‹ Les droits historiques du français dans l'ouest canadienChapitre 4 sur 4 · partie la population non-aborigène, maïs simplement entre les direc · texte numérisé non relu

partie la population non-aborigène, maïs simplement entre les direc

teurs de maisons de commerce, des Ecossais en général, et leurs em- : plorés, les premiers se-seraient servis, au moins dans leurs écrits, de

noms anglais lorsqu'ils avaient à pnentionner des Indiens.

Or c’est tout le contraire qui. arrivait. Notant dans leur langue maternelle les mille petits faits divers qui agrémentaient chacune de leurs journées, ils n8 manquaient jamais d’avoir recours à celle des Canadiens quand il s'agissait de désigner quelqu'un de ces aborigènes avec lesquels Ecossais et Français étaient en contact journalier. Quelle meilleuré preuve pourrait-on désirer pour montrer quel’idiome des derniers reléguait alors dans uné obscurité absolue celui des premiers? À coup sûr, rien ne ‘pouvait porter ceux-ci à :donner des noms français aux Indiens si ce n’est le désir d’être compris de, tout le monde en se conformant à une pratique universelle...

. Dans le même nombre de pages qui nous a fourni ïes noms de lieu susmentionnés, nous trouvons, pour ne citer qu’un seul auteur, des noms de personne ffançais comme le Bras Court, la Petite Coquille, le Gros Bras, Folle Avoine, Gros Blanc, le Vieux Folle, Avoine, le Grand Noir” le Vieux Collier, ete., émaillant comme d'habitude des pages anglaises. | . ,

Un jour le traiteur énumère lés chefs qui {l'ont visité. lis ne por tent point des noms anglais, même parmi ses propres nationaux, et il.n’essaie point de traduire -ceux sous lesquels ils sont généralement connus’ des blancs; mais il abandonne un moment son anglais pour les appeter Le Grand, l’Aïle du Corbeau, le Capot Rouge et le Chef des Enfants dans la langue de Molière. Le lendemain il rapporte—

7 en anglais, bien entendu—que la Terre Grasse—en français—a eu le uez coupé par le Muffle d’Orignal; un autre jour que la Petite Grue

a poignardé l’Hiver, ou que la Grande Gueule a fait six blessures à la,Perdrix Blanche, etc.

Conçoiït-on la possibilité de la langue anglaise ayant- quelque cours dans société dont les esprits dirigeants se croient. obligés des £iter à tout bout de champ des noms si français dans les écrits anglais? Et ne pas oublier que ces exemples ne sont pas le fait d'un : original, mais:qu ‘absolument tous les écrivains alors dans la même situation qu’Alexandre Henry nous en fournissent autant que nous pourrions en désirer. Bien que l'anglais ou le gaélique’ fût leur langue maternelle, ils étaient si familiers avec le français qu'ils prenaient plaisir à en agrémenter leurs écrits, et l’à à propos des phrases ou, bouts de phrases qu'ils citent prouve jusqu’à 1 évidence que notre langue n’avait point de mystères pour eux,

Que dis-je? Cette connaissance du français était si remarquable qu’elle influait même parfois sur leur anglais. Par exemple, l’un d’eux, le même Alexandre Henry dont nous avons reproduit les nom-. breux noms propres français qu'il mentionne, tombe dans un canadianisme non déguisé lorsqu'il parle d’ un quart de mille de ‘‘strong

qui “nomme” un enfant, se servant ainsi, sans y prendre BRRSQURE NS

wood,” équivalent littéral de l'expression canadienne ‘‘bois fort,” ou dense forêt.* Duncan Cameron, traiteur de la même époque, em- . ploie de son côté le verbe ‘‘to baptize,’” même relativement à un païen

manière de parler propre aux gens de langue française.f à

Bien plus, nous trouvons un gallicisme aussi bien conditionné « / que possible dans le journal de James MeKenzielorsque ce commer- : cant nous représente un Canadien-qui, sous. l’influenee de la boisson, + a ‘‘began to make the man,”’# c'est-à-dire se mit à faire f'hoinme, | phrase qui, en dépit de ses mots anglais, serait parfaitement inintelli-

gible à un Anglais qui ne sait pas le français. .

