LES ARTS
Théorie positiviste du Beau — Esthétique et critique de M. Taine — Conditions de l'art. — Causes génératrices de Tart : — 1* la race ou le tempérament. — 2* le milieu ou les circonstances. — 3* Le moment ou la faculté. — Caractère, la fatalité. — Réfutation do cette théorie. — Rôle de la liberté dans l'art. — Devoir de la véritable critique. — Conséquences de l'esthétique de M. Taine. — Décadence de l'art et des lettres. — Influence du positivisme sur les lettres et les arts de notre temps. — Conclusion.
Tous les ouvrages de M. Taine contiennent plus ou moins l'exposé de ses principes. Mais nous trouvons surtout le développement de sa théorie esthétique dans sa Philosophie de Varty et la théorie ainsi que l'application de sa critique littéraire dans son Histoire de la littérature anglaise. Une rapide analyse de ces 'ouvrages nous fera connaître son système.
Selon M. Taine, tout art, tout artiste dépend « de l'état général des esprits et des mœurs d'un temps. » L'art est une plante qui ne se développe que dans un certain milieu. Db même que chaque zone terrestre a sa végétation propre, de même chaque époque de This-
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toirc produit un art fatalement conditionné par l'ensemble des circonstances physiques et morales qui se rencontrent à cette époque. La méthode à suivre dans la théorie du Beau, ce n'est donc pas la méthode dogmatique, mais la méthode historique. Or que nous enseigne cette dernière ? Elle nous apprend premièrement que toute œuvre d'art consiste dans Vimiiatm de la nature ; en second lieu, que cette imitation ne consiste pas à reproduire exactement les êtres réels, mais les rapports et les dépendances des parties, c'està-dire la structure ou la logique des êtres réels ; en troisième lieu, que l'art a pour « but de manifester le caractère capital, la. manière d'être essentielle d'un objet, c'est-à-dire une qualité dont toutes les autres dérivent par une liaison fixe. » L'art doit mettre en relief ce caractère. Pour y arriver, un don est indispensable à l'artiste. Ce don, c'est la sensation originelle du caractère à reproduire. Cette sensation une fois produite, « toute la machine pensante et nerveuse en reçoit l'ébranlement par contre-coup, » et c'est là ce qui constitue le génie artistique.
En résumé, l'art a pour objet de manifester « les causes permanentes et génératrices desquelles l'être de l'homme et celui de ses pareils dépendent, les caractères dominateurs et essentiels qui régissent chaque ensemble et impriment leurs marques dans les moindres détails ^ . » Or, quelles sont ces causes perma-
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nentes et génératrices ? Nous Payons vu ; ce sont les lois en vertu desquelles # la quantité pure, c'est-à-dire l'espace abstrait, produit la quantité déterminée, c'està-dire la matière concrète, et celle-ci, à son tour, engendre la quantité supprimée * ou la pensée. C'est « un ensemble défaits liés par la nécessité. » C'est le mécanisme universel qui ramène tous les phénomènes de la vie et de la pensée à la matière, et fait dériver la matière elle-même de la « quantité pure », c'est-à-dire de la pure abstraction du temps et de l'espace, considérée « comme le commencement nécessaire de la nature » • Dans ce système, plus de liberté, plus d'âme, plus de Dieu, plus de morale, «Le vice et la vertu, dit M. Taine, sont des produits comme le vitriol et le sucre *. » Et voilà les causes génératrices que l'art doit manifester I Voilà Vidéal que lui offre l'esthétique de M. Taine I Voilà les sources fécondes où il puisera, grâce à la sensation originelle, ses grandes et sublimes inspirations ! Le positivisme dans l'art est-il assez explicite ? Et avions-nous raison de dire que le matérialisme résume le premier et le dernier mot du système ?
Ces principes, on le pense bien, trouvent leur application dans la critique littéraire de M. Taine. Dieu, l'âme, la liberté une fois supprimés, il n'existe que des faits. Ces faits expriment des forces plus ou moins intenses. Ces forces, il faut les apprécier, les mesurer, et