DATE
mant un tout ordonnancé el suivi, les paragraphes de ces rapports sont cependant séparés par des intercalations en cursive assez peu lisibles en général, c’est ainsi que la moitié du f° 337 recto et verso porte d’une écriture très différente et passablement effacée la liste des cens rendus par les prévôts l’année 1226. On peut remarquer aussi outre de nombreux blancs au cours du texte lui-même, au f° 342, une page et demie qui n’a pas été employée, de même entre ce paragraphe et le suivant sont intercalées une demi-page restée blanche et une page sur un tout autre sujet.
L'écrivain a voulu nettement distinguer les chapitres de son rap-
port et après coup, ces feuilles libres ont tenté un autre chanoine.
ns D'une manière générale le passage est écrit en caractères très - lisibles, cependant comme dans le reste du cartulaire lui-même, les ratures et les surcharges sont fréquentes comme les annotations au sommet des pages. La place nécessaire aux majuscules des débuts de phrase a bien été ménagée, mais les mots n'ont jamais été complétés. Les abréviations sont employées couramment et parfois même pour les noms propres. La ponctuation ‘ne correspond en aucune façon au texte; quant à la forme, il est évident que le prévôt pense en français et traduit son texte mot pour mot, il arrive même que ne trouvant pas l’équivalent de sa pensée en latin il emploie le mot «gallice dicitur» ainsi qu'il s’exprime lui-même. Son texte est aussi près du français que du latin classique.
L'ensemble du cartulaire a été rédigé au cours de près d’un
siècle puisqu'on relève les dates extrêmes de 1153 et de 1233, mais peut-on déterminer d'une manière précise l’année au cours
de laquelle le rapport des prévôts a été rédigé ? Des dates sont citées fréquemment, cependant, pas une ne s’applique exacte- ment à la rédaction du manuscrit. Dès la première page il est fait allusion à l’année 1228 et c’est une des dates qui revient le plus souvent sous la plume du prévôt. Au même folio 330 recto
‘il se refère à l’année 1229 et au verso du même folio à l’année 1227. Ces dates reparaissent successivement au folio 331 recto où
l’année 1226 est également citée, au folio 333 recto, 334 verso...
il faudrait énumérer à peu près tous les feuillets pour avoir une liste complète des passages où l’on peut se reférer à ces dates. Deux pages seules donnent d’autres indications, à la première
f° 332 recto, il est fait mention de l’acensement d'un moulin pour six ans de l’année 26 à l’année 33, mais rien ne prouve -que l’année 33 est écoulée, le bail est simplement en cours, à la
LS ADS
seconde beaucoup plus précise f° 340 recto il est noté « nunc scilicet anno tricesimo primo »., La date de ce passage du cartu-
laire apparaît donc être l’année 1231. Il est naturellement fait
mention des comptes des années 27, 28, 29, ceux de l’année 1230 n'ayant pas encore été estimés.
Cependant si cette date s'applique au début du rapport des
prévôts, on ne peut la donner d’une manière absolument certaine pour les feuillets compris entre le f° 349 verso et le f° 354 verso. Il est en effet assez curieux de remarquer que dans ces pages il n’est fait allusion à aucune date alors que dans les précédentes l’auteur se réfère continuellement aux années 27, 28 et 29. On ne peut pourtant pas affirmer qu'on est en présence d’un fragment d’une autre époque, le début de ce paragraphe «Tune accedamus ad differendis reddituis» montre bien qu'il s’agit là d’une suite et les caractères de l'écriture identiques pour les 14 feuillets à celle des précédents ne laisse pas de doute sur la similitude d'identité de l’auteur.
Ce fragment du cartulaire de chapitre de Saint- Étienne de Bourges daté des premières années du règne de saint Louis peut être difficilement rangé, au premier abord, dans un genre déterminé. Le titre du premier chapitre « Hoc est descriptio reddituum et consuetudinum Belli Loci facta a magistro Girard Vogrini tune temporis preposilo» le présente comme le relevé des redevances
et des coutumes dues au chapitre, ces quelques pages sont pour- |
tant plus qu'une sèche énumération, la vie quotidienne des petits villages y transparait et permet de connaître à côté de la condition des terres celle des paysans et l’organisation du domaine.
On peut assimiler cette description très minutieuse à celle qui a été faite à peu près à la même époque des terres du comte de Champagne et de Brie et qui est intitulé () «Extenta terre comitatus Campanie et Brie» et que les clercs du xiv° siècle traduisaient « Valeur de la terre du comté de Champagne et de Brie» ce titre désignant un recueil d'enquêtes faites en chacune des prévôtés du domaine comtal par un groupe de prud'hommes.
Le cartulaire de Saint-Etienne a bien la même signification, il.
tend à rechercher la valeur des terres possédées par le chapitre après enquête et rapport des prévôts et si l’on admet que le mot «extenta» désigne d’une façon assez générale au x1rr° siècle les
(1) Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie publiés par .
LONGNON, T. II, page VII,
À Ne
enquêtes de cette sorte, on peut donner à ce manuscrit, le titre
d’extenta des terres du chapitre de Saint-Etienne de Bourges.
C'est un acte de bonne administration qui a permis au chapitre de connaître exactement ses ressources, leurs provenances et les terres sur lesquelles s’étendait son pouvoir. L'enquête a dû être décidée sur la demande des chanoines après une de ces réunions capitulaires, où les comptes des receveurs étaient vérifiés par des Commissions de trois chanoines délégués à cet effet (°). Ou, peut-être, a-t-elle été envisagée à la suite d'une des assez nombreuses querelles sur les prébendes et le nombre de ceux admis à en jouir. C’est en effet une question qui a soulevé des controverses sans fin entre les membres du chapitre qui attachaient une certaine importance à ces questions matérielles, comme le prouvent les actes qui ont fixé successivement le nombre des prébendiers. En 1178, l’archevêque Guérin de Gallardon se met d'accord avec le chapitre pour fixer à trente le nombre des chanoines « afin que l’Eglise ne püt pas à l'avenir être grevée au delà de ses facultés par la réception de nouveaux membres » (*). Cependant, cet accord n'était pas définitif et les demandes devaient augmenter d’ännée en année puisque en 1189 (*) le nombre des prébendes est élevé de trente à quarante et cela par une décision du Pape Clément IT lui-même, approuvée par l’Archevêque Henri de Sully et le chapitre. Bien qu’on n'ait pas trace d’autres actes de ce genre au début du xnr° siècle on peut penser qu'à la suite de nouvelles demandes tendant à augmenter le nombre des prébendiers, le chapitre a voulu connaître avec exactitude quelles seraient ses ressources et l’emploi qui en était fait.
Le préambule du premier paragraphe auquel il a déjà été fait allusion, donne le nom de l’auteur de l’extente « Magister G. Vogrini, prévôt ». Il est assez étonnant qu'un seul prévôt, Girard Vogrin ait été chargé seul de l’enquête et de son rapport, alors qu’en effet, le chapitre avait toujours deux prévôts préposés à l’organisation et à l'administration du domaine, ainsi qu’en font foi différents passages du texte citant les noms de certains de ces prévôts. Dès la première page, au f° 330, Girard de La Charité et Etienne de Gallardon sont cités comme prévôts, puis