‹ Les doctrines positivistes en FranceChapitre 78 sur 107 · S. Luc, IX · texte numérisé non relu

S. Luc, IX

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leur vie ci leurs actions. Ames parfaitement droites et fermes qui savaient allier le respect de l'autorité avec le souci de leur liberté, l'obéissance aux loisavecla défense de leurs droits, l'honneur du chrétien avec les devoirs du sujet, la dignité de l'homme avec le dévouement du citoyen. Supérieures aux événements, inaccessibles aux tentations de la peur et de la lâcheté, invincibles aux coups de la bonne comme de la mauvaise fortune, à les voir, au milieu de l'instabilité universelle, si parfaitement maîtresses (J'elles-mômes, on eût dit, sous une enveloppe mortelle, quelques-unes de ces intelligences angéliques qui savent dominer les choses du temps de toute la hauteur de l'éternité.

On nous citera des exemples contraires, et l'on aura tort ; car nul chrétien qui ne soit inférieur au christianisme ; nul athée, nul incrédule qui ne soit supérieur à son athéisme ou à son incrédulité. Touthomme vicieux ou criminel est un athée conséquent et le plus inconséquent des chrétiens. Or, nous parlons du chrétien logique et de l'athée conséquent. Nous parlons des effets naturels du christianisme et de l'athéisme, et nous défions nos adversaires de contester une seule des conséquences que nous signalons.

Quid leges sine moribus vanse p'o^cmn^ ? disaient les anciens. Qu'est-ce que les lois et les institutions sans les mœurs qui les soutiennent et les vivifient? Demandez plutôt : Qu'est-ce qu'un organisme sans âme? Qu'est-ce qu'un mécanisme sans moteur? Donnez-nous

donc des hommes, et nous vous donnerons des citoyens. Toute doctrine qui crée des hommes, crée aussi des sociétés. Toute doctrine qui anéantit les mœurs, anéantit, au même titre, les sociétés. Un corps peut être admirablement organisé ; mais privé de vie, il n'est qu'un cadavre. Une constitution politique peut être ingénieusement élaborée ; mais isolée des croyances et des mœurs qui seules lui donnent la vie et la durée, que sera-ce, sinon une lettre morte qui retentit dans le vide des âmes ? Que sera-ce, sinon une feuille volante qui se disperse au premier souffle des révolutions ?

Ce n'est donc pas seulement dans la vie des individus, c'est dans la vie et dans les institutions politiques des peuples, que le christianisme a su réaliser cette dignité et cette liberté qu'il avait arrachées aux servitudes de Tancien moiide. « A ceux d'entre les détracteurs de l'Église, dit M. de Montalembert, qui réprouvent le passé catholique des peuples occidentaux, sous prétexte qu'il était incompatible avec la liberté, on peut leur opposer le témoignage unanime non-seulement de tous les monuments de l'histoire, mais de tous ceux d'entre les écrivains démocratiques de nos jours qui ont approfondi l'étude de ce passé, de M. Augustin Thierry surtout qui a si bien montré tout ce que le pouvoir royal avait dû renverser de barrières et de garanties, avant de pouvoir tout passer sous son niveau.

ll'faut bien le reconnaître, la société d'autrefois était

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hrrissce de libertés. L'esprit de résistance, le sentiment du dn)it individuel la pénétraient tout entière ; et c'est lt\ ce qui constitue toujours et partout l'essence delà lil)orlé. Ces libertés avaient établi partout un système de contrepoids et de freins qui rendaient absolument impossible tout despotisme prolongé. Mais elles avaient surtout pour garantie deux principes que la société moderne a reniés, l'hérédité et l'association. De plus, elles nous apparaissent sous forme de privilège, ce qui suffit pour empêcher plusieurs de les comprendre ou de les admirer *. » — « La liberté n'existait pas alors à l'état de théorie, de principe abstrait, revendiqué pour l'humanité en bloc, pour tous les peuples, même pour ceux qui n'en sauront et n'en voudront jamais user. Mais elle était un fait et un droit pour beaucoup d'hommes, pour un plus grand nombre qu'aujourd'hui. Elle était surtout plus facile à conquérir et à conserver pour tous ceux qui savaient l'apprécier etl^ désirer.

« A qui la liberté est-elle surtout nécessaire ? Au^ individus et aux minorités. Les uns et les autres 1^ trouvaient alors (au Moyen-Age) dans les limites impo^ sées par le contrôle réciproque des forces naturelles outraditionnelles à toute autorité, à toute souveraineté quelconque. Ils la trouvaient encore et surtout dans l'heureuse multiplicité de ces États restreints, de

l Les Moines d'Occident, Introd.p. CICLIY.

ces souverainetés indépendantes, de ces républiques provinciales et municipales qui ont toujours été le boulevard de la dignité de Thomme, le théâtre de sa plus salutaire activité ; où le citoyen courageux et capable trouve bien plus de chance pour sa légitime ambition ; oii il est toujours bien moins effacé, moins courbé sous le niveau que dans les grands États.

(( En outre nos fiers ancêtres ignoraient jusqu'à la notion de ce pouvoir illimité de l'État, aujourd'hui partout si ardemment invoqué ou si facilement accepté. Nul parmi eux n'eût reconnu ce qu'on a appelé « les maux nécessaires de la monarchie sans limites » *.

« Ce qui assurait d'ailleurs le règne de la liberté au Moyen-Age, c'était le caractère énergique et viril des institutions et des hommes. Tout y respire la franchise, la santé, la vie. Tout y est plein de sève, do force et de jeunesse. On dirait le premier essor d'une nature dont la vigueur spontanée n'est encore nulle part dépouillée de grâce et de charme...., Un levain généreux fermente au sein de cette confusion apparente. Le bien y prend le dessus par les efforts soutenus, par les sacrifices prolongés d'une foule d'âmes admirables. On les retrouve sans cesse, et on les contemple avec bonheur, ces âmes infatigablement

t. Ibid., AuGDSTiN Thierry, Introduction aux monuments du l'hUtoire du lier s- Étal.

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dévouées à la lutte contre le mal, contre toutes les oppressions et toutes les iniquités, laborieusement initiées aux triomphes de la force morale, héroïquement fidèles à cette foi dans la justice de Dieu, qu'il est si nécessaire et si difficile de maintenir dans l'attente des manifestations trop rares et trop incertaines de cette justice dans l'histoire. * •

Et montrant comment la vertu est le ressort de la grandeur politique des peuples, l'éloquent historien ajoute : « La faiblesse et la bassesse, c'est là ce qu'il y avait de plus inconnu au Moyen Age. Il a eu ses vices et ses crimes, nombreux et atroces ; mais la force et la fierté ne lui firent jamais défaut. Dans la vie publique comme dans la vie privée, dans le monde comme dans le cloître, ce qui éclate surtout, c'est la force et la grandeur d'âme; ce qui abonde, ce sont les grands caractères, les grands individus. »

(( Et c'est là, qu'on le sache bien, la vraie, l'incontestable supériorité du Moyen-Age. C'était une époque féconde en hommes :

Magna parens virûm:,., * »

Or, le grand crime des doctrines d'athéisme est précisément d'avilir l'homme, et de préluder ainsi, par la dégradation des individus, à l'asservissement des

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