‹ Les doctrines positivistes en France (volume 2)Chapitre 91 sur 135 · Acies des apôtres · texte numérisé non relu

Acies des apôtres

tout notre 6tre dans la souveraine béatitude, Tascension indéfinie de notre connaissance et de notre amour dans les clartés de Tinfini ; — oh ! comme alors notre vie si froide, si décolorée, souvent même si triste et si douloureuse, comme elle se relèverait, dès ici-bas, dans la lumière de son Dieu ! Comme cet univers, si vide, si glacé, si impitoyable, quand il n'est aperçu qu'à travers \à dogme de l'athéisme, comme il retrouverait sa grande vie et sa grande poésie, alors qu'il nous apparaîtrait comme la révélation permanente de la présence du Père que nous avons au ciel ! Comme l'histoire de notre race, si immorale et si désespérante sous le prisme de la fatalité, comme elle reprendrait son sens, sa moralité, sa haute et sévère justice, alors qu'elle serait conçue comme le début d'un drame qui se déroule ici-bas, sous l'œil d'une Providence vigilante, pour se dénouer dans l'éternité entre les mains d'un incorruptible Juge I Comme notre terre elle-même, où l'athéisme prétend ensevelir, pêle-mêle et à jamais, cette poussière meurtrie et ensanglantée qu'il appelle l'humanité, oh ! comme elle reverdirait au soleil de Dieu, comme elle se repeuplerait des visions du ciel, et comme notre existence fugitive, maintenant si pesante et si désolée, serait agrandie et transfigurée, alors que nos âmes seraient emportées, si j'ose le dire, sur l'aile de l'espérance et de la prière, dans un rêve de vie et d'immortalité !

Cette révélation de I>Vô\3l ^îl\ Va. w^Vxvc^ et \jar l'huma-

nité est d une importance capitale et d'un prix infini. Elle est la manifestation absolument certaine d'un Dieu conscient, libre, personnel, par les œuvres de son intelligence, de sa liberté, de sa personnalité. Elle s'impose à l'esprit avec toute l'autorité d'une souveraine et irrésistible évidence, et il faut se résoudre à en accepter la certitude, ou bien désespérer de toute certitude, soit de l'expérience, soit de la conscience et de la raison.

Cependant l'on peut concevoir de ce monde mystérieux de l'Absolu, de TÉtemel, de l'Infini, une révélation qui pénètre plus avant dans la raison et dans le cœur de l'homme, et donne une satisfaction plus complète à toutes les exigences, je dirai même, à toutes les ambitions de son savoir. Quelle est cette révélation supérieure à toutes celles dont nous avons parlé jusqu'ici ? C'est ce qui nous reste à déterminer.

Nous arrivons ici à un point capital du problème qui nous occupe. Après avoir combattu ce qu'il y a de faux dans le Positivisme, il nous reste à en dégager ce qu'il contient de vrai. La logique, avons nous dit en commençant, est l'unique justice des systèmes. Nous ajoutons que la justice est Tunique logique vraiment digne de ce nom. Nous serons donc juste envers le Positivisme et, grâce à Dieu, la justice offre un terrain où tout le monde peut et doit se rencontrer.

u Toute erniir, dit Bossuet, est fondée sur quelques

vérités dont on abuse, » * et Thistoire de toutes les erreurs philosophiques et religieuses n'est que l'éclatante vérification de cette parole. Sauf le scepticisme absolu qui n'est d'ailleurs, fort heureusement, qu'une radicale impossibilité, il ne se rencontre pas un système, pas un seul, si erroné, si incomplet, si exclusif qu'il soit, qui ne retienne certains débris de vérité. L'erreur même, en tant qu'erreur, qu'est-ce sinon l'abus, comme le dit Bossuet, c'est-à-dire, une exagération démesurée ou une mutilation détestable de quelque vérité ? Jamais l'esprit humain ne se trompe pour le simple plaisir de se tromper. Jamais, à moins d'une monstrueuse dépravation, il n'embrasse l'erreur pour l'erreur elle-même. Dans ses plus lamentables égarements, il y a quelque apparence, quelque illusion, quelque sophisme complaisant, quelque ombre de raison ou de vérité qui lui en impose.

Ce qui manque à l'esprit que l'erreur abuse, ce n'est pas une vue quelconque de la vérité; ce qui lui manque, c'est la mesure exacte et précise de la vérité, considérée, soit en elle-même, soit dans ses rapports avec d'autres vérités. Préciser la mesurede la vérité, n'en exclure, n'en mutiler et n'en exagérer aucune ; déterminer la place, le rang, le rapport exact de chacune ; corriger et redresser les rapports faussés, altérés ou renversés ; déterminer sans passion, sans préjugé, sans parti pris,

/. Préface de l'apocalypse, cti XKVll

à la lumière des axiomes de la raison, la part rigoureuse du vrai et du faux; telle serait la règle à suivre dans la lutte des doctrines. Telle est celle aussi que nous désirons appliquer au Positivisme.

