L.\ COMTESSE, avec iuJigiialion
Toi!.. hjV...
TRISTAN
Pourquoi pas?
LA COMTESSE
On t'appellerait maître Lesneven!
LE COMTE
Mais il n'y a pas un seul homme titré, parmi les avocats.
TRISTAN
C'est bien là-dessus que jecompîc pour commencer ma clientèle.... les plaideurs seront enchantés d'être défendus par un vicomte.
Surtout si le vicomte a du talent.
LA COMTESSE
Assez! ridée seule de te voir revêtu de cette robe...
TRISTAN
Je VOUS jure qu'elle ne me va pas mal... Tu verras, Berthe... et puis... si je ne suis pas avocat, que voulez-vous que je fasse?
LA COMTESSE
Ce qu'ont fait tous les Lesneven depuis deux cents ans!
TRISTAN
Rien!., merci, grand'mère, ce n'est plus de notre temps. Tout ce qui a du cœur, parmi nous, sent <iue le travail e.^t la loi du monde. Les uns se font agriculteurs, les autres éleveurs, les autres soldats... c'est-à-dire les uns nous font vivre et les autres se font tuer... et moi... je veux me faire....
LA COMTESSE
Marchand de paroles!
TRISTAN
Quelle belle marchandise!., elle ne coûte rien au fabricant... et 5e vend très-cher à l'acheteur.
LA COMTESSE
Jamais les Lesneven n'ont gagné d'argent!
TRISTAN
Je m'en aperçois bien, et c'est pour cela que je veux changer
de système. (Mouvcmeut du comte.) Écoutez... mon père... il faut parler franc!.. Vous m'avez donné, et je vous en rends grâce, une saïué de fer, une bonne tète, un bon cœur, et une imagination qui aime tout ce qui brille... Eli bien! tout cela, lète, cœur et corps, a besoin de vivre, et, pour vivre, il faut de l'argent.
LA COMTESSE
Mais n'as-tu pas..?
TRISTAN
La petite ferme de cent mille francs que m'a laissée ma pauvre mère... ce n'est pas assez...
LE COMTE
Ne sommes-nous pas là?..
TRISTAN
C'est bien là ce dont j'enrage !.. J'ai honte de consumer toutes vos économies.
LA COMTESSE, avec finesse.
Mais avec ton nom tu peux faire un beau mariage...
TRISTAN
Devoir ma position à ma femme! oh ! ma foi non!., cela me répugne!., vrai!. .je vaux mieux que cela!., car, vous le diraije? j'ai eu quelques succès dans nos conférences. Tous mes futurs confrères sont venus me serrer la main et me donner des éloges qui s'adressaient non pas au vicomte de Lesneven, mais au jeune avocat; et le plaisir d'être quelque chose par moimôme, le sentiment de ce que je pouvais valoir, l'espoir de l'ave- /îir, tout cela m'a rempli d'une joie inconnue, j'ai senti qu'il y avait quelque chose là, et ce quelque chose, je veux l'employer !
RICHARD
Bravo !
LA COMTESSE, avec mystère.
Et nous l'emploierons!., niais. Dieu merci, sans t'abaisser à débiter des phrases ou autres drogues semblables; ainsi, ne nous reparle plus de ce beau projet, et reste ce que tu es.
TRISTAN, se levant et allant reporter sa chaise au fond du tlicâ'.re. Tout le monde se lève.)
C'est bien décidé?... que votre volonté soit faite, grand'mère !.. Mais alors... je jouerai ! je ferai des dettes, je mangerai votre argent !
LE COMTE
Tristan ! Tristan !