‹ Les Du CerceauChapitre 223 sur 230 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

petis cômencements elle se soit peu ù peu augmentée, selon les occasions et nécessitez qui ont reueillé l'esprit des homes ingénieux, pour pallir et adjouster quelque chose de nouueau aux vieilles inuentions, enfin elle vint au vray comble de sa perfection durant l’Empire Romain, duquel les Empereurs y ont consecutiuement assemblé toutes les inuentions les plus exquises en toutes sortes de sciéces qu’ils ont peu trouver chez leurs voisins : et nommément en l’architecture, de laquelle durant vne longue paix ils se sont si bien accommodez, qu’ils rendirent bientost leur ville qui n’estoit premièrement que de torchis et de bricque, remplie d’vne merueilleuse quantité de marbre, iaspe, et porphyre, et l’embellirent de tels et si grands édifices tant publicqs que priuez, que celuv qui ne les aura veus, ou pour le moins leurs vestiges, ne les pourra q difficilemét croire, et comprendre. Mais comme cette ville s’estoit accreue et embellie par la paix, aussi depuis par les divisiôs de l’Empire, et guerres ciuiles qui y sot aduenuesest tellement decheue et diminuée de sa première splendeur, que de toutes ces merveilles à grand peine y peut on aujourdhuy remarquer les places ou elles estoient assises : Et qui pis est, la mesme fureur a quasi emporté et du tout enseueli auec tels édifices, l’art et les maistres : ceneâtmoins il s’est trouvé de notre temps quelque vertueux persônage qui par grande lecture et recherche de l’antiquité nous a par vne carte à peu prez représenté cette ville de Rome, antique en son naturel, telle comme elle estoit anciennement en sa plus grande magnificence, laquelle aiant été faitte en Italie, et s’en retrouuant fort peu de par deçà, i’ay pensé mériter enuers le publicq, si ie la remettois en lumière à notre France, pour la vous cômuniquer plus aisément : ce qui me l’a fait réduire en plus petite forme pour estre veue et cognue, quasi par vn seul regard : Et par mesme moyen ay considéré que tel monstre ne pourroit apporter le fruit qu'vn si bon œuure mérite, si les principales particularitez qui y sont n’estoient aussi représentées en plus grande forme, par laquelle vous peussiez aisément remarquer les ornemens et inuentiôs d’architecture qui y sont, lesquelles à la vérité sont admirables : Qui m’a fait entreprendre les vous faire voir en particulier, et ensemblément en ce liure, lequel je puis dire, en ce qu’il représente, contenir toute la perfection de l’architecture, outre laquelle ie ne pense pas qu’il soit possible à esprit d’hornme de paruenir, et ose bien asseurer qu’à celuy qui entendra bien les raisons des œuures y contenues, rié ne luy pourra plus sébler ni difficile ni nouveau : que si jeusse voulu déclarer toutes les pièces par le menu, il m’eust fallu rapporter icy toutes les anciennes histoires, et encore transcrire quasi de mot à mot ce qui en a été doctement discouru par plusieurs sçauants hommes de notre temps, qui eust esté vn labeur vain et excédât mes forces. Partant i’ay mieux aimé vous en laisser le jugement par la lecture qu’en pourres faire entre tant d’autheurs qui en ont escrit, ne voulant m’entremettre de décider la diuersité qui se trouue en eux, pour ne sortir hors de ma profession. Vne chose me semble bien digne de cosidération ; c’est puisqu’aujourdhuy il ne reste comme rien de tant de si grands édifices qui sembloient pour la solidité de leur matière et bone symmetrie et architecture deuoir demeurer immortels qu’il ne nous faut asseurer sur chose qui soit en ce monde, mais remettre notre espoir et asseurance en celuy qui a esté, est, et sera éternellement, auquel seul soit tout honneur et gloire. »

DÉDICACE DU « LIVRE POUR BASTIR AUX CHAMPS » . (Deuxième édition. iSSe.)

Je n'ai pu vérifier si la dédicace suivante se trouve déjà dans l’édition de 1 5 7 2 et si, par suite, elle est adressée au Roy Charles IX, mais cela me paraît évident, car Du Cerceau demande au Roy les moyens nécessaires pour achever les Livres des Bastiments de France , qui parurent en 076 et 1579. Même en admettant que Du Cerceau s’adressât à Henri III, et fit allusion au troisième volume des Bâtiments de France, il est probable qu’il n’eût pas parlé des livres , mais du livre des Bâtiments de Paris.

« Au Roy.

Sire, estant vostre Majesté à Montargis, je receus ce bien de vostre accoustumee bénignité et clemence, de me prester l’oreille à vous discourir de plusieurs bastiments excellents de vostre Royaume : Et entre autres propos me demandâtes si ie paracheuois les liures des bastiments de France : Mon aage et indisposition seruirent de légitimé excuse, n’ayant moyen, sans vostre libéralité, de me transporter sur les lieux, afin d’en prendre les desseings pour après les mettre en lumière, et satisfaire à vos commandements. La volonté ne m’est en rien diminuée, mais l’efect et le moyen manquent, sans l’aide de votre Majesté. Ce pendant désirant vous donner quelque plaisir et contentement, i’ay employé le seiour de mes vieux ans à dresser vn liure d’instruction à toutes personnes qui voudront bastir et édifier maisons aux champs, selon leurs moyens et facultez : pour leur monstrer, non seulement l’ordre qu'ils auront à tenir selon les dessings, et plants contenus audit liure, mais encor pour les instruire de la despense et frais qu’il leur conuiendra faire, ayant de chacun bastiment fait le calcul au plus juste qu’il m'a été possible, ta du toisage de la maçonnerie et charpenterie, que généralement de toute autre besongne : espérant (outre le plaisir que vostre Majesté prendra à la diuersité de tels dessings) que vos subjets en receuront instruction et profit. Suppliant très humblement icelle vostre Majesté, d’auoirpour agréable ce mien labeur que ie vous dedie et consacre, attendant que par vostre moyen ie puisse visiter les chasteaux et excellents bastimets qui restent à estre par moy veus et imprimez, pour satisfaire au contentement de vos Royales vertus.

De vostre Majesté le très obéissant et très affectionné serviteur, Jaqves Androvet dv Cerceav.

Pour Jaques Androuet, du Cerceau M. D. LXXXII. »

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