Quel est donc le principe, ou, pour parler plus exactement, l'erreur fondamentale de ce système ? Cette erreur la voici : Les réalités du monde expérimental et relfiti/ sont les seiiles que nous puissions connaître d'une connaissance positive et certaine; les réalités du monde métaphysique et absolu, si tant est qu'il en existe, échappent à toute connaissance et à toute certitude. C'est, nous l'avons déjà remarqué, le scepticisme deKant, étendu non-seulement à la réalité objective des idées de la raison pure, mais de toutes les idées de la raison théorétique et pratique sans exception.

Et maintenant quelle est la ten/^ dont cet empirisme, d'un côté, ce scepticisme, de l'autre, sont l'étrange abus ? Cette vérité la voici : Les réalités métaphysiques et absolues, aussi bien que les réalités expérimentales et relatives, peuvent être l'objet de notre connaissance et de notre certitude. Mais quand l'évidence métaphysique se corrobore de l'évidence physique et morale; quand la certitude rationnelle se combine avec la certitude expérimentale ou sensible, il en résulte, je ne dirai pas une conviction, mais au moins une persuasion plus intime, plus pénétrante, plus vivante, devant laquelle disparaissent jusqu'aux dernières ombres du doute ou de l'hésitation.

Prenons pour exemple les vérités mathématiques. Ces vérités sont du même ordre que les vérités métaphysiques ; elles sont rationnelles, nécessaires étemelles, absolues. Or ces vérités brillent d'une telle évidence qu'elles réunissent l'assentiment de tous les esprits et, pour cette raison, les sciencesdont elles forment l'objet, sont appelées exactes. D'où leur vient ce privilège? Uniquement de ce que ces vérités s'incarnent, si je puis ainsi parler, dans les données i xporimeMales ei sensibles du nombre, du mouvement et de l'étendue. Il y a là comme une révélation de l'absolu sous la forme du relatif, et, grâce à cette révélation, l'absolu revêt en quelque sorte un caractère palpable et positif, qui donne à Vidée tout le relief, toute la précision d'un fait, la rend accessible aux sens aussi bien qu'à la raison et emporte, du poids de son évidence, toutes les facultés de l'homme.

On ne saurait donc le méconnaître : quand la vérité absolue passe de la région des idées dans le domaine des faits, elle devient l'objet non-seulement de la connaissance rationnelle, mais d'une science expérimentale et positive qui porte, par l'accumulation de toutes les certitudes, l'éclat de la vérité à sa plus haute puissance.

Telle est la vérité dont Kant et les positivistes ont fait un si déplorable abus. Voyant l'empire que l'évidence des faits exerce sur l'universalité des hommes, ils en ont conclu, Kant avec quelques réserves au profit

de la raison morale, les autres sans réserve aucune, que hors du domaine de Texpérience, il n'y a plus de certitude possible, et que les idées qui nous révèlent le monde métaphysique ou supra-sensible sont autant dliiéroglyphesd'un mystère éternellement scellé devant les regards de l'homme.

Et maintenant que nous avons dégagé la vérité dont abuse le Positivisme, des interprétations erronées dont il l'entoure, élevons plus haut nos pensées et nos âmes, et faisons servir âu triomphe de la cause que nous défendons, l'arme même qu'on veut retourner contre nous.

Dieu ou l'Absolu, disent-ils, passe la portée de notre regard ; c'est un idéal, une abstraction ; et ce n'est que cela. Le relatif seul est l'objet d'une science positive et certaine. — Eh bien, supposons que le fait que nous avons signalé pour l'absolu mathématique, se produise également pour l'absolu métaphysique. Que l'Idt'al divin s'incarne sous une forme concrète et sensible ; qu'il s'affirme, avec toute l'évidence d'un fait, comme la vérité immuable, substantielle, personnelle et vivante; que cette vérité se manifeste, non plus à travers le symbolisme d'une œuvre impersonnelle, telle que l'univers, mais par le rayonnement ou le déploiement direct de sa divine personnalité ; qu'elle atteste sa vivante réalité par des titres aussi authentiques, aussi incontestables que ceux auxquels nous reconnaissons, à n'en pas douter, les actes et les ma-

nifestations de la personnalité humaine ; qu'elle inscrive ces titres, en traits de flamme, dans les annales de rhistoire et dans la tradition vivante de l'humanité; que ridéal divin devienne un fait expérimental et sensible ; que, pour se révéler à l'homme, Dieu, si je puis ainsi parler, se fasse homme ; — n'est-il pas évident que de toutes les solutions possibles du grand problème, oelle-là serait à la fois la plus logique, la plus abordable et la plus sûre? N'est-il pas évident que l'esprit humain, dominé, quoi qu'il en ait, par l'éternel problème, serait infiniment intéressé à cette grande solution ?

