‹ Les drôleries médicalesChapitre 99 sur 133 · UNE HEUREUSE MÉPRISE · texte numérisé non relu

UNE HEUREUSE MÉPRISE

Un très honorable praticien de Paris est appelé, ces jours derniers, auprès d’un cholérique qui avait reçu les soins d’un autre confrère. Il trouve une sorte de cadavre froid, bleu, agonisant et

sous l’influence d’une asphyxie imminente. Il s’informe, et tout ce qui pouvait se faire avait été fait, les soins les plus intelligents n’avaient pu conjurer les accidents. Que voulez- vous de moi? dit-il aux parents. Il ne me reste plus rien à tenter; et il fait mine de se retirer. Les parents le prient, le supplient d’essayer encore quelque chose, et notre confrère, par acquit de conscience, prescrit un gramme cinquante d’ipéca, à prendre en trois prises. C’était le soir.

Le lendemain matin, notre confrère passant dans la rue de ce pauvre malade, qu’il croyait mort depuis plusieurs heures, s’en informe cependant, et appiend avec surprise qu’il va mieux, beaucoup mieux, qu’il est sauvé.

— Il doit avoir abondamment vomi, dit-il aux parents.

— Vomi? lui répond-on. Nullement, mais il a éternué, éternué à en ébranler la maison.

— Comment, éternué?

— Sans doute; n’avez-vous pas ordonné trois prises d’une poudre?

— Et il a donc pris cette poudre en guise de tabac?

— Certainement; les prises^ c’est pour priser; et cela lui a fait un fameux effet, allez ! il a éternué, pendant trois heures, à réveiller tout le quartier.

Le malade, en eflet, allait très bien; la réaction était franche et légitime.

(L’Union médicale,)

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