‹ Les doigts de fée; comédie en cinq actes (volume 2)Chapitre 32 sur 68 · SCÈNE XVL · texte numérisé non relu

SCÈNE XVL

Les Mêmes, excepté La Marquise.

{Le comte vient de tomber anéanti dans un fauteuil à droite, la comtesse dans un autre fauteuil près de lui, Tristan, assis près du canapé à gauche, cache sa teie enti^e ses mains, Berthe, debout près d^ sa grand' mer lui fait respirer des sels. Richard s est assis à gauchô. mr le canapé,)

Le Comte. L'indigne I

Berthe. Oh !

La Comtesse. L'infâme î

Bertiik {.:herchant à la c((lmer). Ma mère!

Tristan (à part). Tout s'explique maintenant! cet amour qu'elle nous a a^'oué, il y a deux ans ... cet amour qui l'appelait ici . . . à Paris I (Avec dépit) pendant que je la cherchais en Angleterre !

La Comtesse. Déshonorer sa fiunille !

Richard (^allant à elle connue pour lui parler). Désfionorer ! . . . Ma . . . ma . . . part) O maudit bégayemeiit . . .

Berthe {ci sa grand' mère). Oh î non . . . non . . vous voyez bien qu'elle avait caché son nom ... le nôtre . . .

Le Comte. Le nôtre ! ... il ne lui appartient plus ! Richard (^voulant parler au comte). Mon . . . Mon BÎeur !

La Comtesse. Elle n'est plus de la famille. Richard (^voulant parler à la comtesse). Ma . . . ma . dame !

La Comtesse. Et j'espère bien qu'aucun de nous ne la re verra jamais !

Le Comte. Je le jure!

Tristan (avec colère). Et moi aussi !

Berthe (à part). Moi! je ne promets rien!

La Comtesse. Sait-on d'ailleurs, depuis ces deux années, ce qu'elle est devenue, ce qu'elle a fait ? . . .

Berthe {avec iudiynatiou). Ah ! grand' mère ! . . • (Bas à Richard.) Mais vous, monsieur, qui savez tout défendez-la donc !

Richard. C'est ce que je veux . . . c'est . . . c'est la pa . . . pa . . . parole . . . qui ne veut pas . . . car je dis . .

Berthe (à demi-voix). Allez donc! ...

Richard. Je vous . . . vous dis, moi . . (Avec explosion.) Ah ! tant pis ! en avant les grands moyens !.. je vous dis, sacrebleu ! . . .

Tous (étonnés). Monsieur Richard! . . .

Richard. Ah ! chacun a son dictionnaire. Je vous dis que je. ne laisserai pas outrager la vertu la plus pure^ lame la plus noble . . .

Berthe. A la bonne heure !

Richard. Ne ... ne, m'interrompez paF . . » (A la comtesse.) Vous demandez ce qu'elh^ a fait , gacrr . . . Le Comfe. Monsieur Richard! . . .

Richard (à Berthé), Le jurement est pour moî lo plus sacré des devoirs ! (^A la comtesse.) Ce qu'elle a fait . . . elle est arrivée ici, seule, sans appui, sans secours; elle a vécu six mois dans un galetas, sans feu, traînaillant quinze heures i)ar jour, usant ses yeux et ses mams, à faire pour un modique salaire des merveilles/ d'art, que d'autres revendaient à prix d'or ... et elle y serait morte de faim ... et de misère ... si un ami ne l'avait découverte et si, venant en aide loyalement à son honnêteté et à son courage, il ne lui avait prêté, presque malgré elle, de quoi s'établir.

Tristan. Cet ami ... quel est-il ?

Richard (troublé). Je . . . je ne ... le connais pasl Tristan {avec colère). C'est celui qu'elle aimait! . . . Richard. Eh ! non ! . . . non !

Tristan. Qui donc alors ? . . . ose le dire . . . qui donc ?

Richard {troublé). Est-ce que je sais? . , . {Se retournant vers la comtesse.) Vous me de . . . demandez ♦ . {Regardant Tristan.) Il m'a interrompu» {Haut.) Ce qu'elle a fait ... ce qu'elle a fait . . .

La Comtesse. Elle a changé son écusson contre une enseigne 1 elle a taillé des robes pour des pratiques ! . . .

Richard. Est-ce qu'elle n'a pas pendant cinq ana taillé les vôtres ? est-ce que vous n'avez pas été sa pratique aussi ? . . . une pratique qui ne la payait pas . . voilà toute la différence !

La Comtesse et Tristan. Monsieur ! . . .

Berthe (à part). Ce que c'est pourtant qu'un bègue lancé !

Tristan. Monsieur Richard, oser prendre ainsi sa défense ...

Richard. Et qui donc s'en chargerait, puisque sa famille l'abandonne ! {Regardant Tristan.) même les avocats . . . Oui, je la défendrai, car je l'aime comme une sœur ... je la vénère comme une sainte, car elle représente pour moi ce qu'il y a de p)us pur au monde, ce qui est plus grand, plus utile que la gloire, plus noble cent fois que tous nos titres de duchesse et de comte : le travail ! . . .

Tristan. Oh ! le travail ! je l'honore partout, tou jours . • mais Hélène accepter ...

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Berthe. Taîs-toî, malheureux! la voîcî! Tristan {à part). Trahi! trahi par elle! .et pour qui ? . . .

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