PRIERE
POUR OBTENIR UNE BONNE MORT, Composée par Mgr Dévie, évêque de Belley.
Dieu tout-puissant, arbitre souverain de la vie et de la mort, prosterné en votre adorable présence, je viens vous demander la dernière et la plus importante de toutes les grâces, c'est-à-dire
la grâce de mourir saintement. Faites, Seigneur, que je meure de la mort des justes, quoique ma vie ait été trop conforme à celle des pécheurs. Accordez-moi donc, d'abord, une douleur sincère de mes péchés. J'en ai t'ait l'aveu au ministre de votre miséricorde; j'en ai obtenu l'absolution, et je les veux expier par une véritable et sincère pénitence. Plein de confiance en vos promesses, je puis croire que vous me les avez pardonnes ; pour m'en assurer davantage, je les déteste de nouveau de tout mon cœur, et je voudrais effacer du nombre de mes jours ceux que je n'ai pas employés à vous servir.
Mais ce n'est pas assez pour me tranquilliser : la persévérance est une grâce que nous ne pouvons pas mériter, et que vous n'accordez qu'à nos instantes prières. C'est pour cela que je viens la demander, surtout pour le moment suprême où l'ennemi du salut redouble d'efforts afin de nous effrayer et de nous détourner de la confiance que nous devons avoir en vous. Ajoutez donc , Seigneur, à toutes les grâces que j'ai reçues celle de me rendre fidèle à la résolution que je prends d'employer le reste de ma vie à l'accomplissement de tous mes devoirs. Oui, ô mon Dieu, je veux désormais, à l'exemple des saints, devenir humble, modeste, charitable, vigilant sur moi-même , attentif à mes prières et à la pratique de la vertu qui me manque.
Mais, Seigneur, puis-je bien compter sur mes résolutions? La triste expérience que j'ai de ma faiblesse ne doit-elle pas m'inspirer des craintes? Oui : malgré mes bonnes dispositions présentes, malgré toutes les précautions que je prendrai pour l'avenir, je crains de m'égarer encore, de m'éloigner de vous par le péché. Ne m'abandonnez pas alors, ô Dieu de bonté ! frappez à la porte de mon cœur; éclairez-moi. poursuivez-moi, punissez-moi s'il le faut; ne m'épargnez pas, et mettez-moi dans l'heureuse nécessité de revenir à vous. Ce que je demande surtout instamment, c'est que vous ne m'appeliez pas à vous, par une mort subite et imprévue, dans ces coupables dispositions ; c'est que vous me laissiez le temps de faire pénitence, c'est que vous me fournissiez tous les moyens nécessaires pour faire une mort chrétienne.
Hélas ! Seigneur, que serais-je devenu si j'étais mort subitement à telle ou telle époque de ma vie... ? si vous ne m'aviez pas guéri de telle et telle maladie... , préservé de tel danger... ? Soyez mille fois béni de la miséricorde dont vous avez usé envers moi ! J'ai été un infidèle, mais je ne veux pas être un ingrat, et je veux vous
témoigner ma reconnaissance en mettant à profit le délai que vous m'accordez, en réparant les mauvais exemples que j'ai donnés, le temps que j'ai perdu. C'est vous, ô mon Dieu, qui m'inspirez ces résolutions salutaires : accordez-moi aussi la grâce de les accomplir* O JÉSUS, qui êtes mort sur la croix pour nous apprendre à bien mourir, et nous mériter les grâces dont nous avons besoin dans le moment de notre passage du temps à l'éternité, je viens aujourd'hui profiter de vos exemples et réclamer votre puissant secours. Inspirez-moi cette résignation à la volonté de Dieu qui fut si méritoire pour nous au moment de votre douloureuse agonie; donnez-moi ce courage, cette patience héroïque, ce silence divin, dont toutes les personnes qui vous entouraient furent étonnées. Vous avez promis à un pécheur mourant à côté de vous de l'introduire dans votre paradis : c'est un pécheur vivant qui réclame instamment, et avec confiance, la même faveur, sans laquelle votre rédemption aura été inutile pour lui, puisque ce n'est que par une sainte mort que notre salut est assuré.
Sainte Marie, Mère de Dieu, ce n'est pas en vain, non ce n'est pas en vain, que je vous ai demandé, tous les jours et même plusieurs fois par jour, de « prier pour moi pauvre pécheur ». Quelque faible qu'ait été ma piété dans une infinité d'occasions en prononçant ces paroles, il m'est impossible de ne pas reconnaître que vous m'avez obtenu beaucoup de grâces pendant le cours de ma vie : c'est pourquoi je répète avec une nouvelle confiance : « Priez pour moi, pauvre pécheur, maintenant et à i heure de ma mort. »
Mon bon Ange gardien, c'est principalement au moment de ma mort qu'il faudra redoubler les charitables soins que vous avez pris de moi pendant ma vie, parce que c'est alors seulement que je pourrai en recueillir le fruit d'une manière assurée. Je les réclame aujourd'hui d'avance, et vous conjure d'oublier toutes mes infidélités, toutes mes résistances à vos saintes inspirations, pour ne vous rappeler que la mission que vous avez reçue de m'introduire dans le ciel.
Bienheureux saint Joseph . qui avez eu le bonheur de mourir entre les bras de Jésus et de Marie , et qui avez mérité par-là d'être le protecteur et le patron des agonisants, je vous invoque d'avance pour le moment où , n'étant plus que la moitié de moimême, je serai peut-être dans l'impossibihté de le faire. Daignez donc m'assister à la mort.
Et VOUS aussi, mes vénérables Patrons, Saints ou Saintes dont je porte le nom ou pour lesquels j'ai une dévotion particulière, demandez pour votre protégé les grâces dont j'ai besoin pour faire un saint usage du reste de ma vie que Dieu me laisse, afin que rien ne mette obstacle à l'accomplissement du désir que j'ai de mourir saintement.
Très doux Jésus, ne me soyez i^oint juge, mais sauveur! (Redire trois fois cette dernière invocation.)