IL Y A DES JUGES A PARIS
Je prends au nom de la famille l'engagement de ne pas se prévaloir du d&oit déjà reconnu et proclamé par Sa Majesté Autrichienne, et de mettre ce fait ÀCûuis hors de la cause.
Je ne dis pas que l'empereur d'Autriche userait d'un droit en agissant ainsi, mais je dis qu'il remplirait un devoir, — et j'ajoute qu'il comblerait le vœu le plus ardent de la famille de Crouy-Chanel.
M. l'ambassadeur d'Autriche ne répondra pas à notre appel ; mais les Botka et autres écrivains de tout étage qui voudront briguer la faveur des agents de l'Autriche, continueront leurs attaques détournées; ils continueront à émettre des doutes, les uns sous le voile d'une modération menteuse, les autres à l'aide de sarcastiques niaiseries qui font toujours rire ou sourire le lecteur.
Cependant, au milieu de toutes les arguties auxquelles on a eu recours, il en était une qui avait un semblant de fondement.
Sans doute Pierre de Crouy-Chanel, l'époux de
Ja belle Agnès de Sassènage (1) dont le contrat est passé en présence de Bé&trix, épouse du dauphin Jean II, et sœur de Charles-Robert d'Anjou, alors roi ds Hongrie, peut bien déclarer dans cet acte qu'il est issu du sang royal de Hongrie, «— à sanguine regum Hungariœ processus*
Sans doute tous les actes qu'invoquent les fils de Félix sont vrais. 11 est issu du sang royal de Hongrie ; mais sa mère, sibylle, était une cumaine ! donc une païenne; donc elle n'a pu être l'épouse légitime d'un roi très^ehrétien, de Sa Majesté Apostolique?
Je n'avais pas prévu cet argument, et j'avoue qu'il
({,) Je crois devoir reproduire les deux notes suivante*, déjà insérées dans mon étude, les Fils d'Arpad, 2 e édition.
(a) C'est cette Agnès de Sassenage qui est l'héroïne d'une légende dauphinoise, La Dame blanche de la tour du Treuil.
- Je dois 4 cette occasion citer un ouvrage intitulé s Guide dan$ let Alpes du Dauphiné, vallée d'Allevard, par le docteur B. Nibpce, médecin inspecteui de rétablissement thermal d'Allevard, qui consacre un long souvenir au chevalier Félix pu Howtig de Grouy-Chanel et h ses descendants qui portent, dit-fl, encore aujourd'hui son nom et ses armes.
Ces quelques pages tracées par la plume du docteur fïiepee sont vraiment des pages historiques qui (ont foi des traditions locale», des vieilles légendes montagnardes du Dauphiué, et établissent de père en fils, par la tradition orale comme par les actes, la filiation de ces Êgistes modernes, échappés en quelque sorte miraculeusement au massacre, à l'empoisonnement, à la destruction de tons les leurs.
lit la docteur Niepce rappelle que Voltaire émettait l'opinion que la maison de Romanow, qui occupe aujourd'hui le tr£ne de Russie, était isspe du sang des Huns, et il la rattache à celui de saint Etienne,
Il a, en outre, reproduit la légende séculaire de la dame blanche, de la dame esprit de fa four du Treuil; quoique son récit soit contraire a la vérité historique, il n'en a pas moins le charme poétique d'une tradition légendaire transmise a travers les siècles.
Cette légende avait déjà été traitée dans un esprit beaucoup plus conforme à la vérité historique par un écrivain local, M. Alfred de Bougy.
(6) Nous trouvons dan? un Essai historique et statistique très-remarquable, de
me surprit étrangement ; il avait tout à la fois quel~ que chose de loyal et d'insidieux; il m'était présenté par des hommes graves et en même temps par dea adversaires, des mauvais sentiment» desquels je ne pouvais douter.
