‹ Les douze génies [poèmes scéniques] (volume 5)Chapitre 22 sur 37 · LE CENTURION, LES DEUX DÉCURIONS · texte numérisé non relu

LE CENTURION, LES DEUX DÉCURIONS

(Le Centurion est un vieux soldat. Le i^ Décurion également. Le second est beaucoup plus jeune.)

2 DECURION

Crois-tu qu'il osera venir avec sa Juive ?

LE CENTURION

Pourquoi pas ?

Il croira sage qu'elle le suive Et se montre conquise au culte de nos dieux !

Je la déteste !

Et moi !...

LE CENTURION, uu i" Décuriofi

Moi je l'aime, mon vieux !

Vois-tu, je l'ai connue autrefois en Judée : Elle nous a porté bonheur !

l" DÉCURION

Peuh ! Quelle idée !...

LE CENTURION

Elle nous a porté bonheur — Oh ! c'est certain !

2* DÉCURION, amèrement Sais-tu pourquoi Stella s'est tué ce matin ?

LE CENTURION, sombre

Oui! —

{Songeur.)

Je la vois encor ! Sous les remparts rougeâtres

De leur Jérusalem, les plus opiniâtres

Ecoutaient vers le soir, pleins d'un dégoût fatal.

Les béliers égrener leurs notes de métal...

A voir monter ce haut mur rouge, inaccessible

Et ces tours d'où la Mort prenait nos rangs pour cible,

Las, on songeait : il faut des ailes, non du fer,

Pour enfoncer sur ces créneaux l'S.P.Q.R.!

Mais là-bas, sous de vieux oliviers, d'une tente

D'écarlate, de pourpre et d'or tout éclatante.

Sortait une ombre diaphane. On pouvait voir,

Des voiles bleus flotter dans l'air rose du soir.

Un corps svelte ployer tout contre la cuirasse

Du soldat notre chef, qui le presse et l'enlace.

Et tandis que la nuit descendait lentement

Cachant à tous les yeux le beau couple charmant.

Un peu de son amour se glissait dans nos moelles !

L'armée, à voir flotter l'azur de ces longs voiles

Brume légère au front pesant des soirs d'Août,

Se disait : " Bérénice est belle ! " oubliait tout !...

Voilà dix ans !

LE CENTURION

Dix ans !

C'était en trente quatre P

Ses beaux yeux n'aiment plus à voir Rome se battre !

' CXXXIV A Nativitate Divi Augusti.

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