ACTE III, SCËNE IX
LÀ COMTESSE, regardant la n.aia di-oite de Tristan.
Eh î mon Dieu, qu'est-ce que je vois-là?
BERTHE
A ta main...
Rienî... un petit morceau de taffetas noir, qui dans toutes les pii'ces de théâtre, et le théâtre est Texpression de la société, signifie un coup d'épée.
TOUS
Tu t'es dune battu ?
TRISTAN, froidement.
11 paraît î
LA COMTESSE
Et pourquoi, malheureux enfant, pourquoi?
TRISTAN
C'est tout simple, ma grand'mère ! parce que vous n'avez pas voulu me permettre d'être avocat.
LA COMTESSE
Ah ! voilà qui est trop fort l
TRISTAN
Je vous en avais pérvenue, je vous avais dit : Grand'mère, ]e ferai des dettes... J'en ai fait, grand'mère î je jouerai... j'ai joué, grand'mère!
LA COMTESSE
Tu ne pensais donc pas à ta famille?
TRISTAN
Au contraire, j'y pensais trop et c'est pour me distraire!., avant-hier encore, une partie à Chantilly, avec les plus mauvais sujets de Paris.
LE COMTE, avec reproche.
Mon fils!
TRISTAN
Et les plus jolies femmes de l'Opéra. N'écoute pas, Berlhc !
LA COMTESSE
Tristan!..
TRISTAN
Les jolies femmes étaient aussi dans mon programme, grand'mère !.. je n'ai que ma parole... et je l'ai si bien tenue que j'ai parié... que j'ai perdu... perdu soixante mille francs!
LE COMTE
Soixante mille francs!
BE RTHE.
Oh!..
TRISTAN
Oui, soixante mille francs!... et encore, s'il n'y avait que cela
LE COMTE
Comment!.. sMl n'y avait que cela?
TRISTAN
Eh! sans doute! ce n'est rien de perdre soixante ^ille francs, tout le monde peut en faire autant! le difficile... c'est de les payer... et voilà le point vraiment moral... de cette affaire... car c'est une magnifique affaire... à plaider!., et si j'étais chargé...
Veux-tu te taire avec tes mots d'avocat et de procureur...
TRISTAN
Eh! grand'mère... quand trouverai-je jamais un client (|ui m'intéresse davantage! (plaidant.) Donc, le jeune Lesneven...
TOUS
Tristan!..
TRISTAN
Ah! dame !.. si la défense n'est pas libre...
LA COMTESSE
Mais le fait, malheureux enfant... le fait!., ce duel!..
TRISTAN
J'y arrive... monsieur le premier président... mais du calme,
au nom du ciel ! (la comtesse et le comte s'asseyent sur le canapé à gauche, Berthe est debout derrière eux, Tristan, debout devant eux, saisit une chaise sur laquelle il s'appuie en pbi.lant.) DonC, le jeune Lcsneveu avait
perdu soixante mille francs dans la nuit. Le lendemain, qui était hier, son adversaire vient les réclamer. Comme mon client ne possède qu'une petite ferme, et qu'il ne la porte pas habituellement sur lui... il demande le temps de la vendre pour s'acquitter. Son créancier refuse... Étonnement, indignation de mon client!., réponse blessante de son créancier ! mon client s'emporte. Son créancier s'oublie. « Monsieur, vous me rendrez raison! — Oui, Monsieur... mais quand vous m'aurez payé! » Alors mon client court chez un marchand d'argent, M. d'Hérival, un usurier en grand : «^I.nsieur, il me faut soixante mille francs, à l'instant. — Monsieur, il me faut des garanties! Mon client lui remet alors les titres d'une ferme qui ?aut cent