BossusT, Oraison funèbre de la reine d^Angleierr
sière ; tout ce qui donne du prix à la vie, un ressort à la vertu, des ailes à notre pensée, un but à notre existence, une solution à Ténigme de notre passé et de notre avenir ; tout ce qui peut mettre un frein aux ruses de la cupidité, aux débordements de la licence, aux attentats de la force, aux insolences de la fortune, aux fureurs de la tyrannie, — tout ceci ne serait qu'une contradiction vivante, un éternel sophisme ! Tout ceci ne serait, depuis six mille ans, que le produit d'une illusion, la réalité d'un mensonge, le résultat forcé d'une incorrigible déraison I Tout ceci serait la génération universelle, perpétuelle et nécessaire, d'une incompréhensible erreur, ou pour parler plus exactement, d'un incompréhensible néant !
Quoi ! étemels jouets d'un rêve éternel, misérables victimes de la fatalité, poussés et repoussés en tout sens, comme une vile écume, dédaigneusement brisée par le caprice des flots, nous serions tombés à cet excès d'indigence et de mépris, d'être rivés par notre raison, par notre conscience, par nos mœurs, par nos lois, par nos institutions, par toutes nos espérances et tous nos souvenirs, par tous nos instincts de vérité, de grandeur, de perfection, que dis-je? par toutes les fibres de notre existence, par tous les battements de notre cœur, au plus grossier des paralogismes, au plus insensé des rêves, à la plus niaise des absurdités ! L'humanité, prise dans son ensemble, ne serait, dans ses manifestations les plus élevées, dans ses
i30 LES DOCTRINES POSITIVISTES
œuvres les plus saintes, qu'un prodige d'hallucination, une perpétuelle et incorrigible aberration I Ah ! rendons grâce à Dieu d'avoir entouré sa majesté de Téclat d'une telle évidence, et d'avoir voulu que la ruine de toute croyance dans l'âme fût, en même temps, la ruine de tout principe et de toute logique dans la raison f Résumons. Le principe du positivisme se réduit à la négation de tous les principes. Son procédé est la contradiction de tous les procédés de la raison : son empirisme systématique, une pure impossibilité ; sa conséquence logique et avouée, la négation de Dieu, de la liberté, de l'immortalité ; son résultat direct, la ruine de tout ordre religieux et moral. Il repousse Vabsolu et prétend le retrouver dans Vato^iw. Il proscrit l'hypothèse, et sa théorie sur la formation automatique de l'univers et de l'humanité n'offre qu'une série d'hypothèses bizarres et gratuites. D'un autre côté. Dieu qu'il écarte comme une hypothèse^ s'impose à la raison comme la plus mathématique des certitudes. L'idée divine qu'il dédaigne comme une pure abstraction^ correspond à la plus parfaite des réalités. Ce qu'il met au ban de la science se trouve donc être la vérité la plus positive^ et ce qu'il décore fastueusement du nom de science positive, s'évanouit, en dernière analyse, dans une immense négation. Faut-il s'étonner qu'appuyé sur une logique si péremptoire, le Positivisme, fort de luimême, réclame si impérieusement l'admiration des contemporains et s'arroge d'avance la royauté de l'avenir ?
Non, grâce à Dieu, ce code de la contradiction n'est pas encore devenu et ne deviendra jamais la foi de l'humanité. Dieu ne s'est pas désarmé à ce point dans la raison et dans le cœur de ses enfants. S'il a écrit son nom trois fois saint au front du firmament et dans le brin d'herbe de la vallée, au frontispice des temples et dans le sanctuaire des lois, dans les annales de la nature et dans celles de l'humanité, il l'a imprimé bien plus profondément encore dans les idées nécessaires et dans les principes éternels de notre raison, et c'est parce qu'il en porte lui-même les inébranlables assises, qu'il trouve dans le bon sens des peuples, ou pour mieux dire, dans la raison droite et spontanée de l'humanité, un rempart invincible à tous les efibrts du doute et de la négation.
Oui, tous les courants de la pensée, toutes les lois de la logique, toutes les évidences du raisonnement sont une révélation de Dieu, un indice de sa mystérieuse présence, une marque de son action incessante et universelle, un effet de sa perpétuelle création. Les défaillances de la négation , comme la force interne de l'affirmation ; l'angoisse du vide créé par l'absence de Dieu, comme l'extase de la possession ; les remords du crime, comme les saintes joies de la vertu ; l'anarchie qui règne là où n'est pas Dieu, comme l'ordre qu'il réalise dans les cœurs qui l'adorent et qui l'aiment ; en un mot, la vérité et l'erreur, le bien et le mal, la lumière et les ténèbres, le
ciel et la terre, la vie et la mort, tout atteste, à sa manière, l'existence d'une Puissance, d'une Intelligence, d'une Justice, d'une Raison, d'une Pensée, d'une Conscience, d'une Liberté, infiniment supérieures à tout ce que nous voyons dans les attributs de la matière, dans les facultés de l'homme, dans toutes les propriétés et toutes les énergies du monde visible.
Dieu garde donc, si j'ose le dire, toutes les avenues et toutes les issues du labyrinthe de notre pensée. Quoi que nous fassions, quoi que nous disions, où que nous allions, nous rencontrons Dieu. La toute-puissance logique de l'idée divine enveloppe et pénètre, de son impalpable réseau, tous les plis et replis de notre pensée, comme la toute-puissance substantielle de l'essence divine enveloppe et pénètre, du souffle immatériel de sa vie, tous les éléments et toutes les énergies de notre être. De même qu'elle s'est imposée à la foi du passé, elle s'imposera à la foi de l'avenir. En vain, quelques aveugles s'obstineront à nier la lumière. Le soleil d'où elle émane, continuera de luire à nos regards et l'humanité continuera de croire au soleil. Les menaces de l'athéisme n'y peuvent rien. Dieu a voulu que la lumière soit et la lumière fut. Que les positivistes en prennent donc leur parti. Ils peuvent bien nier la lumière ; ils essaieraient en vain de l'éteindre. Il leur est loisible de s'aveugler; mais il ne leur est pas donné d'arracher les yeux du {lenre humain. Ils attendent, disent-ils, la réponse de l'avenir. Vaine illu-
de Timpuissance et de rorgueil. Cette réponse, ; la savons d'avance. Nous savons que les flots de er se brisent éternellement contre le rempart de ivages, et que les positivistes, pas plus que les pre- 's défenseurs de l'athéisme, ne pourront rien , lument rien, contre l'invincible force des choses.