‹ Les douleurs de la vieChapitre 227 sur 292 · NATURE DES SOUFFRAN'CES · texte numérisé non relu

NATURE DES SOUFFRAN'CES

la ville de Nocéra, en Italie. Gomme on avait lieu de craindre qu'il fût simplement en léthargie , on différa les funérailles ; et pendant ce temps les parents invoquaient avec une immense foi le secours de saint Bernardin de Sienne, mort en 1444, et de qui l'on racontait de nombreux miracles. Le cinquième jour, l'enfant commence à ouvrir les yeux, mais sans recouvrer d'autre mouvement que celui de la langue : ce qui dura quatorze jours, deux semaines entières. Alors, sous une impression profonde, parlant d'un ton pénétré , il se mit à exposer les choses qu'il avait vues dans l'autre monde. « J'étais véritablement mort, dit-il. Saint Bernardin, qu'on priait pour moi et que j'avais invoqué aussi, appela mon âme, me rassura, et me dit de bien retenir tout ce que j'allais voir. D'un vol il me conduisit aux enfers, où je vis quantité de damnés, quelques-uns que je connaissais, et qui expiaient là leur orgueil, leur luxure, leur avarice, leur déloyauté, leurs pratiques usuraires. Ce spectacle est tellement horrible que je ne puis le décrire. Je fus ensuite mené vers le ciel, où je vis les martyrs , les vierges , les anges , dans une gloire admirable, avec Marie au-dessus d'eux tous. Rien ne saurait donner une idée de l'éclat de l'auguste Trinité. Saint Bernardin me mena enfin au purgatoire. J'y ai vu plusieurs parents et plusieurs amis tourmentés d'une façon différente, selon ce qu'ils doivent à la justice divine. » Et s'adressant à quelques-uns de ceux qui l'écoutaient, l'enfant ajouta : « Votre père, mort à telle époque, souffre cruellement parce que vous n'avez pas exécuté les clauses charitables de son testament; votre père, à vous, se lamente de ce que vous ne priez plus pour lui. » Et à chacun il donnait ces renseignements effrayants , et avec une telle justesse d'expression, une exactitude si remarquable de doctrine , une telle sûreté de récit, que chacun demeurait convaincu.

j On lit dans les Révélations de Sainte Brigitte d'admi-

rables apparitions. Ce livre a été examiné par de très savants docteurs, et il jouit d'une juste estime dans l'Église. — Un jour donc, pendant qu'elle était en extase, la sainte assista au jugement d'un soldat qui venait d'expirer. L'âme, présentée au tribunal de Dieu, était accompagnée de son ange gardien comme défenseur, du démon comme accusateur. La cause fut plaidée rapidement, mais à fond, et Brigitte entendit la sentence : elle condamnait le soldat à un long purgatoire , par suite des fautes de toutes sortes commises dans sa profession. « La peine des yeux, dit le juge, sera de contempler des objets affreux; celle de la langue d'être percée de pointes aigiies et tourmentée de la soif; celle du toucher d'être plongé dans un océan de feu. » La Sainte Vierge, pour qui le défunt avait eu grande dévotion, intervint alors, et obtint quelque adoucissement à la rigoureuse expiation. — On voit bien ici la peine du feu, mais compliquée de souffrances spéciales, en rapport avec les péchés.

Une autre fois, Brigitte eut une vision du même genre. Elle se vit transportée en esprit auprès du purgatoire , et elle y distingua une jeune fille, autrefois de condition élevée , qui s'était abandonnée à ses goûts de dépense , de vanité , de mollesse , par suite d'un manque de surveillance de la part de sa mère. Cette âme infortunée exposa toute sa vie à la sainte. « Heureusement, dit-elle, qu'avant la mort je me suis confessée en de suffisantes dispositions, ce qui m'a fait éviter le lieu du supplice éternel ; mais que je souffre ici, et comme chaque faute est bien punie par où elle m'a séduite! Cette tête qu'il fallait orner toujours, qui cherchait les regards et les applaudissements , la voilà dévorée de flammes si cuisantes qu'il me semble mourir à tout instant. Ces épaules et ces bras que je faisais admirer sont cruellement étreints dans des chaînes de fer rouge. Ces pieds, jadis formés pour la danse, sentent incessamment les morsures des vipères et des serpents les plus

horribles. Oh! que j'expie affreusement tant de faux plaisirs! » Brigitte restait épouvantée à cette vue. Elle promit de prier, et tint parole à cette pauvre âme ' .

Il ne faut pas, avons-nous besoin de le dire? prendre à la lettre ce tableau des membres tourmentés, puisque le corps est dans le tombeau et séparé de l'âme ; mais à cette âme Dieu fait éprouver exactement les sensations décrites, selon la sentence d'expiation.

ÉléTation. — Je me remets entre vos mains , Seigneur, et me résigne à faire tout ce qu'il vous plaira. Je veux être tout ce que vous voulez que je sois; je ne veux ni plus de faveur ni moins de rigueur, ni plus de repos ni moins de travail , ni plus de joie ni moins d'affliction. Je ne veux que ce que vous me donnez. Me voulez-vous malade ? je le veux. Voulez-vous que je meure ? je le veux encore. Désirez-vous que je vive sous le poids de croix continuelles? j'y consens. Puisse cet acte sincère d'absolue soumission en cette vie me valoir dans l'autre cette miséricorde qui désarmera la justice prête à sévir contre moi !

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