ACTE PREMIER
JOSEPH, tranquillement.
Voilà, monsieur.
DUROSEL, sp retournant.
Ah i c’est vous, enfin, maître Joseph!... Où étiez-vous donc?
JOSEPH
Je rangeais le salon...
DUROSEL.
C’est bien!... Otez, votre tablier et allez m’acheter des gants .. 8 3/4... -couleur chamois.
JOSEPH
La couleur de monsieur.
Comment, ma couleur?
JOSEPH
Je dis la couleur que prend monsieur, d’ordinaire.
DUROSEL.
Vous savez où je me fournis-?
JOSEPH
Passage Jouffroy.
DUROSEL.
Chez la jolie gantière... la belle brune !
JOSEPH, k part.
Parait qu’il l’a reluquée ! (Haut.) Ah 1 oui, avec des yeux à fleur de tête... et un corsage dans le même genre. '
DUROSEL.
C’est cela.
JOSEPH
Le fait est que c’est une belle femme tout de même.
DUROSEL.
Plantureuse !
JOSEPH
Et qui m’a souvent parlé de monsieur.
DUROSEL, étonné.
Hein 1 de moi?
Oui, monsieur... chaque fois que je vais chez elle, elle s’informe de vous... et dansdes termes... avec un intérêt, ah!
DUROSEL.
Vraiment?... Tu ne m’en as jamais rien dit?
JOSEPH
Je suis si étourdi 1
DUROSEL.
C’est singulier!.... El que te disait-elle de moi, Joseph?
JOSEPH, k part.
Ça mord. (Haut.) Mais, dame, je ne saurais trop dire à monsieur... * II a une bonne figure, votre maître 1... Ça doit être un bien aimable homme!... » et patati, et palatal...
DUROSEL.
Ah çà! et toi, qu'as-lu répondu?
JOSEPH
Comme de juste, j’ai fait l’éloge de monsieur... j’ai menti un peu... car vous n’êles pas toujours endurant... vous criez sans cesse après moi.
- DUROSEL, très-doux.
C’est ta faute!... on dirait que tu prends plaisir à me faire sortir de mon caractère pacifique.
Ah! monsieur, pouvez-vous croire?
DUROSEL.
Mais, enfin, dis-moi, la jolie gantière?
JOSEPH, à part.
Il y revient!... (Haut.) Dame, monsieur, s’il faut vous parler franchement...
DUROSEL.
Eh bien?...
JOSEPH
Eh bien, j’ai dans l’idée...
DUROSEL.
Tu as dans l’idée?
JOSEPH
Qu’elle a un coup de soleil pour vous, comme on dit.
DUROSEL.
Allons donc!... quelle folie!... à mon âge!
JOSEPH
Monsieur a encore l’œil très-vif... et, quand il est rasé de frais... quand il est pomponné... quand il a ses habits brossés... comme je les brosse... on ne donnerait pas à monsieur plus de cinquante ans.
DUROSEL, vivement.
Je ne les ai pas!
Qu’est-ce que je disais!...
DUROSEL.
Je n’ai que quarante-neuf ans... et six mois... La preuve c’est que je monte encore ma garde.
JOSEPH
Ah! si elle pouvait voir monsieur en uniforme... en défenseur de l’ordre !
/ DUROSEL.
C’est égal, tu as beau dire... je ne puis croire qu’une jeune et jolie femme... car elle est charmante, cette marchande de gants...
JOSEPH
Épatante, monsieur !
DUROSEL, reprenant. ' '
Je no puis croire qu’une jolie femme qui reçoit sans cesse