‹ Les dragons en cantonnement, ou, La suite des bénédictinesChapitre 23 sur 34 · S A I N T E - C L AIRE · texte numérisé non relu

S A I N T E - C L AIRE

Vous me contez l’iiistoire de beaucoup de jeunes personnes.

LA Veuve.

Et un peu la vôtre , convenez-en.

Sainte-Claire.

J’avoue qu’il y a quelque rapport. . . .

Les hommes sont si prompts à promettre. . . .

S ainte -Claire.

Et les femmes si disposées à les croire , et à se préparer des regrets !

la Veuve.

C’est ce que je n’osois dire.

C’est ce que je pense.

LA Veuve, voulant la pénétrer.

C’est du moins une sorte d’excuse , qu’une promesse de mariage.

Sain te-Claire.

C’est du moins un prétexte , dont certaines femmefi ne peuvent pas même se prévaloir.

Vous savez, Citoyenne , que vous n’ave^ pas de secrets.

LA Veuve.

Vous avez de l’esprit.

Je suis étonnée qüe vous vous en apperceviez.

Pourquoi donc , Mademoiselle ?

Sainte-Claire.

C’est qu’on est rarement disposée à rendre justice à ses. rivales.

LA Veuve, avzc indifférence.

Ail ! une rivale telle que vous

Sainte-Claire.

Peut déranger bien des projets.

LA Veuve.

On peut aussi n’avoir rien à craindre des vôtres.

Sainte-Claire. '

Il faudroit alors être aimée bien sérieusement.

LÀ Veuve.

Mais je me plais à le croire,

Sainte-Claire.

Et moi, j’en doute un peu.

LA Veuve.

Vous avez vos raisons pour douter.

Saïnte-Claire.

Comme vous avez les vôtres pour ne douter de rien.

Terminons un entretien qui doit nous gêner également.

Je TOUS assure au contraire qu’il m’amuse beaucoup.

la Veuve.

J’espère , Citoyenne , que vous ne prétendez pas faire»

d’applications ?

LA Veuve.

^ Finissons :”qTie puis-je pour vous ?

Sa . nte-Claire.

Rien : c’est moi qui veux vous donner une leçon.

'Ah , ah ! et quelle est cette leçon ?

Sainte-Claire.

D’abord vous éclairer sur l’inconséquence de Vôtres conduite.

Vous ne pensez pas à la vôtre.

Il est vrai qu’elle est originale. . ^

Et la mienne quelque chose de plus ?

Sainte-Claire.

C’est ce que je n’osois dire.

LA Veuve.

Vous avez une manière de persiffler qui me démon- 1er oit

Sainte-Claire.

Si vous aviez moins d’usage.

Savez-vous , petite, que vous êtes piquante ?

Sainte-Claire.

J’avoue que c’est un peu mon intention.

i Je ne suis pas disposée à le souffrir. '

Sainte-Claire.

Il faudra vous y résoudre.

LA Veuve.

Définitivement, Mademoiselle, où voulez-vous en venir ? Je ne crois pas que vous ayez envie de faire un éclat.

Sainte-Claire;

C’est tout au plus ce que je me permettrois ; si je ' pou vois vous craindre.

En honneur ceci est inconcevable.

Sainte-Claire.

Je suis naturellement curieuse ; j’ai voulu vous voir, je vous ai vue , et je reviens à la leçon dont je vous parlois tout-à-l’heure. Vous êtes bien , très-bien 5 votre tournure , votre physionomie , préviennent en votre faveur j Vous avez peu de sensibilité , peut-être ; mais un esprit fin , un usage du monde qui suppléent au vuide du cœur. Cet ensemble a plu au Colonel , et tout cela ne pourra l’attacher. Je ne eonnois qu’une femme qui sache apprécier ce jeune homme, démêler ses qualités à travers son étourderie • l’aimer pour lui-même , le fixer par tout ce qui engage un honnête homme , rire d’un moment' d’inconstance qui le ramènera plus tendre et plus fidèle * et cette femme , c’est moi. ; ^

LA Veuve.

^ Vo^s êtes modeste. - . ‘

Vous conviendrez du moins, quand vous me connoîtrez mieux , que je me suis conduite envers vous aveq une modération que toutes les femmes approuveront sans doute , et que bien peu auroient la force d’imiter, levons laisse, citoyenne \ jouissez de votre triomphe, et hâtez -vous ; un éclair l’a produit , ils passeront ej?.-’ semble. (^Eile entre chez Gertrude.)

5o LES DRAGONS EN CANTONNEMENT .

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