Ibid., p
G. Ibid., p. XX.
tien du droit, Tordre et l'équilibre des intérêts, le développement normal et harmonieux des forces sociales. Et si la Loi s'oppose comme une barrière à nos instincts déréglés, c'est uniquement parce qu'elle apparaît à nos regards avec le prestige d'une inviolable autorité.
Or, à quelque degré qu'elle s'exerce, l'Autorité ne revêt un caractère légitime et sacré que parce qu'elle est, à un degré quelconque, l'expression de Téternelle Justice ; et l'éternelle justice n'est elle-même la formule et la sanction suprême de l'autorité, que parce qu'elle s'adresse à des intelligences raisonnables qui peuvent la comprendre, à des volontés libres qui peuvent l'accepter et lui obéir dans la plénitude de leur indépendance et de leur liberté. Aussi, voyez la différence profonde qui se remarque entre le régime de l'autorité et le régime de la force. L'autorité cornmande ; la force contraint. On obéit à la voix de l'autorité ; on cède à la pression de la force. De même donc que la justice est le principe de l'autorité, de même la liberté est la condition de l'obéissance. Otez la justice et la liberté, et l'autorité ne sera plus qu'un leurre, l'obéissance ne sera plus qu'une folie. Otez la justice et la liberté, et il n'y aura plus que des forces qui oppriment et des faiblesses qui seront opprimées. Otez la justice et la liberté, et je ne vois plus que des tyrans qui contraignent et des esclaves qui tremblent ; et le gouvernement des sociétés humaines ne sera plus que le règne de rarbitraij;)B et de la force.
Que ces doctrines désolantes, complices de tous les penchants déréglés de notre nature viennent à prévaloir et les passions de Thomme, toujours impatientes du frein, toujours ardentes à jouir, enfanteront à l'envi cet esprit d'insubordination et de révolte dont les agitations périodiques annoncent au monde l'heure des grandes épreuves et des grandes ruines.
Sans cesse irrité par les passions, sans cesse amnistié par les sophismes, cet esprit de révolte, devenu à son tour une puissance sociale, recrutera dans tous les rangs et dans toutes les conditions, des courtisans pour le flatter, des docteurs pour Texalter, des organes pour le propager, des chefs pour le discipliner, des soldats, et au besoin, des pavés et des poignards pour le faire triompher. Et quand Theure de ses victoires aura sonné, quand on le verra monter et monter toujours, semblable aux vagues d'une mer irritée, contre les vieux remparts de l'édifice social ; quand, secoués de leur long sommeil, les défenseurs de l'ordre verront le flot emporter au loin les sceptres et les couronnes des rois, et l'œuvre des siècles disparaître sans gloire, au milieu d'immenses débris, dans un torrent de sang et de larmes, alors peut-être, mais trop tard, Une génération insouciante et frivole reconnaîtra la Vanité de ses doctrines sophistiques, et comprendra ce que peut et doit attendre une société, du vide que les légations de l'athéisme auront créé dans les âmes.
Or, par un effet de cette logique vengeresse qui
294 LES DOCTEIHBS FOSITIVISTES
punit tout excès par un excès contraire, cet esprit d'indocilité et de révolte ajoute à la folie de ses audaces, la honte de ses défaillances, en dégénérant bientôt, sous Tempire de circonstances nouvelles, en un esprit do basse complaisance, de fade adulation et d'ignominieuse ser\'ilité. Éphémère, comme tout ce qui heurte violemment les lois de l'ordre, Tanarchie qu'il enfante appelle de tout l'effort de ses violences, les inévitables répressions de la force. Dès lors, un despotisme d'autant plus pesant que le désordre aura été plus profond recueillera dans le naufrage des institutions, les dernières épavesde l'ordre social. Tous les droite, toutes les franchises, toute la vie d'un peuple se résumeront dans l'épée d'un homme. Et comme cette épée distribuera les faveurs du pouvoir, l'égoïsme qui ne vit que de jouissances, l'égoïsme qui, pour jouir, se montrait naguères si rebelle et si turbulent, ce même égoîsme, toujours tourmenté des mêmes besoins, se jettera servilement aux pieds d'un pouvoir qu'il n'a plus l'espoir de séduire ou de briser. Qui sait ? peut-être qu'à force de complaisance et de flatterie, il fera oublier ses anciennes témérités. En retour dé sa docilité, on lui donnera l'or qu'il convoite, et les hochets qui l'amusent. Que lui faut-il de plus ? L'essentiel n'est-il pas de se tirer d'affaire et de bien jouer son rôle ?
