SCÈNE IV
Richard, Hélène.
Richard {$ approchant d'Hélène qui vient de décacheté* la lettre). Cest signé d'Hérival . . .
Hélène (parcourant des yeux le commencement de le lettre). Oui . . .
Richard. Le créancier de Tristan !
Hélène (de même). Oui! . . . vous étiez passé che2 lui, sans le trouver ... et alors vous lui avez écrit . . .
Richard. La position du père et du fils . . .
Hélène (s* interrompant). Qui, grâce au nouveau che« min de fer, peut devenir superbe . . .
Richard. Et on ne demande que quelques jours de délai î
Hélène (lisant la lettre à voix haute). ". . . J'ai été fort touché de votre démarche ; mais, par principes, monsieur, je ne crois ni aux fils innocents, ni aux pères désespérés, ni aux chemins de fer en expectative. L'affaire entre M. Tristan de Lesneven et moi est bien simple. Je lui ai prêté soixante mille francs. Il me les a payés en une propriété qu'il m'a signée libre de toute hypothèque, ee n'était pas vrai ! Mon argent était bon, et ses titres étaient faux ! que cela vienne du fils ou du père, peu m'importe ! il y a stellionat.68 Je vous déclare donc à vous, leur ami, et je viens de l'écrire à M. de Lesneven le père, que si, dans une demi-heure, je n'ai pas mes soixante mille francs . . . dix minutes après M. le procureur impérial 69 aura ma plainte."
Richard. Ciel !
Hélène (continuant). "Plainte en abus de confiance, escroquerie . . ." (Elle tombe dans le fauteuil placé près du secrétaire, à droite.)
Richard. Perdu ! perdu ! . . . déshonoré ! ... Et vouSj vous souriez?
Hélène (vivement). Oui ... cet argent que j'avais là . . (Montrant son secrétaire.) pour le dernier payement de ma maison.
Richard. Comment la payerez -vous, alors?
Hélène {avec joie). Je travaillerai encore ! et ce travail, dont ils rougissaient tous, sera ma vengeance: L* me permet de les sauver. (Prenant dans le secrétaire un paquet de billets de banque qiCelle porte a ses lèvres.) C cher argent ! . . Qui m'aurait dit que j'embrasserais un jour des billets de banque ... et surtout que j'aurais des billets de banque à embrasser ! ... (A Richard.) Tenez3 mon ami, courez chez ce monsieur d'Hérival . . .
Richard {bégayant). Ah ! vous êtes ... un ... un .. .
Hélène (achevant la phrase). Un ange ! . . . c'est connu . . . mais courez donc ! . . . (Le rappelant.) Ah ! un mot ! . . . surtout ne me nommez pas ! qu'on ne sache jamais qui a payé cette somme ... je le veux ! je l'exige !
Richard. Eh ! qui nommerai-je ? d'où viendra cet argent ?
Hélène. De qui vous voudrez ! mais pas de moi.
Richard. Ah ! une idée ! ... de la grand'mère !
Hélène. Vous oseriez ? . . .
Richard. Cest tout simple ! tout naturel ! . . . elle peut venir au secours de son petit-fils, elle en a le droit . . . et vous en usez . . .
Hélène. Partez ! . . . (Richard sort par la gauche, et Hélène aperçoit le duc qui entre par le fond.) Monsieur le duc ! . . .