Je me livrai à de nouvelles recherches, et acquis bientôt la conviction historique qu'au xm* siècle une grande partie de l'aristocratie cumaine était catholique, — peut-être même une fille de cette nation fut-elle l'épouse d'Etienne V, père de Ladislas, dit le Cumain(l); mais cette donnée ne repoussait pas l'argument que l'on m'opposait Je continuai à me liver à de nouvelles recherches ; des amis bienveillants me vinrent en aide, et bientôt je pus établir que sibvlla cumànà n'était nullement païenne, mais
M. Alfred de Bougy, sur l'ancien mandement d*Al!evard, lu i la Société statistique de l'Isère, i propos de rarrirée. i AUevard, d'an étranger qui épousa Guigone de la Chambre, un résumé très-bien fait de la véritable situation de Félix, que l'érudit écrivain termine par la déclaration que son récit repose sur des actes publics dont ï authenticité ne peut Mre révoquée en doute et Qu'il a jm voir et consulter dans l'ancienne Chambre des comptes du Dauphiné, Ces titres, dit H. de Bougy, dans un autre passage de son Essai, août contenus dans un gros registre, côté 41% Generalia et in Jesum-Christum, Ce volume fait partie d'une collection dont il importerait, ajoute-t-il, d'opérer le dépouillement entier. - M. de Bougy explique de quelle circonstance la rue et la place de Jérusalem» à Allevard, tirent leur nom. Nous avons découvert le mystère de ce nom, dit-il, en parcourant de vieilles lettres, « Les premiers Chanel de Hongrie prirent part » aux croisades et conservèrent en Dauphiné leur cri de guerre S Jérusalem* Ce » mot était gravé dans leur blason. Ajoutons que )a bannière de ces princes » déchus flottait dans la Tour de Chanel, située à Belleeombe, eu Plan-Chaneh » d la Tour du Treuil à" Allevard, et enfin sur les mure du logis qu'ils passé* » daient au sein du quartier, qui a conservé le nom de Jérusalem depuis cette » époque. »
(1) Ladislas Libidinis Moderator exiguus, dit Bonfinius ; il reçut le surnom de cumain, parce qu'il eut plusieurs concubines prises parmi les filles de cette province.
qu'elle appartenait à la famille des cumani ou ggmani, dont les chroniques vénitiennes disent : Ils vinrent de Slavonie ; ils étaient tribuns anciens, très-catholiques, de bonne conscience et bons serviteurs de Dieu.
Le nom est écrit indifféremment c ou g dans les chroniques et dans les auteurs. Cette famille s'éteignit, selon le P. Coronelli, en 1249,, et, selon d'autres, en 1282. Elle descendait en ligne directe et masculine, d'ALFjtED le Grand, roi d'Angleterre, auquel est due l'institution du jury, et dont l'abbé Millot dit, dans sa table chronologique des Éléments d 9 histoire générale : Qu'il est le prodige de son siècle avec Charlemagne.
Les Gumani de Venise, les Pepoli de Bologne et les Pepli ou Popli d'Allemagne sont de souche commune. — Voir le premier volume de la couronne de la noblesse d'Italie, par Pierre Crescenzi, narration XIX. .
Selon Crescenzi : Alfred le saxon, dit Alfred le Grand, qui régna dans les trente dernières années du ix e siècle (1), fut père d' Edouard, le continuateur de la race des rois anglais, et de Jacques, qui était* venu avec son père visiter les lieux saints de Rome, comme l'affirment divers savants écrivains anglais. A son arrivée à Bologne, Jacques tomba malade et fut obligé d'y demeurer jusqu'à sa convalescence ; — pendant ce temps, disent soit Crescenzi, soit
(1) De 871 à 90t.
divers autres écrivains, le roi, son père, étant reparti, et lui ke trouvant si bien dans cette agréable ville, se détermina à y rester; il prit pour femme une noble bolonaise et en eut cinq fils qui furent : Baudouin, l'auteur des comtes de Bologne en Picardie; Tégrino, duquel descendent les Popli ou Pepli, d'Allemagne (1); Piétro, le conseiller de la comtesse Mathilde; Albert, dit Pepolo, le fondateur des Pepoli de Bologne, et Gumano, qui alla d'abord en Dalmatie, et de là, en 950, à Venise: il fut si gracieusement accueilli dans cette ville qu'il s'y fixa et laissa une postérité, appelée d'après lui Di Gumani.
