MONSIEUR BONSENNE A SON FILS VICTOR
Mon fils,
Pour des raisons que je ne veux pas, disons mieux, que je ne peux pas vous dire (car il ne faut pas que vous puissiez croire que c'est un caprice de volonté arbitraire qui me fait agir et qui me fait vous cacher les motifs de mes re'solutions) ; pour dos raisons enfin que vous ne devez pas savoir, il faut que vous restiez absent de notre maison jusqu'au moment où des circonstances qui peuvent être très-prochaines comme très-éloignées vous permettent d'y rentrer.
Cela ne tient nullement à votre désobéissance à mes volontés lorsque vous avez voulu vous faire militaire. Cela ne tient point non plus à notre rencontre des Champs-Elysées, qui, j'en suis à peu près sûr maintenant, est toute fortuite. Ces raisons me dominent comme elles vous commandent.
Ne m'en demandez pas plus que je ne veux ni ne puis vous en dire. Vous pourrez, si cela vous convient, rencontrer votre mère et votre sœur chez notre tante; s'il vous convient de m'y voir, je vous y verrai avec plaisir; mais je ne puis rétracter l'ordre que j'ai donné.
Je vous embrasse avec la tendresse réelle et sincère d'un père.
BONSENNE.
P. S. N'écrivez ni à votre mère ni à votre sœur; ni lune ni l'autre ne vous répondraient.