Ainsi verra-t-on le factieux de la veille devenir le courtisan du lendemain. Insolent envers tout ce qui est faible, il n'adore, lui, que ce qui est fort. Abrité qu'il
est sous Taile d'une grandeur armée et vivante, qu'il fait beau le voir insulter à son aise à toutes les grandeurs désarmées et vaincues ! Ne faut-il pas qu'à force d'arrogance et de dédain, il élude, autant qu'il est €h lui, le châtiment du mépris? Cette métamorphose vous étonne, et vous avez tort. Ce n'est pas lui qui change ; à Dieu ne plaise ! Ce qui a changé, c'est l'intérêt dont il a fait son Dieu. Pour lui, son égoïsme est resté le même, et gardez-vous de croire qu il trahisse jamais la promesse de lui rester fidèle ! Ne trouve-t-il pas, dans son eflacement actuel , l'intérêt qu'il poursuivait dans ses révoltes d'autrefois ? Que chercherait-il au delà ? et voulez- vous qu'il cesse d'être lui-même ?
Mais que le pouvoir dont il est l'incorruptible serviteur vienne à menacer ses intérêts, à gêner ses désirs, à tromper ses espérances et ses ambitions, et le courtisan du jour pourra redevenir le factieux du lendemain. Attentif à saisir les signes de l'avenir, s'il voit que l'idole vient à pencher, il n'attendra que le mo meiat opportun pour aider à l'abattre. Ce n'est pas lui, dans tous les cas, qui empêchera les autres de la renverser. Pour peu que les circonstances l'exigent, il poussera l'héroïsme de son dévouement jusqu'à suivre de ses applaudissements la foule qui traîne la victime aux gémonies ; et si les vainqueurs du jour arrivent à se maintenir au pouvoir, ne désespérez pas de le voir un des premiers prodiguer à ces nouveaux maîtres la fumée de son encens adulateur.
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Ainsi tour à tour factieux et soumis, tribun et courtisan, vautour et reptile ; les palinodies, les défections, les tratiisons, les asservissements les plus lamentables auront rempli l'existence d*un homme dont le sens moral s est éteint dans le vide de Tincrédulité et des passions.
Oui, disons-le hautement, toute doctrine qui altère ou anéantit la notion du Dieu conscient et libre, vivant et personnel, étemel et infini, du Dieu qui seul mérite le nom de Dieu, est une doctrine de fatalisme et d'anarchie, de tyrannie et de servitude ; elle proclame la déchéance du droit et le règne de la force. Elle humilie l'homme, sous prétexte de l'exalter, et ne lui promet la souveraineté que pour le charger de chaînes. « Athéisme et servitude vont de compagnie •, a dit un éminent asprit *, et ce mot est vrai.
L'expérience du passé l'atteste sans réplique. Dans ces pays de l'Orient, dans ces contrées fameuses de l'Asie et d'une partie de l'Afrique, où le panthéisme, le dualisme et la théorie de la fatalité ont altéré si profondément, souvent même renversé le dogme de la personnalité divine et de la liberté humaine, le despotisme règne depuis des siècles ; et le fer d'un conspirateur ou le sabre d'un janissaire est à peu près la seule garantie politique que ces populations asservies et muettes aient su inventer contre l'arbitraire de leurs