C'est ce fils de Jacques que Linda, dans sa description universelle, nomme par erreur Giumano. — Je signale cet imbroglio au savant M. Botka, qui peut-être l'ignore et sera sans doute heureux d'échafauder quelque argutie bien insidieuse sur cette erreur de Linda, — sans doute, tout bonnement, dans le principe, une faute d'orthographe de copiste, — ri pour u. — Quoi qu'il en soit, les armes des Pepolt, portées par les 1 Gumani, et jamais par les Grimani, l'autorité de Crescenzi ainsi que les vieux manuscrit détruisent, d'un commun accord, l'erreur de Linda (2).
(i) Crescenzi fait observer que pour cause de cette origine commune, les Popli ou Pepli de Bohême, et les Pepoli de Bologne, portent les mêmes armes et se disent parents.
(2) Je crois devoir reproduire inextenso le passage de l'ouvrage de Pierre Crescenzi auquel j'ai* fait cet emprunt. En faisant observer que l'auteur ne parle que des Cumani ou Gumani. — Il emploie
C'est donc en 950 que Gumano, fils de Jacques, petit-fils d'Alfred le Saxon, vint de la Dalmatie à Venise ou il s'assimila à la noblesse du pays et fit souche; l'un de ses fils, Pierre Cûmano, fut évêque de Concordia et reçut en 785 d'amples privilèges de l'empereur Othon III... En fouillant les manuscrits de cette époque on arrive à Pieîho Cumàko, sénateur de Venise, homme très-riche, et dont la fille Sîbylla
indifféremment le C ou le G — qu'incidemment et pour rendre plus complète sa narration sur l'origine de la famille Pepoli, à laquelle le chapitre est exclusivement consacré.
« Jpsorum virotutn, dit-il, regia origo ab mquè Brilaftnia repe- » tendaest, huius rei Anglorum chronicœ testes sunt.
» Asseriscono, graui autori, ed iis particolare Gualfredo Arturo, » che in lingua inglese hà dottamente Scritto le Gose délia sua » patria; chedeli'anno 872. Aluerdo, sesto rè d'inghilterra vennein » Italia per visitare i luoghi santi délia città di Roma, per riconos- » cere il Vicaxio di Christo, al quale era il suo regno tributario, el » Pricenerdaqueglilacorona. Agguingeegli, ctantialtei; chefrain » motti baroni dellacorte vi era Giovanni terzogenito del medessimo » Re, cher Infermatosi à Boiogna, od iui innamoratosi d'vna va- » ghissima, ed illustre donzella, con esso lei diede principio per » mezzo di vn santo matrimonio à la famiglia pepola ; la quale pi- » glio dipoi mirabile accrescimento per le personne di cinque suoi
* flgliûoli, che faro Alfcerdo, cognominato Pepolo, BAL&otJmo,
» CUMANO, TEGR1NO, e PlETRO etc. »
Alias: « Quœex Brilanniœ regibus or twnducit. »
• Alias, après avoir dit quelques mots de BALDOUINO, il ajoute : « CUMANO fralello di Baldouino passo co grandi honori nella Dal- » mazia; e venulo ad Venezia hebbe seggio tra i primi con tutta la » sua postérité chiamata dé Glarissimi GUMANI ; la quale conseruo » sempre l'armi dé pepoli di Bologna, ed havendo già conseguito n ogni honorato grado l'anno 4250. Hubbe fluo nella persona di ser » Anzolo ; o corne alcuni han detio ; ser Nicolo, Ganaliero honorato » di Venezia, iœpiego air Qilicio dé proueggi ; ctc<, etc. »
épousa André; ce Piétro eut en outre un fils, Akgelo Gumàno 7 dans lequel, d'après de nombreux auteurs, la famille Cumani se serait éteinte* Toutefois, on voit figurer encore, jusqu'en 4282, Nicolo Gumano remplissant des fonctions honorifiques
