RAISONNEMENT D’UN GOUTTEUX
Sur peine de la goutte, un médecin m’ordonne De quitter l’usage du vin.
Mais loin de renoncer à ce jus civin,
J’achève de vuider ma tonne,
Laquais, vite à grands flots, remplis-moi ce cristal : Si le vin engendre la goutte,
Boire jusqu’à la lie est le secret sans doute De tarir la source du mal.
NOUVELLES A LA MAIN
Chez le peintre M...
— A dimanche, dit l’artiste en congédiant son modèle.
— - Dimanche, monsieur, impossible.
— Ah! c’est juste, vous allez à la campagne» Hé bien, je paie double séance si vous venez-.
— Impossible, parce que le dimanche, ma femme et moi, nous avons l’habitude d’aller voir grand-père, qui était modèle, comme mon père et moi.
— Ah ! c’est très bien, la piété filiale, le respect des parents... Et votre grand-père exerce-t-il toujours?
— Pauvre cher homme ! il ne pose plus comme autrefois... mais il rend encore de grands services à l’art, allez.
— Qu’est-ce qu’il fait?
— Il est squelette au Muséum. (Le Voltaire.)
Berthe s’est donné un coup terrible dans l’endroit le plus... charnu de sa grassouillette personne. Elle va consulter le docteur C...
— Est-ce que ça se verra, docteur ?
— Ça dépendra de vous, mademoiselle.,
Cueilli dans un prospectus relatif à l’emploi d’un biberon nouveau modèle, dont l’inventeur espère d’excellents résultats :
«... Lorsque l’enfant a fini de teter, il faut le dévisser soigneusement et le mettre dans un endroit frais, par exemple sous une fontaine. »
Le Client. — Docteur, je suis un nègre très malade, j’ai les nerfs dans un état déplorable; je suis mélancolique.
Le Médecin. — Nègre et mélancolique? Alors vous devez voir tout fameusement en noir.
* üc
Le docteur A..r, un de nos chirurgiens les plus éminents, est en proie, depuis quelque temps, à une sorte d’hypocondrie.
— C’est étonnant, disait -il l’autre jour ? un ami, je suis toujours triste, je n’ai de goût rien... je n’éprouve même plus de plaisir couper un bras ou une jambe.
On cause dans un café de la Cannebière des progrès de l’art de la rhinoplastie.
— Oui, mon cher, dit un des assistants, Tartarin, qui parle du nez, avait eu cet appendice coupé en Tunisie, et le docteur lui en a rajusté un. Seulement, c’est le nez d’un Arabe, de sorte qu’il parle turc !
Avis au public, -affiché à la porte d’un établissement de bains à X... Ville :
« ... Si c’est une femme qui est en dangei de se noyer, on doit la saisir par ses vêtements et non par ses cheveux, qui se détachent généralement. » •
Un ancien chirurgien militaire, qui est rentré dans le civil, disait dernièrement à un de ses malades, au moment de Toperer :
« Oh! ce n’est pas pour dire, mais je ne voudrais pas être à votre place pour cinquante mille francs ! »
Un médecin des morts, rentrant chez lui après une fructueuse journée :
— Bonne réussite aujourd’hui, ma chère femme, si tu nous faisais un petit plat sucré?...
(Le Petit Moniteur de la Médecine.')
CONCOURS DE L’INTERNAT (i)
Air : Le roi d’Yvetot,
Ouï, c’en est fait, je suis reçu;
Mon étoile l’emporte,
Et Dubost a pour moi conçu L’estime la plus forte.
La fortune enfin me sourit :
Me v’Ià d’venu son favori Chéri.
Ah! ah! ah! ah! oh! oh! oh! oh!
Respect à l’interne nouveau Oh! oh!
(i) Pot-pourri chanté au banquet de l’Internat en médecine, fe 2 mars 1855.
Air : Toto caralo.
Faut que j’vous cont’ l’iiistoire Du temps que j’ai passé,
Tracassé
Du désir de la gloire,
Et me disant : jamais Désormais,
Jamais je n’arri... {Us)
Jamais je n’arriv’rai.
Oh ! qu’c’est donc bon (his)
D’être débarrassé.
Air de Jenny Vouvrière,
Voyez là-haut cet hôpital antique.
Où les blessés à l’envi vont guérir;
Chaque matin une voitur’ publique M’y transportait sur l’aile du zéphir.
Le conducteur disait d’une voix hère :
« C’est un docteur content de peu;
Il pourrait bien être illustre, et préfère Cochin à l’Hô. .. à l’Hôtel-Dieu. »
Air d' Arlstippe.
Il me fallut quitter cette Capoue,
L’heure fatale avait eiihn sonné.
Le cerveau vide, et les pieds dans la boue,
Vers le parvis je m’suis acheminé ;
Sur le trottoir ondulait une masse De jeunes gens qui mangeaient des marrons ; Je leur criai : « Je viens prendre ma place, Vieux candidat, respectez mes chevrons. » (his)
Air : Larijla, fia, fia.
Nous arrivons d’abord dans un amphithéâtre Où l’on ne vit jamais le marbre ni l’albâtre.
Sept juges composaient le docte tribunal;
Dubost au milieu d’eux brillait comme un fanal. Lari ha fla, etc.