?* Un quasi-homonyme de ce traiteur, Roderick MeKenzie, va même

encore plus loin, Il n'hésite pas à se forger de toùtes pièces un mot

à finale anglaise, mais de charpente française, montrant par là qu’il

pensait en français lorsqu'il écrivait qu'il visitait ses pièges ‘‘after , debarbouilling son visage.’’$ (sic.) |

.… Quant aux expressions purement françaises qui pullulent dans les

livres, lettres et journaux des traiteurs de fourrures dans l'Ouest,

elles sont simplement innombrables. Je suis déjà entré dans tant de . détaïls concernant les noms propres qu'ils citent que je n’ai pas le - LT courage d’en faire autant pour ces mots et ces bouts de phrases dont . ils paraissent si friands. Il faut pourtant quelque chose pour former LT à l'esprit du lecteur comme un tableau fidèle, et lui montrer l'empire qu’exerçait alors notre langue sur ces écrivains anglais. On trouvera done en notef ceux qui émaillent le premier volume de Ross Cox, lequel eorrespond à peine à 150 pages du présent ouvrage. Si je néglige le second, c’est qu’il en contient un trop grand nombre

pour être reproduits ci-dessous. ‘ ‘

: Et ne pas oublier que la connaissance du français était alors d'une diffusion si générale dans l'Ouest et ailleurs, que cet auteur ne croit nullement nécessaire, ou même opportun, d’en donner l’équiva- De lent anglais. Le français n’était-il pas alors la langue universelle?

Bien plus, p. 336, second volume du même ouvrage, Cox ne nous donne pas moins de six lignes françaises sans la moindre traduction. Et ce n'est point là un cas isolé. D’autres auteurs du temps comptent . autant sur la culture de leurs lecteurs et les croient aussi familiers avec. cette langue de la civilisation internationale, qu'ils entendaïent parler de tous côtés. ‘

* “Journal,” vol.s1, pt 88. : . es f Les Bourgeois di Nord-Ouest, vol. IT, p. 262. - + Ibid, ibid., p. 399. ” ; ° une 8 Ibid., vol. I, p. 33 ' .

Î Egarements — prévoyance-—en passant—mitasse—paysanne-habitants-—engagés, bateaux—ennui—mélange--brochettes —"chicots — soufflet—garde-vin— flambeaux—coup d'œil —sang-froid < chère amie—-belle brunette — bonnes choses-—la Trappe— Sainte Vierge—Le voilà—A l’anglaise—sans permission—la chaudière—bonjour, père —les Nez Percés—cap à pié—aide-de-camp—les daîles—merci, mon fils—-comme ‘un volisson—enfant de chienne—chemise: de cuir—ruse de guerre—sauve qui peutscompagnon dé Voyage—gardes du corps—sur le champ-—hors du commun—la maudite rivière cnrsee ie compagnon de voyage—oh! mes amis, il est trouvé—Les sauvages nous fièchéfht—à la mode du pays—tripe de roche. ”

Avee les années, la langue française et l'influence qui en découlait ne firent que s accroître, surtout dans l’Ouest du Canada, En sorte que les actes solennels de 1867 et de 1870 ne furent en quelque sorte que la consécration d’un état de choses qui existait depuis Jongtemps.

res.

Mais à quoi bon‘appuyer sur les droits historiques du français au Canada, lorsque nous avons dans les pages qui vont suivre un exposé si lumineux, si convaincant parce que très circonstancié, de la question tout entière? ‘‘Le Sang Français,’ voilà un. synonyme heureux de ‘‘La Race Française, ’* titre sous lequel M. A.-H. de Trémaudan a groupé les-conférences patriotiques qu'il a données devant divers auditoires de Winnipeg et dé Saint-Boniface, pendant ces temps périlleux si propices à la réception d'idées nobles et généreuses. L'auteur avait fait une bonne œuvre en donnant ces conférences ; il en décuple aujourd’hui le mérite en les offrant au grand public par l’intermédiaire de la page imprimée. >

‘Son horizon ne se borne point à l'Ouest canadien. L'Est et les L

points les moins généralement connus de son histoire attirent son attention, provoquent ses recherchés et lui suggèrent des aperçus

‘nouveaux. Bien plus, voulant étudier le ‘‘sang français”” jusque dans sa source la plus pure, il quitte momentanément le Canada et, refaisant en sens inverse la route qui nous amena Cartier et Champlain, il pénètre jusqu’en France, dont il examine minutieusement le caractère à la lumière de ses faits et gestes les plus modernes, offre à notre admiration ce modèle des plus nobles sacrifices qu'est la femme française, et venge l’une et l’autre des accusations imméritées que d’aucuns n’ont pas craint de leur lancer à le figure.

