ACTE DEUXIÈME
DUROSEL.
Chut !...
JOSEPH, reprenant pins bas.
Eh bien, monsieur, la jolie parfumeuse ?
DUROSEL.
Eh bien, Joseph, je suis dans le ravissement !... je l’ai vue... je lui ai parlé I... Charmante, mon ami, charmante 1
JOSEPH
Vraiment ? t
DUROSEL.
Il y avait beaucoup de monde dans le magasin... et je n’ai pu lui glisser le moindre aveu de ma flimine... mais, pendant qu’elle me gantait et que ma main frissonnait sous la sienne...
JOSEPH
Monsieur !...
DUROSEL.
Je lui décochais des regards qu’elle a dû comprendre.
JOSEPH
Elle les a compris, n’en doutez pas !... Monsieur a l’oeil badin...
DUROSEL.
Je le crois, Joseph, je le crois!... (Tirant de sa poche une foule d’objets.) Tiens, j’ai dévalisé son étalage... vois plutôt... des pommades, des cosmétiques, des bretelles, des cravates, de l’eau de George Sand pour la toilette et le mouchoir, du vinaigre Léotard... Total: quatre-vingt-quinze francs quatre-vingt-quinze centimes.
JOSEPH
Ah ! monsieur, comment voulez -vous qu’elle vous résiste!... vous avez trouvé, du premier jour, le chemin de son cœur.
Et je crois que, si j’avais pu retourner ce soir chez elle...
JOSEPH
Qui vous en empêche?
DUROSEL.
Eh! parbleu! cette réception... ce dîner de famille.
JOSEPH
Bah ! vers dix heures... pendant qu’on dansera, monsieur pourrait bien s’échapper un instant.
DUROSEL.
V songes-tu? moi..., le maître de la maison...
JOSEPH
Personne ne fera attention à vous.
DUROSEL, hésitant.
Si je le croyais...
JOSEPH
Et ca serait d’autant mieux, au’à cette heure-là, monsieur
4 <î LES DOMESTIQUE».
auràit la chance de trouver la parfumeuse entièrement seule...
C’est vrai... à cette heure-là, la vente est terminée... Ma foi, je tâcherai d’y aller faire un tour, (n s’assied à droite.)
JOSEPH, h part. *
Bon ! (Haut.) Alors, monsieur n’aura plus besoindemoi ici?...
DIÎUOSEL.
Comment?
JOSEPH
Sans doute, puisque monsieur sera sorti... Et s’il voulait être assez bon pour me permettre de m’absenter une heure ou deux...
DUROSEL.
Mais pourquoi?... tu as donc affaire?
JOSEPH, souriant.
Dame! j’avouerai à monsieur que j’ai un léger béguin.
DUROSEL, étonné.
Un béguin). .. qu’est-ce que c’est que ça, un béguin?
JOSEPH
Comme qui dirait une inclination.
DUROSEL, se levant.
Ah! tu as .. (Se reprenant.) Vous avez une inclination? (11
passe à gauche.)
JOSEPH*
Parce que ie m’appelle Joseph, monsieur croit- il que j’ai fait vœu de enastete?... Une jolie fille à qui j’ai donné rendez-vous ce soir...
DUROSEL, devenu très-froid.
Ah!...
JOSEPH
Dame! monsieur... l’amour est de toutes les conditions... et monsieur n’est pas assez égoïste pour vouloir être heureux tout seul...
DUROSEL.
Mais...
JOSEPH
Surtout quand c’est à moi qu’il doit son bonheur.
, DUROSEL.
C’est bien... vous pourrez sortir à dix heures... mais n’en dites rien à madame... (\ part.) Après tout, Julie sera là pour passer les rafraîchissements. (Haut, h Joseph, en lui remettant les paquets qu’il a apportés.) Portez ces objets dans mon cabinet de toilette. Il est inutile que ma femme les voie (il a passé à droite.)
JOSEPH**
Monsieur, cette recommandation était superflue. (Bas, *
* Durosel, Joseph.
*** Joseph, Julie, Durosel.