Air de Récîtailf.
t ^Approchez, mes enfants ; cette heure est solennelle, Qui vous assemble ici sous ma main paternelle, »
S’est écrié Dubost, de sa voix de fausset ;
Puis il ajoute encore, en ouvrant son carnet :
Air : En Secrétaire irréprochable,
« En secrétaire irréprochable,
Avant qu’l’appel commence ici,
Je dépose sur cette table Les six questions du jury.
A son tour chacun doit répondre Et puis descendre sur ces bancs; C’est l’seul moyen d’n’ pas confondre Les présents avec les absents. »
Air de Roger Bonfemps,
Pour la première épreuve On tir’ la question.
Elle est de Maisonneuve :
Quell’ bénédiction !
On donn’ la surveillance A Monsieur Désormeaux.
Gai ! montrons not’ science Sur la structur’ des os.
Air : La Marseillaise,
Robuste espoir de la méd’cine,
Le jour de gloire est arrivé;
Il faut invoquer Mnémosyne.
Que V Périoste soit enl’vé ; (bis)
De la Nécrose, avec prudence,
Dites la cause et les effets ;
Je vous garantis le succès.
Car vous s’rez tous en récompense.
Internes, citoyens !
Récitez Nélaton.
Allez, allons !
N’oubliez pas vot’ nom ni vot’ prénom,
' Nom de nom 1
Air : La Lorette (nadaud).
Mais voici l’heure,
Dans leur demeure,
De relancer les membres du jury.
Je dois remettre CJn’ petit’ lettre
A ce Monsieur joufflu, gras et fleuri.
Je sonne, on ouvre, et quel effroi m’agite!
Dans le salon je vois vingt candidats.
Tous, comme moi, venus faire visite,
Et tous portant loyaux certificats.
Mais chez un autre,
En bon apôtre,
Dans un coupé j’arrive le premier.
Il est sévère.
Comment lui plaire?
De compliments je m’en vais l’ennuyer.
c C’est vous, monsieur, qui voulez' être interne? Travaillez donc, et vous serez heureux;
J’ai fait ainsi, lors que j’étais externe ;
Car la faveur est sans prix à mes yeux.»
Puis il m’indique.
D’un air tragique.
Sans se lever, la porte et l’escalier.
Un autre, affable.
D’un air aimable.
Fort poliment m’invite à m’expliquer.
c Bonjour, Monsieur; j’aime votre figure,
Vous me plaisez, et je vous pousserais.
Mais j’dois voter pour la candidature D’un concurrent qui me touche de près.»
De gueue lasse,
Je quitte la place,
En maudissant et juges et concours;
Car, en voiture,
Je vous le jure,
V argent de trente jours.
Ata : A bme ! à boin ! à bom i
«r Silène’ silène’ silence,
C*est la lectur’ qui commence, »
Disent les jug’s, « nous écoutons;
Les meilleurs points pour les plus longs I »
Air : Au clair de la Lune,
« Au clair de la lampe.
On n’y voit plus clair ;
Il faut qu’j’ décampe Et me pouss’ de l’air, »
Disait chaque membre,
Quand six heur’s sonnait.
On quittait la chambre.
Et chacun dînait.
Air : Malbrough s'en va Ven guerre,
La lectur’ terminée.
Mironton, ton, ton, mirontaine,
La lectur’ terminée.
Il s’agit de parler, [ter')
Dans une salle basse On fourr’ les candidats, (^^r)
J’ai lu dans Monsieur Dante Les supplic’s de renier;
Les toftur’s qu’on y enJu/e,,
Auprès ne sont qu’un jeu.
Le candidat s’avance,
Tenant sa montr’ d’un’ main.
Tenant d’im’ main sa montre.
De l’autre son papier.
« Vous avez la parole, »
Lui dit le président.
A la première phrase,
Il lui faut s’arrêter...
Au bout de dix minutes,
La parole lui r’vient.
Un autre lui succède.
Et c’est toujours ainsi.
Air : Le Fleuve de la Vie.
Un jug’ qui dormait d’un bon somme,
Tout à coup s’éveille surpris :
« Ce candidat, dit-il, m’assomme;
Pour être just’ j’lui marque six.
Tout marche vraiment à merveille,
On est content de nos travaux ;
Mais il faut que je dis’ deux mots Au secrétaire qui sommeille : » (Us')
Air : Contentons-nous d'une simple houteille,
« Monsieur Dubost, il est bientôt six heures; Pour ces messieurs, c’est l’instant de diner. Songez-y donc, pour gagner nos demeures Il faut du temps, nos cochers vont grogner. Donnez-nous vite un jeton de présence :
Ventre affamé ne jugea jamais bien;
Monsieur Dubost, un peu de complaisance,
Pour le Jury montrez-vous bon chrétien. » (lis)
Air : Il pleut, U pleut, Bergère.
Au bout de chaqu’ séance,
Montaient jusques aux cieux Les cris de r’connaissance Des candidats heureux,
Tandis qu’ceux qu’la fortune Frappait injustement,
Montraient, pleins de rancune,
Le poing au firmament.
Air de la Petite Gouvernante.
Je pourrais bien raconter les souffrances Et les tourments de tous les candidats.
Chanter le jour si beau des récompenses Pour les vainqueurs dans ces nobles combats; Mais le récit de cette autre Iliade Exigerait et des jours et des nuits.
Le bon Homère en tomberait malade.
Et Virgilius ne l’eût pas entrepris (bis).
Dr Émile Tillot.