LES MÊMES, LE CURÉ
LE CURÉ, tendant une lettre à Dorothée Voici pour vous, ma nièce !
DON ESTEBAN, saiuafit le Curé
Senor curé !...
{A Quijada.) Si VOUS retirez votre pièce
J'en serai désolé !
{Au Curé avec empressement.)
Vous avez voulu voir Un théâtre ?
LE CURÉ, à Dorothée
Lisez !...
(// s'éloigne avec Es te ban qui, joyeux d'échapper à une situation difficile, s'empresse a lui servir de guide ^
QUijADA, a Dorothée Que faire ?
DOROTHÉE
Il faut avoir Le courage, pour moi, de céder.
QUIJADA
Mais écoute.
Cette scène est, vois-tu, comme la clef de voûte Du drame entier. Chacun parle comme il le doit.
LE CURÉ, a Es te ban qui lui montre le théâtre
Comme c'est grand !
ISABELLE, aux autres acteurs
C'était un stratagème adroit !
QUIJADA, à Dorothée
J'ai bien étudié, pesé chaque parole...
Il faudrait tout changer ; créer un nouveau rôle...
Bien ! dites-leur cela ! Moi, tout ce que je vois, C'est que, quand je demande une chose, ma voix Ne semble pas avoir sur vous grande influence !
QUIJADA
La scène deviendrait inepte !... La nuance Entre les deux amants, il faut bien la marquer...
DOROTHÉE
C'est bon ! Expliquez-leur !
QUIJADA, va vers les acteurs et leur dit, s^eforçant de les gagner par une bonne grâce, un peu forcée qui se heurte a leur tnorgue
Je viens vous expliquer...
Un auteur n'écrit pas un drame sans se rendre Compte de la valeur de chaque mot, sans prendre Grand soin de les peser tous. C'est comme un tableau Que l'on dessine...
DOROTHÉE
Tiens ! Du père de Pablo !
{Lisant.) *' Je viens, mon cher Curé, vous faire mes excuses. " J'apprends qu'on va jouer le favori des Muscs *' Du Toboso, ce cher et digne Quijada. " Je viens m'humilier, mon vieux Torquemada ! " Pardonnez à l'impie et revenez-lui vite. " Il nous faut marier nos enfants tout de suite, " Car mon pauvre Pablo semble devenir fou !... "
{Riant.) Il est jaloux ! C'est très gai !
{Lisant.) " Je vous saute au cou, " Après m'être à vos pieds roulé de façon vile ! " Vos prières ont fait un miracle. Inutile " De répondre. Venez. " — " Prières " souligné ! Ce bavard de Pablo !...
{Au Curé.) Mon oncle, il a signé :
" Votre Pénitent. "
LE CURÉ, riant Quand partons-nous ?
DOROTHÉE
Tout de suite !
LE CURÉ
Soit !
Allons !
DOROTHEE
DON ESTEBAN, au Curé Enchanté, senor, de la visite.
QUijADA, aux acteurs C'est impossible !
DON PEDRO, avec hauteur
Nous ne pouvons transiger.
Il faut nous accorder tout ou rien !
QUIJADA, à part
Exiger Sur ce ton !...
Croyez-moi, senor, le cœur m'en saigne, Mais c'était convenu. Don Juan et la duègne Doivent avoir aussi leurs changements !
QUIJADA
Non !... — non !...
La pièce tomberait !... Il s'agit de mon nom !... Ce que vous demandez est vraiment impossible. Je changerai des mots, des vers, soit !
LA DUÈGNE, à part
L'inflexible A fléchi !
QUIJADA
Mais changer un caractère entier...
Il faudrait tout mettre à nouveau, sur le métier ! Je ne céderai pas !... Je retire la pièce !
DOROTHÉE, qui S est rapprochée^ a Quijada Adieu !...
QUIJADA
Dorothée !... Ah !... Ne partez pas !...
LE CURÉ, serrant les mains a Quijada
Ma nièce Et moi, nous retournons au Toboso.
QUIJADA
Mon Dieu !...
{^A Dorothée) Écoutez !
Je ne veux rien écouter ! Adieu !
Je n'entends pas dix fois vous faire une prière !
{fille s éloigne avec le Curé.]