ACTE TROISIEME. «S
' ROSALIE
Ça m’ôte de la considération dans le quartier. — Passezmoi une truffe, monsieur François ?
ADÈLE
Ah ! ma chère, ça vaut encore mieux que de servir cfcez les bourgeoises, des vraies chipies!...
MÉLANIE
Et bougonneuses !
JULIE
Et regardantes!... Si elles font des économies, comment ferons-nous, nous ?
ADÈLE
Tenezl... madame, la femme d’un ancien avoué... nePaiie pas surprise qui comptait les morceaux de sucre... et ne S'ingère-t-elle pas de peser son veau t TOCS, avec indignation.
Oh !... (ilsboivent.)
JULIE
Quelle petitesse ! c’est pas moi qui souffrirais ça !
ADÈLE, soupirant.
Ah! si on n’avait pas du boucher le sou pour livre... Eh bien, voilà les bourgeois ! — Un peu de foie gras, s’il vous plait ?
BAPTISTE
Et c’est la même chose dans les grandes maisons
En vérité ?
BAPTISTE
Je ne dis pas cela pour mon vicomte; celui-là, j’en fais tout ce que je veux,
TOCS.
Ah bah t
FRANÇOIS
Et comment ça?
BAPTISTE
Figurez-vous qu’il est couvert de dettes. Chaque jour, c’étaient les huissiers qui venaient pour saisir! On lui avait vendu trois fois ses meubles, ses bibelots...
TOUS
Trois fois !
FRANÇOIS
Comme à ces dames.
BAPTISTE
Si bien que, pour échapper à cet inconvénient, fl m’a proposé de mettre le loyer en mon nom.
Et vous avez accepté ?
BAPTISTE
Je suis si bonasse ! Aussi, quand il crie après moi, je l’arrête du coup. Je lui dis : « Si monsieur me trouve trop difficile à servir, il peut s’en aller. »
TOUS, riant.
Ah 1 ah I ah 1
VICTOR
Et il reste?
BAPTISTE
Parbleu 1 (on rit.)
JULIE
Mais buvez donc ! ça ne va pas... nous ménageons le vin; nous avons l’air de nos maitres! (Élevant ton Terre.) A votre santé !
, TOUS, trinquant.
A . la Vôtre 1 (Ut boivent.)
FRANÇOIS, posant ton verra.
C’est égal, mes amis, les domestiques sont bien opprimés.
/ TOUS
Oh I oui ! oh I oui !
FRANÇOIS
Parlez-moi de l’Angleterre; j'y ai fait, il y a deux ans, un voyage d’agrément avec monsieur... Voila un pays où les domestiques entendent leur affaire.
JULIE
En Angleterre !
FRANÇOIS
Ils ont un club où ils débattent leurs intérêts, où ils s’unissent pour la grande cause de la livrée; aussi, faut voir comme ça marche là-bas! Les domestiques gouvernent, on les respecte, on les craint, ils sont libres, ils sont heureux !
TOUS
Ahl bravo! bravo!
JULIE, emplissant son verre et ta levant.
Mes amis, je propose un toast : A notre émancipation I
TOUS, avec enthousiasme.
A notre émancipation!
JULIE
Et maintenant, écoutez ! « Les droits et les devoirs des domestiques. »
FRANÇOIS
Allons-y! »