Je recommande à. mes contradicteurs la lecture du manuscrit : Il compidaglio Venetodd Gerolomo, A\essandro Capellarî. Biblioth, de Saint-Marc à Venise, n* VII, cod. XVI. — L'ouvrage de Capeliari est regardé comme le principal et meilleur code de généalogie vénitienne. Je déclare cependant que, de toutes ces chroniques il naît quelques confusions qu'on ne saurait expliquer d'une manière absolue sans l'acte de partage des frères Félix et Marc que j'ai reproduit et que réconfortent les obits conservés à Amiens et tous les actes subséquents. Mais, dans tous les cas, qu'on veuille bien le remarquer, ces confusions elles-mêmes n'infirment en bien la filiatioù des Crouy-Chanel comme descendants d'Àrpad soit par André, fils d'André II, soit par André III, son petit-fils*
Quelques auteurs parlent de Marc, chef de la branche éteinte depuis plusieurs siècles, des Crouy- Chanel de Picardie comme fils d'André, lequel André est désigné par eux comme le plus jeune frère de Bêla, successeur au trône de Hongrie, c'est-à-dire Bêla iy (1); donc cet André eût été iils d'ÀNDRÉ n et ne serait pas André m.
(1) « Natu minimum Bêla fratre primo genito et in regno succes- » sore apud Veûetos perfugium qoeesivisse ibiqoe uxorem
11 faut remarquer que ces mêmes auteurs font unanimement venir ce Marc en Picardie , ce qui réconforte lacté de partage du 9 février 1282, entre Feux et Marc, la quittance réciproque que les deux frères se donnent le 27 avril suivant, l'acte de donation faite au chapitre d'Amiens en 1284 par Marc avec la ratification de Félix son frère aîné, et enfin Vobit de Marci Hungarlë filii (natu) minoris illyptris principis Andrje Hungariœ et Domine Sybille
CUMANE VENETARUM.
Mais cet André ne peut être le frère de Bêla IV, puisque, en 1279, dans le traité entre Félix et les habitants du Mandement de Brastole, Félix parle de son père André, dit Crouy-Chanel, son prédécesseur et père, digne par son grand cœur de son royal aïeul (Magno corde digno ab Avo suo regio) ; et ici il n'y a pas douter il ne peut plus y avoir confusion, car nous lisons plus loin : Acte f uerunt hsec apud Brastolenum super venerandum simulachrùm régis AndreaePROAvi; or, André II n'eût pas étélePROAVus (bisaïeul) de Félix et de Marc, si Félix et Marc eussent été fils d'André, dernier fils d'André IL
Enfin, dans l'acte de partage du 9 février 1282, les frères Félix et Marc se disent fils d' André le vénitien et petit-fils d'ETiENNE. — Ils établissent leur filiation, leurs droits aux terres et lots qu'ils partagent. — Ils parlent de la concession (concesserit)
» duxisse Sibillam Pétri CUMANI, senalori Veneti, opulenti viri gna- » tain aqua nalus MARCUS, etc., etc. »
qui leur a été faite par leur père, André le Vénitien, et ils jurent de demeurer unis à tout jamais, sur les saints évangiles ef par Tâme sainte et terrible de leur bisaïeul, l'illustre roi de Hongrie André — Per animant sanctam et terribilem illustris régis Hungariœ Andrée peoavi dictorum dominorum fratrum. Ici la confusion cesse, le doute n'est pas permis, d'autant plus que cette même phrase se retrouve dans l'acte de quittance réciproque du 29 avril suivant.
