PROPOS DE VIEUX PAYSAN MALADE
Chez un docteur des plus fameux,
Le paysan Guillaume, un matin, se présente;
La démarche est toute tremblante,
Il a des larmes dans les yeux.
« Voyons, dit le docteur, pas de peur ridicule;
« Qu’avez-vous ? Dépêchez, vous voyez qu’on m’attend. « — Ce que j'ai 1 lui répond Guillaume, en hésitant.
fistule.
« — Allons, vite, en deux mots. — Docteur, j’ai la
[Comment,
« — Ah I déshabillez-vous. — Plaît-il? — Vite. — « Que je me déshahille? — Eh bien, assurément!
« Comment voudriez-vous... Otez-moi votre veste.
[reste.
« — Hein! Eh! quoi, ma veste? — Oui, le gilet et le « Le reste? — Oui, sans doute. — Aussi le pantalon? «c O est drôle tout de même. — En finirez- vous?... Bon I
« Maintenant, avancez. Mettez là votre tête « Au fond de ce fauteuil. Très bien, comme cela,
« Le reste en l’air. — Qtie j'dois avoir Vair bête,
« Se dit le paysan, dans cette pose-là! [brute,
« — Levez votre chemise. — Ah maïs non! — Triple « Fais ce que je te dis. Guillaume s’exécute.
« Maintenant, procédons.,. — Ma/ç vous me farfouillex,! <( — Te tairas-tu, misérable imbécile !
« — ^ Mais vous me chatouille^!
« — Te tiendras-tu tranquille ! »
Et d’un index intelligent Tout à son art et sans scrupule,
Il examine à fond le pauvre patient :
Mais il a beau chercher, pas la moindre fistule.
Il prend sa loupe, il tâte encor. « Mais tu n’as rien ; « Que viens-tu me conter, drôle? — Je le sais bien,
[Toi, sans doute I
« — Te moques-tu de moi? — Moi, bon Dieu / — « — Excuse:^, docteur, mais vous faites fausse route,
Dit Guillaume, toujours le nez dans son fauteuil,
« Ce n’est pas au c..., c’est à l’œil! »
Louis Monrose.
(Silhouettes coniemporames') (i).