‹ Les dragons en cantonnement, ou, La suite des bénédictinesChapitre 15 sur 34 · LA V E U V E · texte numérisé non relu

LA V E U V E

Allons , Colonel , promettez-moi d’être sage.

LE Colonel.

Je ne promets jamais que ce que je veux tenir,

LA Veuve.

Je ne conçois rien à votre conduite.

LE Colonel.

Elle est cependant bien claire.

LA .Veuve.

Mais je voudrois n’y voir que ce qui peut Vous faire estimer.

LÉ Colonel.

Moins d’estime et plus de tendresse.

LA Veuve.

Où vous mèneroit-elle ?

leColonel.

Cela ne se demande pas.

V ous êtes en effet très-intelligible.

leColonel.

. ^Je ne parle que pour être entendu.

-■'le Vous entends, et je vais vous répondre,

^ leColonel.

Comme je le désire ?

LA Veuve.

Comme je le dois. . . . '

LE Colonel.

En, ce cas ; je n’écoute rien.

LA Veuve.

Colonel , vos procédés sont peu honnêtes. J’ai du moins h droit de me faire écouter.

LE Colonel.

Dans votre appartement , tant qu’il vous plaira.

LA Veuve.

Nous n’en sommes pas encore aux têtes-à-têtes.

L E Colonel.

En guerre , on dédaigne les préliminaires, et on va de suite au fait.

LA Veuve.

J’espère, Colonel, que nous ne sommes pas en guerre.

LE Colonel.

je suis au moins très-disposé à vivre en paix.

LA Veuve.

Et vous proposez des conditions. ... ( à part. ) Il n« s’explique pas.

LE Colonel.

( à part. ) Elle est prise.

Raisonnons , mon cher Colonel. J’avois un tpoux parfaitement honnête. . . .

LE Colonel.

Et parfaitement ennuyeux !

LA Veuve.

Pas du tout , Monsieur. S’il n’avoit pas les agrémens de la jeunesse , il avoit d’excellentes qualités , et il m’aimoit. . . .

le Colonel.

Comme vous serez aimée de tous ceux qui vous verront,

LA Veuve.

Il n’est plus , et voilà de ces pertes. . . .

leColonel.

Dont l’amour seul dédommage. '

^ laVeuve. ^

Dont il peut au moins consoler , quand il est dclicat et vrai.

LE Colonel.

A cet égard , vous n’aurez rien à desirer.

LA Veuve.

Ah , Colonel ! on prend si souvent un simple goût pour de l’amour. . . .

• leColonel. fr

. Ce n’est pas ce que vous devez craindre , et je crois que je vous parle en homme véritablement pénétré.

LA Veuve.

Si je pouvois aimer encore , je voudrois au moins que mon amant commençât par m’offrir le sacrifice. . . .

LE Colonel.

Je vous avoue qu’eri sacrifice , je puis très-peu de chose.

LA Veuve.-

Nous ne nous entendons pas y car bien certainement vous pouvez tout.

LE Colonel.

Et quel est ce sacrifice , voyons ?

Avec autant d’esprit , pouvez- vous le demander î

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