Cette confusion, du reste, a été signalée, il y a deux siècles, dans un travail très-loyal et très-remarquable inséré par Imhoff dans son grand ouvrage intitulé : Notitia S. Rom. Germanicilmperiiprocerum, JacobiWilhelmiImhofiiStortgardi8B,annoMDCXCIX.
Après avoir adopté la version qui fait Sibylla- Cumana épouse d' André frère de Bêla IV, il reproduit la version qui lui donne André III, dit le vénitien, pour époux, version adoptée par Bonfinius et reproduite dans les décades historiques des rois de Hongrie (Reg. Hung, dec. II, init.lib. IX.)
Enfin j'ai déjà indiqué moi-même cette confusion dans mon étude : Les Fils d'Arpad, 2 e édit., p. 116, en parlant de cet André, trère de Bêla IV et fils d'André II, en disant : a André, qui fut fiancé : i° avec » Marie, fille du duc d'Halicie Micislas ; 2° avec la » fille deLivoN, roi d'Arménie. — Cet André ne fut » point marié \ était mort avant Bêla IV et n'a point » laissé d'enfants ; et comme on trouve de toutes » parts des confusions entre André H, cet André et » André III, il est très-possible que ce soit cet André, » troisième fils d'André II, qui est mort en 1S55. »
Aujourd'hui, j'ajoute que le fait le plus surprenant, c'est Y unanimité qui existe entre tous lesécrivains qui établissent, sans conteste, la filiation des frères Félix et Marc die SIBYLLE GUMANÀ et d'un ANDRÉ DE HONGRIE et les font se réfugier en France.
Plus on approfondit cette discussion, plus la vérité se fait jour, et plus la certitude de cette filiation devient indubitable pour tout esprit qui n'obéit pas à un parti pris de nier l'évidence.
L'existence des fils de Sibylle Ccmana est un fait acquis en dehors des preuves françaises ; les preuves françaises ne font que l'affirmer, la confirmer et, en quelque sorte, la coordonner.
Revenons aux Crouy d'Allemagne, d'Havre, de Solre, etc.
Au xvf siècle, l'opinion générale en Europe était qu'ils descendaient de Marc, issu des anciens rois de Hongrie; il s'élevait bien quelques doutes en France, où les affaires de Picardie étaient mieux connues; mais leur immense fortune, leur position princière et la faveur dont ils jouissaient en Espagne, dans les Flandres, en Allemagne et même à la cour de France, imposaient silence aux éplucheurs d'origines.
Il a fallu le procès intenté et soutenu en France entre les Croy d'Havre et de Solre, dune part, et le comte de Crouy— Chanel, ex-chambellan de l'empereur, d'autre part, pour que la situation des deux familles ait été définitivement fixée, et que la propriété du sanguis regum hungarle soit restée aux
Crouy-Chànel, A L'EXCLUSION DE TOUS AUTRES.
M. Botka ne devrait pas ignorer que ce procès fut intenté par le comte de Crouy-Chanel, et nullement par MM. de Croy de Solre et d'Havre. Qu'il lise les pages 28, 29, 30, 31 et 32 des Fils dArpad (2 e édition), et il ne commettra pas l(i bévue de citer à faux.
J'ai étudié cette discussion sans passion, et ma conviction profonde est, qu'à cette époque et au début du procès, les adversaires de MM. Crouy-Ghanel étaient de bonne foi ; mais il ne pouvait en avoir été de même de quelques-uns de leurs aïeux primitifs, et il n'en fut pas de même plus tard pour leur propre compte ; je peux affirmer, preuves matérielles en main , que M. le prince de Solre ne fut point étranger à la rédaction des articles insérés dans la Gazette des Tribunaux; je pourrais dire de quelle plume ils sortaient et en quels termes M. le prince de Solre avait accrédité leur auteur auprès de mon compatriote et condisciple Darmaing; toutes les lettres de M. le prince de Solre n'ont pas été détruites; il en figure dans la collection d'autographes que je possède de plus significatives qu'on ne pourrait le penser (1).