Du reste, notre auteur n'en est pas à son coup d ’essai en fait de publications. Après avoir fondé et dirigé à la satisfaction de tous le premier journal du Pas, Man, il fit paraître il y a trois ans un livre intitulé ‘‘The Hudson Bay Road, * qui reçut le meilleur accueil de la presse compétente du pays. Le fait que cet ouvrage était en anglais—et je crois pouvoir dire en excellent anglais—devrait être, à lui seul, des plus significatifs.

Si, en bon fils de Français qu’il est, en chercheur insatiable, véritable érudit et jurisconsulte averti, M. de Trémaudan prône maintenant les droits de sa race,et de sa langue au Canada, ce n’est pas l’ignorance du parler des nouveaux-venus qui le pousse à agir ainsi. Il sait infiniment mieux l’anglais qu’une foule d’Anglais, surtout

d’Ontariens; mais c’est un esprit droit, qui recherche avant tout la justice et la vérité historique. Or cet amour de la justice et de la vérité historique l’empêche de se tenir coi lorsqu'il est témoin des assauts livrés à l’âme de sa race, c’est-à-dire à sa langue, par des hommes publies sans respect pour les dioits d’autrui, trop ignorants et

pas assez progressifs pour savoir un mot d’uñe autre langue que” la"

leur.

* Londres et Toronto, 1916.

eee

S'ils étaient des gens cultivés, ils sauraient pourtant que, de iñême que tout homme a deux patries, la sienne et puis la France, ainsi ne peut-on imaginer une personne accomplie sans la connaïissance du français, la langue diplomatique sous tous les cieux et, en bien des circonstances, celle de la bonne société dans l’Amérique latine aussi bien qu’en Russie et dans tous les centres européens.*

‘ S'ils avaient de réelles aptitudes pour le gouvernement des hommes, ils se rappelleraient la déelaration d’un des plus grands hommes

‘d'Etat de leur race au Canada, à savoir que ‘‘il n’y a pas de race * dominante en ce pays, il n’y a pas de race conquise; en toutes ma-

tières, langue; religion ou personne, les sujets britanniques possèdent des droits égaux.” L

S'ils étaient des gens pratiques, et éclairés, au lieu de jouer le rôle d’ éteignoirs, comme ils l’ont fait jusqu “ici, ils souscriraient sans reserve à la principale conclusion d’un rapport récemment émanéd’un comité parlementaire de la vieille Angleterre, et qui se lit comme il suit : ‘Non seulement le français est la langue des relations diplomatiques, mais, dans les pays où l'anglais ne s’est pas encore établi,

‘ c’est la langue que l’on emploie ordinairement comme langue inter-'

médiairé entre personnes de nationalités différentes. . . À tous les points de vue, le français est pour nous, surtout, la plus importante de toutes les langues vivantes; il a et doit garder la. première place dans toutes nos écoles et nos universités.” Li Souserivant à pareille déclaration, qui, après tout, n’est que l’expression d’une vérité bien conmue et universellement admise en Europe, nos gouvernants ne pourraient que protéger et encourager

.l’étude de notre langue, au lieu de l’entourer de toutes sortes de me-

‘surés prohibitives et vexatoires, sinon de la proserire complètement.

Les italiques ci-dessus sont du soussigné, qui fait des voeux ardents pour un prompt retour chez nos hommes publics d’origine nonfrançaise au bon sens, au vrai patriotisme, non moins qu’à la reconnaissance des droits de--justice et de la plus vulgaire équité. Il espère, en outre, que ce nouvel ouvrage de M. de Trémaudan pe con-

tribuera pas peu à la réalisation de cet idéal.

. Dans tous les cas, que les petits-fils des héros qui découvrirent,

. explorèrent et habitèrent les premiers ce pays ne cessent de se'rap-. . peler la parole de Ronsard: ‘C’est un erime de lèse-majesté d’aban-

donner la langue de son pays,” et cette autre du grand philosophe qu'était de Bonnald : ‘Tant qu’un peuple n’est envahi que dans son

territoire, il n’est que vaineu ; mais ‘s’il se laisse envahir dans sa

langue, ile est fini.”

* Lile est, on le sait, officiellement reconnue dans les îles de la Manche,” dans l'ile Maurice, etc., pour ne: parler que de l'empire britannique. ne Sir John-A. Macdonald. . n

"A.G. Morice, OMI

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