‹ Les doigts de fée (volume 2)Chapitre 10 sur 70 · SCENE n · texte numérisé non relu

SCENE n

Le Comte, entrant par le fond; Hélène, à droite, assise et travaillant; Richard, debout, à droite, au fond; il passe à gauche pendant VapaHe du comte*

Le Comte (a part et tenant à la main un cahier qu'il lit). " Conseil d'administration, article premier." (S' interrompant.) Je l'avais bien dit à ma mère ! je viens de nfexpliquer avec Tristan, aussi clairement que possible au sujet de Berthe ... et il n'a pas eu l'air de comprendre . . . je suis sûr maintenant, à n'en pouvoir douter . . . que cette Hélène . . .

Hélène (souriant et toujours occupée à travailler). Mon cher oncle a l'air bien soucieux, et quelque grave pensée le préoccupe . . . car il ne nous voit pas . . .

Le Comte. Ah ! que faites-vous là ?

Hélène. Vous le voyez, je travaille.

Le Comte (avec humeur). Oui, toujours des objets de toilette . . . des colifichets.

Hélène (gaiement). Mon Dieu, oui ! . . . comme si j'étais une femme . . .

Le Comte. Une femme . . . dans votre position, une femme sensée ... se dirait qu'il y a des personnes, pour qui la futilité est plus qu'un défaut.

Hélène. Ah ! le méchant oncle . . . comme il me traite mal . . . quand je m'occupe de sa famille ... aïe !.. . au moment même (Portant son doigt à sa bouche.) où je verse mon sang pour lui et les siens. (Riant.) Mais vous aurez beau faire,26 monsieur, vous ne m'empêcherez pas . . .

Le Comte. Mon Dieu, ma chère, laissez là ces petites grâces, ces petites mines . qui sont fort gentilles, quand on a seize ans, comme Berthe . . . mais qui, à vingt-deux ans . . .

Richard (s 'avançant avec colère). Monsieur! . . .

Le Comte. Ah ! mon cher monsieur Richard . . . vous voilà! . . . bien aimable de vous rendre à notre invitation- (Avec embarras.) Vous m'avez entendu ! je viens de gronder ma nièce . . .

Hélène (à part). Et devant lui!

LES DOIftTS DE FÉE. 31

Le Comte. Mais vous le sazez . . . qui aime bien . • .2Ï

Richard {cherchant à se modérer). Vous . . . l'ai . . t'ai . . . l'aimez beaucoup !

Le Comte (à Richard). Vous avez eu la bonté ... en allant hier au soir au château de Trémazan, de vous charger de mes lettres ?

Richard. Pour madame de Trémazan, madame do Nervac, M, de Pontcalec.

Hélène Eh! mon Dieu . . . toute notre famille.

Richard. Qui s'y trouvait réunie . . .

Hélène (travaillant toujours). Prendre la peine de leur écrire . . . quand vous devez les voir tous ... ce soir au bal ! c'était donc bien important !

Le Comte. Probablement.

Richard. Ça en avait l'air du moins . . . car l'un a rougi . . . l'autre a pâli ...

Le Comte (lui faisant signe de se taire). Silence ! (A part passant et à gauche). J'espérais leurs réponses, ce matin de bonne heure ... et rien encore . . . c'est singulier . . .

Richard (s* approchant d! Hélène toujours assise et travaillant ; il lui parle à demi-voix). Est-ce que votre oncle est toujours d'aussi bonne humeur?

Hélène (de même) . Rarement ! . . . aujourd'hui par hasard ... il est préoccupé . . . contrarié . . .

Richard (à part). Et elle l'excuse encore i

Le Comte (à Richard). J'aurais quelques renseignements à vous demander sur votre visite au château de Trémazan . . . Yous plaît-il, mon cher voisin, de faire un tour de parc.

Richard. A vos ordres, monsieur. (H sort par le fond tivec le comte en jetant sur Hélène un regard de compasnon.)

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