AUTRES OFFICIERS DE LA CHAMBRE
» MdS vuelt que Pierre Coustain, paintre, soit toujours compté, lui » estant devers MdS , à douze solz par jour. Et ne sera son lieu impé- » trable comme dessus.
«Jehan Aubry, tappissier et garde de la tappisserie, sera toujours » compté absent et présent à semblables gages de douze sols par jour.
» Regnaudin Aubry, son aide, lui estant devers MdS, sera compté à •> neuf solz par jour.
» Hennequin Hermanszone, artilleur, tousjours compté lui estant » devers MdS aux gages de neuf solz par jour.
INTRODUCTION
notre pays, les joyaux sont demandés à nos orfèvres, le grand luxe flamand enfin s'approvisionne à Paris.
» MÉDECINS ET GYRURGIENS.
» MdS aura quatre médecins qui serviront en la manière qui s'en- » suit, assavoir :
» Maistre Roland Lescrivain.
» Maistre Gondissalue de Varges. — Ces deux seront tousjours » comptés, eulx estant devers MdS, aux gages de dix huit solz, chacun, » par jour. Le vme jour de janvier, l'an mil cccc lxij, MS le duc retint » maistre Pierre de Wede, son conseiller et phisicien, pour le servir » et estre comptéz, six mois en l'an, c'est assavoir les mois d'avril, may, » juing, juillet, aoust et septemhre, aux gages de xvm sols par jour. » — Le xme jour d'avril m cccc lxvi, après Pasques, MS le duc retint » maistre Guillaume Brun, son conseiller et phisicien, pour estre tous- » jours compté lui servant et estant devers lui, à xviu sols par jour.
» Maistre Simon de Roches servira par six mois en l'an et aura de » gages par jour, quant il sera devers MdS, dix huit sols.
» Maistre Henry Fusolis servira les autres six mois et aura de gages, » semblablement quant il servira, dix huit sols par jour.
» Maistre Henry Sroenwol de Willa toujours compté quant il sera » devers MdS selon sa retenue.
«Maistre Jehan Candel, cyrurgien, tousjours compté lui estant « devers MdS , à dix huit solz par jour.
» Maistre Laurens Brunincq , aussi cyrurgien, xii sols par jour.
» Le xve jour de septembre, mil cccc lxj, MS retint maistre Estienne » Chevalier, en son médecin ordinaire pour le servir, ou dit estât, pour « demi an,oultre le nombre de ses autres médecins, aux gaiges tels et »» semblables que les a et prent, de MdS , l'un de ces autres médecins.
» TROMPETTES ET MENESTRELS.
» Andrieu Jambe, Laurens Vache , Anthoine Jambe, Jacotin Janszone.
m Jehan Quaresme, roy des ménestrelx.
» Pieter Claiszone de Brune, Rogier de Bey.
>» Le xvm« jour de juillet, l'an lix, MS dit et déclara qu'il entendoit » et vouloit avoir deux trompettes de ménestrelz , et pour ce retint » Jacques le Rechter pour autre trompette de ses dits ménestrels. »
Une ordonnance, qui règle le service de l'hôtel, suit l'état des officiers, elle donne des détails intéressants, je n'en citerai que deux passages :
« Item pour ce que quant MdS va, de lieu à autre, les clercs des of- » fices ont accoustume de faire et escrire en papier la minute de l'escroe * du jour, laquelle escroe par cidevant lesdiz clercs, prestement que » MdS estoit arresté en aucun lieu , ilz grossoient en parchemin et la
mettoient en ordre avec les autres escroes du mois et que néant- » moins, puis aucuns temps, lesdiz clercs d'offices ont esté neggligens » de ce faire et aucune fois ont attendu et attendent de grosser lesdiz
C'est seulement lorsque nous leur eûmes envoyé jusqu'à nos princes, pour en faire leurs souverains, que les Flandres firent rebrousser chemin à nos produits. A partir des dernières années du quatorzième siècle le courant changea totalement, et nous devînmes, à notre tour, le malheur du temps aidant, tributaires, chaque jour davantage, de nos habiles voisins.
Le compte du receveur Fastre Hollet appartient aujourd'hui aux archives de Bruxelles par une erreur de classement. C'est dans les archives du Nord , à Lille, qu'il devrait se trouver, à la suite des registres de l'ancienne cour des comptes de cette ville. Je l'avais consulté déjà avant la publication de mon premier volume, et j'en parle comme voulant réserver l'étude complète de ce document
» escroes, par ung mois ou six sepmaines, parquoy l'en n'a peu si lost » ne si clèrement veoir Testât de la dicte despense, MdS , voulant à ce » pourveoir, vuelt et commande que de cy en avant quant il yra et se » transportera ainsi de lieu en autre le clerc d'office , qui servira pour » le jour, soit tenu d'esciire de sa main ladite escroe en pappier et » incontinent que MdS sera arresté en ung lieu , au moins dedens deux » ou trois jours après au plustard la grosser en parchemin et mettre en » son ordre avec les autres escroes, et on cas que lesdis cleics d'offices » seroient neggligens et en deffaulte de ce faire, MdS vuelt qu'ilz soient » cassez et roiez de leurs gages par huit jours entiers.
