuleraent Bigna' lè, niaia comballu iTec vigueur, dËs IBSO, par notre compatriote et •mi, 11. Uon Lcrébure, actuellement député de la Seine, dus nD remarquable IraTail publié «oub ce titre : JI. Bnutl Rman tt ladéïodMct da éntdet pliiloiophiqun en France.
de la science, l'esprit le plus ferme éprouve, par moments, cette sorte d'éblouissement que fait naître la vue des abimcs. Et que dire des ravages que Tinfluence incessante de ces doctrines exerce, à la longue, sur les arts, les sciences, les lois, les mœurs, les habitudes d'un peuple ? Qui ne sentirait le sol trembler sous ses pas, quand il voit le mouvement philosophique actuel démolir, avec un acharnement calculé, ces principes primordiaux de la raison, que la sagesse de tous les temps a considérés comme la base indiscutable de nos connaissances et de nos certitudes ? Qui ne se trouverait comme suspendu dans un vide infini, quand il voit le ciel se dérober en quelque sorte à son regard, et la chimère du néant prendre la place de Celui que l'humanité a adoré jusqu'à ce jour comme son principe, son espérance, son Père et son Dieu? Comment veut-on que, sous les coups répétés d'une négation qui en impose par l'assurance et la hardiesse de son langage, les croyances ne soient pas altérées, les consciences déconcertées, le ressort moral affaibli, les âmes abattues et brisées, l'espérance et le bonheur diminués dans un monde à qui l'on enseigne que philosopher, c'est savoir se passer d* espérance * ?