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LES SUITES D’UN EMPOISONNEMENT

Ces jours derniers, dans l’après-midi, on vient chercher précipitamment un médecin.

— C’est pour ma maîtresse, monsieur, lui dit une petite bonne fort émue... Elle vient de s’empoisonner, de s’empoisonner par amour. Venez vite, monsieur, venez vite.

Le médecin trouva étendue sur un grand canapé bleu ciel une jeune dame blonde, empoisonnée en effet, mais très peu, aussi peu que possible. Il la tira d’affaire très facilement.

Un monsieur, le lendemain, se présente chez le médecin.

— Vous avez bien voulu hier donner vos soins à madame Z***. Je viens vous remercier et en même temps vous apporter...

Il dépose sur la cheminée une petite papillote de cinq louis... Puis, pendant que le médecin le reconduisait :

— Pauvre femme, lui dit-il, on lui avait dit que j’allais me marier... alors le désespoir, elle me l’a avoué tout à l’heure... Enfin, c’est pour moi, monsieur, c’est pour moi qu’elle a voulu mourir. ..

Le lendemain, chez le médecin, visite d’un second monsieur, et absolument le même discours avec une légère variante :

— - Pauvre enhmt... c’est à cause de moi... Elle m’a trouvé froid dans ces derniers temps. Elle a cru que je ne l’aimais plus... et alors perdant la tête... Elle vient de tout me raconter à l’instant... Par bonheur vous êtes accouru... et vous l’avez sauvée. Croyez, docteur, à ma reconnaissance, à mon éternelle reconnaissance.

Par là-dessus nouvelle papillote, plus sérieuse, de dix louis, celle-là. Craignant de compromettre sa jeune cliente, le médecin n’ose pas dire qu’il a déjà été payé... Il prend la seconde papillote. Cependant c’est un honnête homme... Il a des scrupules — et puis il n’est pas fâché de revoir cette jolie personne qui s’empoisonne par amour pour tant de monde... Il arrive...

— Ce cher docteur, mon sauveur... entrez donc.

Il s’assied et commence sa petite histoire. Il explique que deux messieurs sont déjà venus... Mais, au premier mot, elle l’arrête :

— Deux seulement, lui dit-elle en riant, rentrez vite alors, il va en venir un troisième, il sort d’ici pour aller chez vous..

Et comme il descendait l’escalier, elle lui cria d’en haut :

— Vous savez, docteur, ça ne sera peut-être pas le dernier !

(U Univers illustré.)

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