» Item vuelt MdS que son escuier d'escuierie, qui servira pour le » temps, face doresnavant partir les chariots et sommiers de MdS d'un » train et tous ensemhle detele et si bonne heure qu'ils soient au logis » avant que MdS y arrive, réservé ceulx desdiz sommiers lesquelx par »> nécessité il conviendra attendre le partement de MdS.
» Item vuelt MdS que doresenavant tous les chevaliers et escuiers , » qui pour le temps seront devers lui comptez par les escroes de la » despence de son hostel , se partent avec lui des bonnes villes et logiz » dont il deslogera et lui tiengnent compaignie sans le laissier jusques à » ce qu'il sera arrivé au lieu où il vouldra estre et logier et les archers » semblablcment, sur peine d'estre roiez et de non estre comptez. »
INTRODUCTION. XV
pour mes travaux dans les archives de Bruxelles. Plus tard, en rédigeant ma table, je crus devoir introduire dans la liste alphabétique des noms, cette longue suite d'artistes employés dans la fête de la Toison d'or et des noces de Charles-le-Téméraire , en 1468. Cette récapitulation alphabétique ne suffisait pas, il fallait présenter le tableau complet et la description de la fête, tel que le comptable le donne, afin qu'on pût comprendre , par la place qu'occupe chaque artiste dans les travaux et par l'élévation de son salaire, l'importance relative qu'il devait avoir alors. Je publie le document presque en entier1. J'ai transcrit toutes les descriptions destinées à donner une idée de ces entremets fabuleux pour les contemporains et très-extraordinaires pour nous-mêmes, j'ai copié les noms de tous les artistes2 et ceux de leurs varlets*, qui n'étaient autres que leurs élèves,
1 Du n<> 4409 à 4899.
2 J'emploie ce mot dans sa plus large acception, en remarquant qu'il est moins moderne qu'où le croit. On le rencontre dans les vieux monuments de notre littérature, alternant avec le mot artisan , et il faut descendre assez avant dans le dix-septième siècle pour trouver la distinction formelle. A vrai dire, elle n'eut lieu que lorsque l'Académie prit sous sa protection les artistes , laissant aux vieux corps de métiers les aitisans. Voici un passage d'une composition poétique du seizième siècle dans lequel un architecte est appelé artiste (tiré du tiers livre des Actes des Apôtres, folio lxxviij verso, col. 2, du mss de Bordeaux) :
Le roy où gist mon support, A qui les Yndoys sont submis , M'a cy envoyé et transmis Pour trouver ung très bon artiste Qui soit bien entendu et mislc Pour faire ung palais royal...
5 On a vu , n° 939 , le duc de Bourgogne donnant une gratification
et de cet ensemble j'ai formé un des tableaux les plus curieux du luxe sans bornes de ces ducs de Bourgogne.
Mon voyage dans les Pays-Bas avait un autre but. Je désirais lire les deux registres de l'ancienne Chambre des comptes de Lille, qui, par suite de notre révolution ( celle de 93 ) , avaient émigré des archives du Nord dans la collection de M. Goethals Vercruyse, pour de là, autre bizarrerie du sort, entrer définitivement dans le couvent des Sœurs-Noires de Courtray. Qu'a de commun, je vous prie, la comptabilité des receveurs Guy Guilbaut 1 et Richard Juif 2, avec la vocation des Sœurs- Noires et avec leurs occupations pieuses des articles de dépense comme celui - ci : A damoiselle Jaquette , la Saubarde , mire de feu messire Guy , bastart de Bourgoingne , pour don , pour elle aidier à vivre 3 ? Il faut espérer qu'au moyen d'un
aux varlets de Jean van Eytk, en sortant de son atelier : c'étaient ses élèves, probablement un Roger Van derWeydenou d'autres peintres d'un grand avenir. Les élèves en tous pays, les apprentis d'un métier, portaient ce nom de domestique et valet. Nous voyons, à l'année 1483 , dans le Liber ad causas de anno 1434-1488 , p. 361 , c'est-à-dire dans le registre de l'hôtel de ville de Wurzburg, que plusieurs sculpteurs prêtent serment et on leur donne la qualification de Malerknccht , valets de peintre ou apprentis de peintre.
' Tome I, p. cxxui, note 2.
2 Tome I, p. cxxui, note 3.
;i N° 4922. Il y a beaucoup à dire, non pas chez les Sœurs-Noires, mais dans l'histoire, sur le rôle des bâtards au xv siècle. Dunois, le bâtard d'Orléans, et Anthoine, le grand bâtard de Bourgogne, fervent de diapason pour apprécier leur courage guerrier et l'importance qu'ils prennent dans l'État. Je trouve , dans un des sept cents volumes de la collection dite de Lorraine , de la Bibliothèque nationale , une lettre de Louis XI , qui a trait à la valeur de ce fils illégitime de Philippe le Bon.
