‹ Les doigts de fée; comédie en cinq actes (volume 2)Chapitre 20 sur 68 · SCÈNE in · texte numérisé non relu

SCÈNE in

Le Dre,' RicnARD.

Richard {étonné). Bonne chance! . . , Pourquoi? Le Duc {souriant). Parce que je crois qu'il va se battre.

Richard {se levant). Mais c'est affreux . . . c'est indigne !

Le Duc. L'indignation te va bien . . à toi qui l'autre ' jour encore ... et pour moi . . .

Richard. Ce n'était pas ma faute . . . impossible de . . trouver une . . . pa . . . parole ... ce qui faisait rire . • ^ mon adversaire ... et plus j'étais furieux . . . plus je bégayais, et plus il riait ! Ma foi j'ai appelé à mon aide la langue des signes ... je lui ai donné . . .

Le Duc {d'un air de reproche). Un soufflet?

Richard. Que veux-tu ! On parle co . • . comme on peut ! Mais parlons de toi. J*en reviens à ce que je te disais hier, il îaut te marier.

Le Duc. Moi ! . . .

Richard. C'est de rigueur. Un ambassadeur garçon ne représente qu'une moitié de son pays ... et pas la plus belle encore.

Le Duc {riant). Admirable! Il semble que tout le monde se soit donné le mot^ pour me marier, et c'est ce qui m'a causé tout à l'heure ce mouvement de surprise, dont Tristan de Lesneven s'est aperçu. On me propose un mariage . . . que tu vas me conseiller aussi . . . j'en suis sur.

Richard. Lequel ?

Le Duc. Un mariage avec sa cousine Berthe de Lesneven.

Richard (à jDar^). Ociell

Le Duc. Te voilà comme tout le monde ! tu vas décrier que c'est une dot superbe . . . une jeune personne charmante !

Richard. C'est vrai.

Le Duc. Tu crois

Richard {embarrasse). Non . • . non ! • • •

Le Duc. Comment ?

Richard {de même). C'est-à-dire, ouï.

Le Duc. Alors il faut accepter . . • il faut conclure à l'instant même . . .

Richard {bégayant). Pas • . , pas . . , pas du tout . • je n'ai pas dit cela.

Le Duc. Et tu as raison . • . car j'ai une idée • . . une autre idée ... un rêve, presque une passion I . . •

Richard {vivement). Qui vaut mieux!

Le Duc. Qu'en sais-tu ?

Richard. Je veux dire que tu la connais mieux que moi.

Le Duc. Eh non ! je ne la connais pas !

Richard. A . . . a . . . allons donc ! tu sais du moins son nom.

Le Duc. Pas le moins du monde.

Richard {riant). C'est tout à fait . . , comme dans les Co r t . co . . . comédies !

Le Duc. Et pourtant rien de dramatique dans notre rencontre . . . Je n'ai pas arrêté ses chevaux qui s'emportaient, je ne l'ai pas arrachée de son appartement er flammes • . . C'est un poëme qui a commencé en prose. Pendant que tu étais à Beyrouth, je revenais, le mois dernier, de Turin, où j'avais été envoyé en mission, je revenais par le chemin de fer, lorsqu'à Lyon^ monta dans le wagon où j'étais, une jeune dame d'une mise élégante et simple. Jaxaais rien de plus gracieux, de plus ravissant ne s'était offert à mes yeux. Il y avait en elle une can deur, une modestie et en même temps un air de grande dame qui commandait le respect. Quelques services de voyage, que je fus assez heureux pour lui rendre, me permirent d'entrer en conversation, et pendant toute une journée, passée souvent en tête-à-tête avec elle... c'était... c'était d'abord un son de voix enchanteur ... et puis, sur tous les sujets, une causerie simple, aimable, spirituelle, et un bon sens, une raison ... la raison dans une bouche aussi chai'mante ! c'est à vous rendre fou ! . . . Aussi, je n'eus plus qu'une idée, qu'un désir : la connaître ; mais malgré tous les efforts de ma diplomatie, impossible de découvrir qui elle était, ce qui l'avait conduite à Lyon; et lorsqu'en arrivant à Paris je lui demandai, le plus respectueusement du monde, la permission de me présenter chez elle, elle me répondit par un sourire et par une petite phrase pleine de goût et de convenance, qui, me faisant comprendre l'indiscrétion de ma demande, me laissa déconcerté, interdit . . . dépité . . .'et pendant ce temps» elle avait disparu.

Richard. Et tu ne l'as pas cherchée ... ?

Le Duc. Partout : dans nos salons . . . dans nos bals . . dans nos spectacles ... et toujours sans la rencontrer. (^La porte de droite s^ouvre,) Silence, c'est la maîtresse de la maison ; celle-là, je te le jure, ne ressemble en rien à mop inconnue î c'est la futilité parisienne . . . dans sa pliis admirable expression I

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