LE CENTURION, LES DEUX DÉCURIONS
(Le Centurion est un vieux soldat. Le i^ Décurion également. Le second est beaucoup plus jeune.)
2 DECURION
Crois-tu qu'il osera venir avec sa Juive ?
LE CENTURION
Pourquoi pas ?
Il croira sage qu'elle le suive Et se montre conquise au culte de nos dieux !
Je la déteste !
Et moi !...
LE CENTURION, uu i" Décuriofi
Moi je l'aime, mon vieux !
Vois-tu, je l'ai connue autrefois en Judée : Elle nous a porté bonheur !
l" DÉCURION
Peuh ! Quelle idée !...
LE CENTURION
Elle nous a porté bonheur — Oh ! c'est certain !
2* DÉCURION, amèrement Sais-tu pourquoi Stella s'est tué ce matin ?
LE CENTURION, sombre
Oui! —
{Songeur.)
Je la vois encor ! Sous les remparts rougeâtres
De leur Jérusalem, les plus opiniâtres
Ecoutaient vers le soir, pleins d'un dégoût fatal.
Les béliers égrener leurs notes de métal...
A voir monter ce haut mur rouge, inaccessible
Et ces tours d'où la Mort prenait nos rangs pour cible,
Las, on songeait : il faut des ailes, non du fer,
Pour enfoncer sur ces créneaux l'S.P.Q.R.!
Mais là-bas, sous de vieux oliviers, d'une tente
D'écarlate, de pourpre et d'or tout éclatante.
Sortait une ombre diaphane. On pouvait voir,
Des voiles bleus flotter dans l'air rose du soir.
Un corps svelte ployer tout contre la cuirasse
Du soldat notre chef, qui le presse et l'enlace.
Et tandis que la nuit descendait lentement
Cachant à tous les yeux le beau couple charmant.
Un peu de son amour se glissait dans nos moelles !
L'armée, à voir flotter l'azur de ces longs voiles
Brume légère au front pesant des soirs d'Août,
Se disait : " Bérénice est belle ! " oubliait tout !...
Voilà dix ans !
LE CENTURION
Dix ans !
C'était en trente quatre P
Ses beaux yeux n'aiment plus à voir Rome se battre !
' CXXXIV A Nativitate Divi Augusti.