LES DOMINICAINS ET LA THÉOLOGIE
Dans les premiers temps de l'Ordre et longtemps après, ce furent les « Sentences du Maître Lombard » qui alimentèrent les leçons.
De très bonne heure, les lecteurs se mirent à en écrire des commentaires; ainsi : Jourdain de Saxe ( + 1222), Jean le Teutonique ( + 1241), Richard de Fitsacre ( + 1248), dont saint Thomas, au dire de B. Gui, désira en vain de lire les ouvrages profonds, Albert le Grand ( + 1280) etc.
Dès le commencement du XIV^ siècle, après la mort du docteur Angélique, Pierre Lombard perdit dans Tordre de son crédit, et, sans être encore abandonné tout à fait, il ne jouit plus que d'une influence amoindrie et secondaire. C'est le commentaire de saint Thomas sur les Sentences qui a pris sa place. Ce ne sera pourtant qu'au XVI^ siècle, que la Somme Théologique conquerra définitivement cette première place et sera prise comme auteur classique (1).
1. Essai sur Torganisation des études dans l'Ordre des FrèroB Prêcheurs aux XII P et XIV^ siècles par C. Douai. Paris, 1884, passim.
Dans l'histoire de la théologie thomiste, on pourrait donc considérer deux époqiies :
I. L'époque où saint Thomas est employé pour expliquer le Maître des sentences.
II. L'époque des luttes où saint Thomas, adopté partout, est attaqué par les hérésiarques, et les nouvelles écoles qui surgissent de toutes parts.
l""® ÉPOQUE. — XIIl^-XVl« SIÈCLES
Le P. Quétif ne compte pas moins, dans l'Ordre, de 152 commentateurs du Maître des sentences, et, depuis le XVIe siècle, 179 commentateurs de la Somme théologique de saint Thomas; encore n'est-il pas complet (1).
A peine le saint Docteur a-t-il disparu, que sa doctrine est violemment attaquée par Guillaume de Lamarre, « Correctorium operum fratris Thomse » (dans l'Ordre on disait « corruptorium ») et des docteurs de l'Université de Paris et d'Oxford.
Ce fut une levée générale dans l'Ordre pour la défense de la pensée et de la doctrine du maîti^e vénéré. Les plus remarquables de ses défenseurs sont:
Fierre de Tarentaise, plus teird Innocent V ( + 1276).
Gilles de Lessines (-1-1278).
Bernard de Trille (+1292).
Et Guillaume Machclelficld ( + 1303), Guillaume de Hotun ( + 1298), Ramhcrt de Bologne ( + 1308) qui écrivirent chacun un : « Defensorium librorum Doc-
1 Quétif et Echarp. Scriptores Ordinis II, p. 951-05
toris Angelici Thomae Aquinatis in Guillelmum Lamerensem, Thomse corruptorem. »
Suivent : Jean de TortocoUes ( + 1290).
Richard Clappoël (+1290).
Robert Orphodius et Jean de Faris II ( + 1306) qui attaquèrent surtout Henri de Gand et Etienne Tempier.
Durand d'Aurillac ( + 1334) défend saint Thomas contre un de ses confrères da même nom, Durand de Saint-Pourçain, qui, dans quelques thèses, avait introduit des nouveautés contraires à la doctrine du Maître.
Thomas Walleis ( + 1340) et plusieurs autres, voire même le Maître général de l'Ordre, n'hésitent pa^ à écrire et prêcher la doctrine du Docteur angélique contre leur bienfaiteur même, le Pape Jean XXII, au sujet de la béatitude (1).
L'Ordre veillait jalousement à la conservation intégrale de la doctrine de son illustre fils. Mais, comme nous le disions, ce ne sont encore que des commentaires sur les sentences qui voient le jour, et des études sur quelques traités, quodlibets, opuscules du saint Docteur. La Somme théologique semble peu employée, sinon par les lecteurs, qui ornent leurs commentaires de citationsi, pour bien définir la pensée même de saint Thomas (2). Le premier commentaire de la Somme, signalé par Quétif, est celui de Jacques de Barlardis ou d'Arigon ( + 1435); encore n'est-il que partiel.
1. Cf. Mortier. Histoire des Maîtres généraux de l'Ordre des Frères Prêcheurs, t. III.