(1) Au XVI e siècle, le duc d'Arscot portait la conviction et l'orgueil de la prétendue origine de sa famille à son plus haut période. Fier d'être du sang d'ARPAD, il fit rechercher toutes les preuves qui rattachaient ARPAD à Atila, et puis ce grand chef, cet illustre guerrier, à Nembroth; de Nembroth à Noé, la filiation était toute établie par la tradition de la Genèse, ainsi que celle des onze générations qui constituent l'histoire biblique de l'humanité d'Adam à Noé (Noab).
Bientôt le duc d'Arscot fut convaincu que, Seul au monde, il pou*
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Changeons de terrain et abordons sans détour les articles plus délicats, ceux qui sont descendus à la
vait se dire chef d'armes de la race d'Adam (prétention partagée par les Eslerhasy ) ; ç/est-à-dire que, seul au monde, il descendait d'Adam, toujours de père en fils, en ligne directe et masculine, sans aucune intersection; et l'on pnt lire à Haveley, près Louvain, .dans Péglise contiguë à la cénobie des Célestins, la généalogie adamiste des Croy (c'est-à-dire depuis Noé), gravée sur des tables de marbre. La filiation depuis ALMUS, père d'ARPAD, jusqu'à André Itl, appartient à l'histoire de Hongrie; le qui genuit en est indiscutable ; mais le duc d'Arscot et ses savants historiographes avaient tenté de porter le flambeau dans la nuit des temps, et on lisait :
Almus ex Elendo (Elôd-Eldôd ;
Elendus ex Vegeco (Ugek) ;
Vegecus ex Eudo (Edô) ;
Ëudus ex Ghaba ;
Chabas ex Atila ;
Atila ex Bendecuso (Bendeguez ou Mouudzouk);
Bendecusus ex Turda ;
Turda ex Stemene ;
Stemenes ex Etheo ;
Etheus ex Ope ;
Opus ex Cadica ;
Cadica ex Berendo;
Berendus ex Bulcho ;
Bulchus ex Balugo ;
Balugus ex Zambure ;
Zamburex Lechele;
Lechel ex Leuenta ;
Leuentas ex Chulcha ;
Chulchas ex Ompude ;
Ompudes ex Misce ;
Misces ex Mica ;
Micas ex Bezture ;
Beztur ex Ruldo ;
Ruldus ex Ganado ;
Canadus ex Bucene ;
Bucenes ex Bondosardo ;
Bondosardo ex Sarcante ;
personnalité, aux attaques directes, diffamatoires ou calomnieuses.
Sarcans ex Othmare ;
Othmar ex Radare ;
Radar ex Belere;
Bêler ex Cheare ;
Chear ex Cène ;
Cènes ex Cheledo;
Cheledus ex Dama ;
Damas ex Bora ;
fioras et Hunore;
Hunor ex Nembrotho;
NEBROTHUS ex Chuse;
Chas ex Champ;
Champ (a) ex Japheth (Jepheth) ;
Japheth Denique ex Noê (Noah) natus est.
BONFINIUS ajoute, avec un bon sens et une naïveté admirables :
« Genealogiam hanc un de scriptores annalium vogaricorum expiscati fuerunt, nisi ant commenta ediderint, aut à majoribus per etates ad posteriornm cognitionem ista pervenerint, nondum compertum habeo; priscarum fortasse more gentium, parentes ista liberis per succedentia secula tradidere quemadmodum de Longobardis supra retulimus. » (Longobardorii habitus et mos., pag. 46 et 449, reg.hung.)
Cette excentricité héraldique n'est pas la plus fabuleuse dont les auteurs aient conservé le souvenir; on lit dans l'ouvrage d'Imhoff, déjà cité, les lignes suivantes :
« Familia nobilis Pisaurorum apud Verfetos in quorum prœdio, quod inter urbem et Tarvisium situm est. Vidi arborem gentis hujus genealogicam, quœ stirpi suœ satorem ostentat JOVEM optimum,