UN EXEMPLE DE LA PRESSE SUIVI PAR LE NATIONAL
27 décembre 4847.
Un différend a éclaté entre les deux organes de l'opinion démocratique, le National et la Réforme, à la suite d'un débal où la Réforme avait accusé le National d'un excès de modération. On lit dans l'une et l'autre de ces deux feuilles les lignes suivantes, dont la rédaction uniforme a dû être convenue :
' « La proposition de constituer un jury pour prononcer sur la conduite politique de la Réforme et du National ayant été acceptée par les deux journaux, on s'occupe de la constitution de ce jury. »
On nous permettra, à ce sujet, de faire remarquer que nous n'avons pas créé dans la presse un seul précédent qu'il n'ait été imité.
Ainsi, nous avons donné l'exemple de la réduction du
f>rix d'abonnement des journaux: tous, après avoir protesté, 'ont successivement suivi.
Nous avons fait prévaloir, non sans résistance, l'exercice du droit de réponse; toutes les opinions l'ont tour à tour invoqué : amis de la Réforme et rédacteurs du National.
Nous avons fait admettre que, même entre journaux, la discussion devait s'arrêter là où commençait la diffamation. Le National, qui avait débuté par être opposé h cette innovation dans la presse, n'a pas été le dernier à lui payer tribut ; on se souvient du procès en diffamation intenté par le National au Globe.
Qve font le National et la Réforme, en soumettant leur diffëiend à un arbitrage, si ce n'est pas de prendre exemple sur ce qu'ont fait la Démocratie pacifique et la Presse, quand, d'un commun accord , ces deux journaux ont choisi pour rechercher et éclaircir la vérité d'un fait, MM. de Tocqueville et deGasparin? i
i La Démocratie pacifique, faisant allusion à la Presse, avait avancé que, « un grand journal avait vendu à la Russie la question polonaise » moyennant 80,000 francs. » Au lieu de lui intenter un procès en diffamation et de lui demander des dommages-intérêts, la Presse avait offert à la Démocratie pacifique la nomination d'un jury qui serait juge des preuves ou seulement des présomptions sur lesquelles se fondait l'allégation de la Démocratie pacifique .L'offre ayant été acceptée, voici
Cela nous donne le droit d'espérer qu'avec de la persévérance, nous parviendrons un jour à faire adopter certaines mesures réglementaires d'ordre et de prévoyance dont l'absence se fait vivement sentir parmi les journaux.
les deux réponses faites à chacun des deux journaux en cause par leur arbitre :
ad rédacteur DE la Démocratie pacifique.
«16 mars 1846.
» Monsieur, vous me demandez si j'accepte la mission que vous avez bien voulu me déférer.
» Ma réponse ne saurait être douteuse : j'accepte ; j'accepte avec un profond sentiment de reconnaissance; j'accepte, parce que l'on ne saurait refuser une preuve de confiance et d'estime aussi honorable ; j'accepte, parce que je ne suis pas au nombre de vos amis politiques; j'accepte, parce que je n'ai aucune opinion, aucune notion sur votre différend avec la Presse ; j'accepte, parce que je suis très-décidé à me prononcer contre vous si vous ne fournissez pas la preuve de vos assertions.
» Je sais que vous apprécierez ces sentiments. Veuillez excuser la manière dont je les exprime, au milieu du bruit de la discussion sur la proposition Rémusat
» Je vous prie de croire à ma haute considération.
» A. DE GASPARIlf. »