SCÈNE PREMIÈRE
Corinne, près de la tahle de gauche^ Esthek, près de la table du milieu^ Autres Jeunes Filles, travaillant.
Corinne. Ne causons pas, Mesdemoiselles, et travail Ions.
Esther (à la tahle du mifteu). Est-elle prëteotieiise et pédante, notre première demoiselle !
Corinne (aux deux demoiselles qui sont assises près d'elle, à la tahle de gauclte). Comme je vous le disais, je le tiens du petit clerc de notaire lui-même ! Madame vient de signer un contrat . . .
Esther et ses Compagnes. De mariage?
' Corinne (sévèrement). Ne causons pas, mesdemoi selles, et travaillons ! (Se retournant vers ses deux autres compagnes.) Un contrat de vente ! elle achète cette maison ! ... un hôtel! . . . cela ne m'étonne pas ! depuis dixhuit mois, quelle clientelle ! . . . quelle vogue ! . . . ciuclle mine d'or! c'est l'Australie de la couture! . . et tout cela grâce à moi ! . . car madame ne lait rien . . que dessi aer !
EsTHER. Elle a taut de goût! trois coups de crayou., et voilà une robe charmante.
Corinne (se levant). Ne causons pas^ raesdemoîselles (^S* adressant à une des demoiselles qui travaille à une robe,) Qu'est ce que vous tenez là ? {Regardant son ouvrage-) (Test bien . . . c'est bien ... je sais ce que c'est. {A part^ sur le devant du théâtre,) La robe de madame Balthasar, la femme du banquier, celle qui a dans le monde une si jolie taille, grâce à nous . . . une taille qui sort de nos ateliers ! . . . en voilà une qui nous doit des triomphes î {S' adressant à JEst/ier.) Mais, mademoiselle, faites donc attention . . . vous n'entrez pas du tout dans l'esprit de ce corsage!. . . Voilà un dos qui n'a presque plus d'espoir! c'est une robe manquée ! Pour qui est-elle ?
EsTHER. Pour madame de Berny ! . . . elle l'avait commandée pour le bal de madame la marquise de Menneville.
Corinne. Il n'y a pas grand mal ! . . . elle ne sera pas invitée.
EsTHER. On dit que si.*'^
Corinne. Et moi, je vous dis que non ! on en parle assez dans le grand monde, dont je fais partie, pour que je ^ sache les nouvelles officielles !
EsTiïKR. Fa de qui les savez-vous?
Corinne. De toutes les marquises et duchesses qui viennent dans nos salons. On ne voit que cela, rien que des femmes î c'est comme un couvent ! Je n'ai pas idée que je reste ici ... on m'a déjà fait des propositions pour la Russie !
EsTHER (se levant). Est-elle heureuse!
Corinne. Et si ce n'était le scrupule d'enrichir l'étranger par les chefs-d'œuvre de l'industrie française . . .
EsTHER (regardant vers le fond et apercevant de loin madame de Bemg et Richard). Voici du monde.
Corinne. Ne causons pas, mesdemoiselles, travaillons!
EsTHER. C'est madame de Berny avec ce jeune diplomate, monsieur Richard de Kerbriand . . .
Corinne. Qui depuis une semaine, depuis son retour à Paris, vient tous les jours voir madame . . . Enfin, en voilà •un !
EsTHER. Allons donc! ... un bègue, un homme pou; qui il faut toujours parler !
Corinne. Moi ! j'aimerais assez un bègiie f
EsTHER. Elle est si bavarde !
Corinne. Ne causons pas, mesdemoiselles I