G LES DRAGONS EN CANTONNEMENT
Je suppose, par exemple j ceci n’est qu’une supposition'^ sonviens^toi bien : je suppose qu’un homme sincèrement attaché à sa femme, mais n’ayant pas sur lui l’empire que tu as sur toi , refroidi par l’absence , entraîné par des événemens imprévus , se livre un moment à ses goûts passagers, où le cœur n’entre pour rien. Que peut dire sa femme ? que doit-elle faire ? que lui conseillerois-tu , si elle te consultoit?
LE Colonel:
Oh ! l’indulgence , tu as raison , l’indulgence l
Et lu lui dirois : votre mari est un honnête homme, mais un honnête homme peut être foible. Il sera si honteux de se voir découvert, il sera si gauche devant vous, il aura tant d’envie de mentir , avec tant d’éloignement ’pour le mensonge ; vous l’aimez si tendrement vousmême , que vous ne pourrez prolonger une situation si pénible , sans être cruelle envers tous deux.
. Oui , ma bonne amie , voilà précisément ce que j e dirois. Sainte-Claire.
Et moi , j’irai plus loin que tes conseils : j’éviterois ces explications désagréables , qui aigrissent souvent les deux partis. Je commencefois par embrasser mon infidèle , et par lui pardonner.
leColonel.
Suppose jusqu’au bout; embrasse-moi, et pardonne. ( Ils embrassent. )
Sainte-Claire.
Je me permettrois ensuite quelques avis, mais si modérés, si délicats, que l’amour-propre de mon époux n’en seroit pas affecté. ' [