Eh bien, cette solution du problème de la vérité absolue, ou, pour mieux dire, cette révélation directe, vivante, personnelle^ de la Vérité éternelle, incarnée au sein de l'humanité, n'est-elle pas le fait le plus positif et le plus irréfragable de l'histoire ? Jésus-Christ, le Verbe fait chair, le Dieu fait homme, n'est-il pas devenu le point de convergence de toutes les certitudes de la raison et de la conscience, de la science et de la tradition? S'agit-il de certitude cxpérirY\,entalel Quel événement de l'histoire peut rivaliser avec le fait de la vie, des enseignements, des œuvres de Jésus ? Parlet-on de certitude raUonnellel Quelle doctrine religieuse ou philosophique peut soutenir le parallèle avec la pureté, l'élévation, la sublimité de sa doctrine ? Tous les efforts de la critique la plus négative n'ont-ils pas échoué devant l'évidence historique de son Évan-

gile? Toutes les hostilités du rationalisme le plus rebelle ne se sont-elles pas inclinées devant la vérité et la beauté idéales de son enseignenient ? Jésus-Christ n'est-il pas, pour parler la langue du jour, la plus haute évidence de Vabsolu divin, incarnée dans la plus haute évidence d'un fait relatif de l'histoire ? N'est-il pas, en même temps, l'expression la plus complète et la plus harmonieuse de Tidéal et du réel, de l'absolu et du relatif, de l'infini et du fini ? Se peut-il concevoir une seule exigence, soit de la raison, soit même de l'esprit de système, à laquelle la révélation de Jésus ne réponde avec une incomparable supériorité? Positiviste, où rencontrer un fait plus positif et plus certain? Philosophe, où trouver une doctrine aussi prodigieusement parfaite et imposante? Critique et savant, quel événement du passé a répondu aussi victorieusement que celui-là aux inquisitions les plus implacables de la critique et de la science? Est-il une vérité mathématique où les certitudes delaraisonsecombinent,|dans une aussi haute mesure, avec celle du fait sensible ? Dès lors, la révélation du Dieu véritable et vivant dans la personne de notre Seigneur Jésus-Christ, n'est-elle pas la réponse complète et péremptoire aux exigences du Positivisme? N'est elle pas la vérité sur laquelle il est fondé et dont il fait un si déplorable abus? Et n'est-ce pas au nom duPositivisme lui-même, dans ce qu'il a de vrai et de certain, que la pensée devra se prosterner, vaincue et satisfaite, devant l'afQr-

mation surnaturelle de Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu?

Ce qui est vrai de Jésus, l'est également de l'Église qu'il a instituée. Révélation prolongée et indéfectible de la vérité infinie, par l'organe d'une institution historique et positive, c'est de part et d'autre la môme synthèse, la même union de l'absolu et du relatif, du divin et de l'humain, de la vérité surnaturelle et de la réalité historique et concrète. C'est aussi le môme point de rencontre de toutes les clartés que peut ambitionner le savoir humain. Et si, pour un adepte du Positivisme, la logique ne se réduit pas à un vain jeu de l'esprit; si, rompant avec les fatales tendances qui l'entraînent à la négation, il sait appliquer les lois de la raison à ce qu'il y a de vraiment positif dans son système, il sera amené, nous ne craignons pas de le dire, à voir en Jésus-Christ et dans son Église, la plus haute expression de la vérité religieuse et morale, appuyée sur la plus inébranlable certitude qui se puisse rencontrer en ce monde.

Et c'est ainsi que la raison, une raison ferme et logique, fera sortir des débris d'un rationalisme mesquin et mutilé, l'édifice sacré de la Religion et de la Foi. C'est ainsi qu'ejle fera naître d'un seul germe de vérité, enseveli, si j'ose ainsi parler, dans les sillons de l'erreur, l'arbre de vie où s'abriteront les générations humaines, et auquel elles demanderont, sans crainte d'être trompées, le fruit qui donne l'immortalité.

Quelle que soit la puissance de la raison, gardonsnous cependant de flatter ses illusions et son orgueil.

Pour voir la lumière, il ne suffît pas que la lumière existe. Il ne suffît pas non plus qu'il y ait un organe de vision capable de l'apercevoir. Gomment voir la lumière, si les nuages amoncelés devant elle, la dérobent à notre regard ? Gomment la voir encore, dans toute la pureté de son éclat, si notre œil est faible et malade ; s'il se ferme obstinément à la lumière ; s'il s'en détourne avec mépris ; si son regard est altéré et dépravé ; si enfin il est frappé d'une cécité profonde ? Voulons-nous contempler le pur rayon de la vérité? Adressons-nous, avec un inexprimable désir, au Père de la lumière. Prions-le de dissiper tous ces fantômes de l'erreur que l'ignorance, les préjugés et les passions nous ofl'rent à la place de la divine image. Prions-le d'ouvrir l'œil de notre âme, s'il est fermé ; de le guérir, s'il est malade ; de le fortifier, s'il est faible; de lui rendre la vue, s'il est aveugle ; de le tourner vers la vérité, s'il est asservi à la fascination de Terreur. Faisons eflbrt vers la lumière, et, dans la lumière de Dieu, nous verrons la lumière. In lundne tuo videbimus lumen ^ ,

Dans la vision organique, il ne sert de rien de connaître les lois de Toptique, si nous négligeons l'hygiène de l'œil qui seule nous permet d'appliquer et de réali-

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