‹ Les douze génies [poèmes scéniques] (volume 2)Chapitre 24 sur 50 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

DOROTHÉE, QUIJADA, Caché^ PABLO

PABLo, allant vers Dorothée les mains tendues

Dorothée !

DOROTHÉE, essayant de lui faire comprendre par signes ce qui se passe

Nous devez méjuger... Senor... très... effrontée... Pour m'être ici rendue... alors que je savais... Vous y rencontrer...

PABLO

Quoi ! Mais...

DOROTHÉE, bas

Silence ! Je vais Tout t'expliquer !

PABLO

Parlez !

DOROTHÉE

J'ai bien reçu... la lettre Où vous me demandez, Senor, de vous permettre De demander ma main à mon Oncle...

PABLO

Mais...

DOROTHÉE, V interrompant vivement

Non !

Non Senor ! Cet honneur de porter votre nom Je ne puis désormais l'accepter...

PABLO

Quoi ?

DOROTHÉE, embarrassée

Peut-être Si vous m'aviez plus tôt, ou moins tard, fait connaître Vos sentiments... qui sait î... — Mais je dois maintenant Vous parler de façon différente, et, tenant, A ce qu'entre nous deux, désormais, ne subsiste Qu'une franche... amitié... désirant qu'il n'existe Aucune erreur...

PABLO

Enfin !

DOROTHÉE

...aucun malentendu...

Je suis venue ici...

PABLO

Je veux être pendu !...

DOROTHÉE, rifiterrompant

Senor, je vous en prie et n'ai point l'habitude D'un langage qui, bien que je ne sois pas prude, Me choque !

PABLO

Mais enfin...

Je vais mieux m'expliquer...

Mon cœur ne m'appartient plus !

lOO

PABLO

Quoi ! C'est vous moquer !

DOROTHÉE, bas

Tais-toi !

PABLO

Je n'ai jamais vu tourner de toupie...

DOROTHÉE, bas^ l' interrompant

Derrière ce rideau Quijada nous épie !

{Haut ^feignant la colère^

Senor ! Vous me traitez bien familièrement ! Voilà six mois que vous m'aviez, très vaguement, Parlé de vos desseins... mon cœur était encore Libre... alors... J'ai pu vous laisser... je le déplore... Quelques illusions...

PABLO, qui a enfin compris^ très tragiquement Je n'ai donc plus d'espoir !

DOROTHÉE

Je le regrette, mais... — Non !

PABLO

Et peut-on savoir Quel est l'heureux mortel qui prend dans votre vie Cette place, l'unique objet de mon envie .?

Senor... c'est un secret...

PABLO

Votre cœur le garda

Très mal, ce doux secret...

DOROTHEE

Senor !...

PABLO, très tragique

C'est Quijada !

Je le sais. J'en suis sûr. Oui ! Je tuerai cet homme !

DOROTHÉE, très tragique Non. Grâce ! J'en mourrais. Grâce !

PABLO

Non ! Jamais !

DOROTHÉE

Comme

Les hommes sont cruels !

PABLO

Ah ! vous l'aimez donc bien, Senorita ?

DOROTHÉE

Jamais, je ne dirai combien Je souffre.

PABLO

Il mourra donc !

DOROTHÉE

Hélas !

PABLO

La chose est sûre !

DOROTHÉE, d'une voix brisée par le rire quelle s'efforce d'étouffer

Vous nous tuerez tous deux de la même blessure.

PABLO, la serrant dans ses bras

Non, non. Ne pleurez pas ! Relevez-vous. Pardon ! Je veux fuir... l'éviter... mourir !... Et plus tard on Gravera sur ma tombe : " Il aimait une ingrate ! "

DOROTHÉE

Adieu, Senor !

PABLO

Adieu !

DOROTHÉE, bas

Va-t'en, ou bien j'éclate.

(Pablo sort.

Elle reste un instant seule. Réjîéchit, puis détache le

bouquet qui orne son corsage^ le pose sur la table

et sort par la porte du fond.

Un instant apres^ Sancho passe craintivement la tête

par la porte de gauche^ puis entre suivi de sa femme et de ses domestiques^

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