‹ Les douze génies [poèmes scéniques] (volume 2)Chapitre 35 sur 50 · LES MÊMES, LE CURÉ · texte numérisé non relu

LES MÊMES, LE CURÉ

LE CURÉ, tendant une lettre à Dorothée Voici pour vous, ma nièce !

DON ESTEBAN, saiuafit le Curé

Senor curé !...

{A Quijada.) Si VOUS retirez votre pièce

J'en serai désolé !

{Au Curé avec empressement.)

Vous avez voulu voir Un théâtre ?

LE CURÉ, à Dorothée

Lisez !...

(// s'éloigne avec Es te ban qui, joyeux d'échapper à une situation difficile, s'empresse a lui servir de guide ^

QUijADA, a Dorothée Que faire ?

DOROTHÉE

Il faut avoir Le courage, pour moi, de céder.

QUIJADA

Mais écoute.

Cette scène est, vois-tu, comme la clef de voûte Du drame entier. Chacun parle comme il le doit.

LE CURÉ, a Es te ban qui lui montre le théâtre

Comme c'est grand !

ISABELLE, aux autres acteurs

C'était un stratagème adroit !

QUIJADA, à Dorothée

J'ai bien étudié, pesé chaque parole...

Il faudrait tout changer ; créer un nouveau rôle...

Bien ! dites-leur cela ! Moi, tout ce que je vois, C'est que, quand je demande une chose, ma voix Ne semble pas avoir sur vous grande influence !

QUIJADA

La scène deviendrait inepte !... La nuance Entre les deux amants, il faut bien la marquer...

DOROTHÉE

C'est bon ! Expliquez-leur !

QUIJADA, va vers les acteurs et leur dit, s^eforçant de les gagner par une bonne grâce, un peu forcée qui se heurte a leur tnorgue

Je viens vous expliquer...

Un auteur n'écrit pas un drame sans se rendre Compte de la valeur de chaque mot, sans prendre Grand soin de les peser tous. C'est comme un tableau Que l'on dessine...

DOROTHÉE

Tiens ! Du père de Pablo !

{Lisant.) *' Je viens, mon cher Curé, vous faire mes excuses. " J'apprends qu'on va jouer le favori des Muscs *' Du Toboso, ce cher et digne Quijada. " Je viens m'humilier, mon vieux Torquemada ! " Pardonnez à l'impie et revenez-lui vite. " Il nous faut marier nos enfants tout de suite, " Car mon pauvre Pablo semble devenir fou !... "

{Riant.) Il est jaloux ! C'est très gai !

{Lisant.) " Je vous saute au cou, " Après m'être à vos pieds roulé de façon vile ! " Vos prières ont fait un miracle. Inutile " De répondre. Venez. " — " Prières " souligné ! Ce bavard de Pablo !...

{Au Curé.) Mon oncle, il a signé :

" Votre Pénitent. "

LE CURÉ, riant Quand partons-nous ?

DOROTHÉE

Tout de suite !

LE CURÉ

Soit !

Allons !

DOROTHEE

DON ESTEBAN, au Curé Enchanté, senor, de la visite.

QUijADA, aux acteurs C'est impossible !

DON PEDRO, avec hauteur

Nous ne pouvons transiger.

Il faut nous accorder tout ou rien !

QUIJADA, à part

Exiger Sur ce ton !...

Croyez-moi, senor, le cœur m'en saigne, Mais c'était convenu. Don Juan et la duègne Doivent avoir aussi leurs changements !

QUIJADA

Non !... — non !...

La pièce tomberait !... Il s'agit de mon nom !... Ce que vous demandez est vraiment impossible. Je changerai des mots, des vers, soit !

LA DUÈGNE, à part

L'inflexible A fléchi !

QUIJADA

Mais changer un caractère entier...

Il faudrait tout mettre à nouveau, sur le métier ! Je ne céderai pas !... Je retire la pièce !

DOROTHÉE, qui S est rapprochée^ a Quijada Adieu !...

QUIJADA

Dorothée !... Ah !... Ne partez pas !...

LE CURÉ, serrant les mains a Quijada

Ma nièce Et moi, nous retournons au Toboso.

QUIJADA

Mon Dieu !...

{^A Dorothée) Écoutez !

Je ne veux rien écouter ! Adieu !

Je n'entends pas dix fois vous faire une prière !

{fille s éloigne avec le Curé.]

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