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PROJET DE CHATEAU

Par Du Cerceau. — (Dessin du recueil N.)

fois à Verneuil, consistant à n’avoir sur le quatrième côté de la cour qu’une simple galerie, au rez-de-chaussée, avec un pavillon d’entrée au milieu, il nous semble qu'il oublie des exemples sensiblement antérieurs à Verneuil, par exemple le château de Bury, près de Blois, dont les travaux datent de 1 5 1 5 au plus tard1. Nous voyons aussi une disposition assez analogue dans un autre projet de Du Cerceau, reproduit dans notre figure 1 37 2, antérieur certainement à i55o.

1. Nous ne préjugeons en rien ici sur le résultat de l’enquête, que nous poursuivons, au sujet de cette date ou de celle de i5oq que nous avions adoptée en nous basant sur un document, en partie seulement, sujet à caution.

2. En parlant de l’emploi général des bossages dans le palais du Luxembourg, œuvre de Salomon

Pour mieux appuyer ses idées, M. Palustre reproduit un jugement de Yiollet-le-Duc sur la valeur architectonique de la Galerie de Charleval représentée dans notre figure 42. Tout en reconnaissant la justesse de quelques-unes des réflexions de cet écrivain célèbre, nous pensons que c'est la dernière partie de ce beau château qu'il fallait exalter de la sorte, car il y a précisément des arrangements bons à voiler. Nous lui savons gré, toutefois, d’avoir insisté sur les niches placées à la hauteur du plancher intermédiaire qu’elles sont destinées à faire oublier, car la disposition identique dans le pavillon d’entrée de Verneuil (fig. 41 et planche IV) est une des particularités qui, le mieux, révèle que ces deux monuments sont l’oeuvre du même artiste1.

Nous avons signalé certains documents parmi ses dessins montrant, qu'à un moment donné, il a fait des études pour quelques parties du Louvre, et nous rappellerons que la composition, feuille 1 g, de son recueil de dessins N montre les armes de France. En tout cas, Du Cerceau est l’auteur de l'intéressant projet de façade pour l'église

de Brosse, fils de ce Jehan Brosse, maître architecteur demeurant à Verneuil, qui s’établit en i568 à Verneuil, M. Palustre pense que De Brosse n’avait pas besoin de s'inspirer des bossages de Florence, mais que ceux de Charleval, si l’on n’aime mieux considérer la galerie d’entrée de Verneuil, avaient suffi pour l’inspirer, étant né à l’ombre de ce dernier château. Nous rappellerons à cet égard que des bossages tout à fait analogues à ceux de Charleval (fig. 43) se voient dans une des tables de son recueil de meubles (fol. 45 de l’exemplaire de l’École des Beaux-Arts) et surtout se rencontrent dans un grand nombre des compositions de Du Cerceau dans son recueil N, qui en montre l’emploi sous les formes les plus variées dans les feuilles 12, 16 et 18 à 22, décrites à l’occasion de ce recueil. M. Palustre cite l’analogie entre la façade du Luxembourg située sur la rue, avec la galerie et le pavillon d’entrée de Verneuil qui lui semblent le premier exemple de cette disposition plus ouverte dans un château français. Il déduit de là la probabilité que c’est à Jean Brosse que dut s’adresser le comte de Dammartin (M. de Boulainvilliers) pour la construction du château commencé par lui à Verneuil.

M. Palustre, frappé comme nous du soin que Du Cerceau a mis à représenter les plans de Verneuil, ainsi que du nombre de ces planches, pense que Baptiste Du Cerceau, deuxième fils de Jacques Androuet, qui, comme architecte de Henri IV, aura été appelé à terminer le château pour la nouvelle maîtresse du roi, que celui-ci venait de créer marquise de Verneuil, aura tenu à honneur de ne rien changer à des projets que son père, en quelque sorte, avait popularisés. A cet égard, nous devons observer que ce ne peut être en aucun cas Baptiste qui fut chargé de ces travaux par Henri IV, car il mourut déjà en 1590, tandis que Gabrielle d’Estrées, qui précéda la marquise de Verneuil dans les faveurs du roi, vécut jusqu’en 1599. Si donc les travaux furent achevés par un Du Cerceau, ce dut être par Jacques II Androuet, frère de Baptiste.

1. Au sujet de Charleval aussi, M. Palustre (II, page 28) est frappé du nombre des planches consacrées par Du Cerceau à un édifice abandonné avant d’avoir atteint le premier étage. 0 Elles sont au nombre de cinq, ce qui s’explique peut-être par un intérêt de famille. En effet, si, comme un document nous l'apprend (Jal, Dictionnaire, etc., page 3qi), Baptiste Androuet Du Cerceau était architecte de Charleval en 1577, il est bien probable qu’il a tracé les plans de ce château commencé seulement six ans auparavant. » Nous avons vu que ce fut en 1572 seulement que le roi fit l’acquisition de cette terre.

De la composition XXX 11 du livre des Cinquante bâtiments.

de Saint-Eustache, à Paris, reproduit à la figure 37. Dans cette belle et importante composition, qui se rattache aux types, pour une grande église à la mode entre 1 53 5 et i5q5, et que l'on voit exécutés entre autres à Saint-Michel, à Dijon, et à la cathédrale de Tours, on est frappé surtout par la succession des trois beaux motifs correspondants à la nef principale, grandement conçus et heureusement alternés de manière à caractériser d'une manière tout à fait grandiose la partie centrale du monument. On remarquera la manière ingénieuse et originale avec laquelle Du Cerceau a détaché les deux clochers, dès l'imposte de la grande arcade centrale, afin de rétablir l'équilibre quelque peu menacé par la grande importance donnée à la hauteur du pignon. Le seul reproche, que l’on pourrait adresser à Du Cerceau, est la quadruple répétition du même motif dans les étages des tours, imperfection qu'il eût facilement pu faire disparaître à l'étude. Car nous ne sommes en présence que d'un croquis, ainsi que l’on peut s’en convaincre en voyant le repentir à droite de l'imposte de la porte centrale. Sur le verso du dessin on voit un croquis rapide d’une autre disposition, dans laquelle le portail, au lieu d'être flanqué de deux colonnes portant l'imposte, est encadré par des colonnes montant jusqu a l'entablement couronné du fronton 1 . Le caractère d’étude personnelle est encore révélé par les variantes dans les deux flèches. Dans le recueil de croquis de M. Lesoufaché (vol. J, fol. 67), on voit une variante du riche motif du pignon. Ce recueil, qui est absolument contemporain du projet de façade, permet de placer celle-ci aux environs de l'année 15^5. Parmi les ajustements de cette façade, plusieurs rappellent telles des variantes inspirées à Du Cerceau par la façade de la Chartreuse de Pavie et dont l’une a été reproduite dans notre figure 28. L’atrium bordé d’arcades qui précède le portail de l’église semble aussi un souvenir milanais inspiré de l’église Santa Maria presso San Celso, à Milan.

C’est là un document d'une valeur inappréciable, car à lui seul il

1. Sur le verso, on lit aussi de la main de Mariette, qui a possédé ce dessin : P. Mariette 1666. J. A. D. Cerceau. Ce certificat, qui sera précieux pour tel de nos lecteurs, est tout à fait superflu à nos yeux, tant le moindre coup de plume atteste, de lui-même, dans ce dessin son authenticité incontestable. Autant vaudrait douter de l’existence même du maître que de douter de l’authenticité de cette feuille.

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