PIE IX, PAPE
Bien-aimé Fils, salut et bénédiction apostolique.
Combien il est amer d'avoir abandonné le Seigneur, et d'avoir secoué le joug suave de sa loi, c'est ce qu'éprouvent aujourd'hui grand nombre de peuples. Plût à Dieu que du moins ils se repentissent et rentrassent dans leurs cœurs! Avec cette sagesse ils recouvreraient tous les biens.
Malheureusement ils ne veulent pas comprendre qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme d'établir la société sur un fondement différent de celui qui a été posé par son divin auteur, et ils travaillent de toute leur force à renverser ce fondement, s'imaginant que le progrès de la société et son parfait bonheur ne peuvent résulter que de la substitution de leurs faux systèmes à ce fondement divin. Ils donnent donc pour base à l'édifice social de prétendues libertés dont ils n'auraient qu'à se rappeler l'origine, à considérer la nature perverse et les funestes résultats pour comprendre que tous leurs efforts doivent inévitablement aboutir à la décadence, aux révolutions, à une honteuse servitude, et aux maux les plus affreux.
Aussi ayant compris, par le sommaire de quelques chapitres de votre livre intitulé : Les Doctrines romaines sur le
libéralisme j envisagées au point de vue du dogme chrétien et de l'intérêt socialy que vous avez traité sérieusement ce sujet. Nous vous félicitons de la liberté et du courage avec lequel vous avez mis en lumière des vérités repoussées par un grand nombre, mais absolument nécessaires pour désabuser les intelligences trompées et prévenir les plus grands malheurs. Si on ne peut espérer que votre travail ouvrira les yeux des aveugles et de leurs aveugles guides, Nous augurons du moins qu'il éclairera les yeux obscurcis, et rendra les clairvoyants plus perspicaces.
Avec ce volume vous Nous en avez offert un autre dont Nous vous sommes également reconnaissant, celui dans lequel, pour réfuter un ouvrage trop répandu, vous vous êtes emparé des armes de l'autexu», et vous Tavez si bien mis aux prises avec lui-même qu'il a dispensé ses adversaires du soin de renverser l'édifice que vous l'avez contraint à démolir de ses propres mains.
Aussi vous donnons-Nous avec un tendre amour notre bénédiction apostolique, comme signe de notre paternelle bienveillance et comme gage des divines faveurs.
Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le 22 janvier 1870, l'année vingt-quatrième de notre pontificat.