INTRODUCTION. XVJI
échange, qui satisfera le couvent, on pourra faire rentrer dans les archives de Lille deux registres qui n'auraient jamais dû en sortir. J'allais partir de Bruxelles pour Courtray, lorsqu'on me retint, en me prévenant que ces deux volumes étaient à ma disposition, à Bruxelles même, la commission d'histoire les ayant fait venir de Courtray pour s'en aider dans des travaux historiques. Je les ai lus avec attention, et mes extraits1 comblent une lacune, laissée à regret dans mon premier volume. Deux mentions nouvelles du peintre Jean van Eyck 2 ne sont pas tout l'intérêt de ces documents, ils offrent des détails précieux , surtout lorsqu'on les fait rentrer à leur rang chronologique dans l'ensemble des renseignements contenus dans le premier volume.
De même que j'avais accueilli le travail de
L'estime qu'il inspire au roi peut être mesurée à la vivacité de la peur du prudent monarque et à la nature des traitements qu'il lui ménage :
« Mon cousin, mon amy. J'ay receu les lettres que m'avez escriptes par Jehan Darson, mon maistre d'ostel , et à sa venue m'actendoye que sans nulle faulte m'envoyssiez le grand bastard de Bourgogne, mais quant j'ay veu vos lectres et que ne le m'envoyez point j'ay esté bien esmerveillé. Car j'avoye et ay bien intencion de vous en récompenser plus largement que en sçauriez avoir d'autre cousté. Mon cousin, mon amy. Vous entendez bien que si je l'avoye de ceste heure, que ce seroyt le grant bien de vous et de moy , et que la longue actente ne vous peust faire que dommaige, et, pour ce, je vous prie que le me vueillez incontinent envoyer par votre bailly d'Alemaigne, et vous me ferez très singulier plaisir et si le recongnoistray envers vous et vous en recompensseray tellement que en serez bien content. — Et adieu mon cousin , mon amy. Escript à Péronne le Ve jour de Février. » — (Bibl. nat. , orig. papier. Signé : Loys.)
1 Du 11° 4900 à 4962.
3 Du n° 4943 à 4955.
IIe PART. — TOM. II. ^
M. Emile Gachet, je sollicitai, de M. Vandermeersch d'Audenarde, communication du dépouillement qu'il avait fait des registres municipaux de sa ville natale. Il se prêta à mon désir avec une complaisance que je ne puis assez louer , et dont les érudits de tous les pays lui sauront un grand gré. Je reproduis ses extraits *, et je ne saurais mieux faire, pour les commenter , que de leur donner , en guise d'introduction, la lettre qui les accompagnait :
« Audenarde, 29 juillet 1849.
» Monsieur le comte,
» Comme je ne puis maintenant dérober à mes occupations journalières que de temps en temps quelques heures, je regrette de ne pas avoir été plus prompt à répondre à votre honorée du 3 juin dernier.
» J'ai parcouru votre dernier ouvrage avec attention et un véritable plaisir, car je vois dans ce genre de preuves une source riche et trop souvent méconnue de ce qui doit former le fondement de l'histoire d'un peuple, tant sous le rapport de ses mœurs publiques et privées , que sous celui des arts qu'il cultiva jadis avec plus ou moins de succès.
» M. le baron de Saint-Genois paraît vous avoir donné un témoignage trop flatteur de mon genre d'études, lesquelles, pour des raisons indépendantes de moi, ne se bornent qu'à notre histoire lo^
INTRODUCTION. XIX
cale, et spécialement à celle d'Audenarde, lieu qui me vit naître.
» Ce que vous avez si laborieusement exécuté pour les registres aux comptes, reposant au dépôt de Lille, je l'ai fait, il y a une douzaine d'années, pour nos comptes échevinaux. J'en ai extrait une multitude d'articles que je croyais utiles à composer, dans la suite, des notices spéciales sur tel ou tel sujet historique, soit en français, soit en flamand, selon la nature et la quantité de matériaux authentiques dont je devrais me servir. C'est ainsi que je publiai , en 1 838, dans le Belgisch Muséum (ouvrage périodique flamand, publié par feu M. Willems), une notice sur la Chambre du Conseil en Flandre, considérée sous un point de vue historique, depuis son institution, en 1385, jusqu'à sa translation d'Audenarde à Gand en 4 409 (le duc Jean avait établi ce conseil à Audenarde en 1 407, et il y tint sa résidence). Puis la chronique de nos chambres de rhétorique, depuis 1408 jusqu'en 1830 (même recueil, an^ nées 1842-1843), sans compter quelques notices purement littéraires. Ce que j'ai inséré dans le Messager des sciences historiques , publié à Gand , vous sera probablement plus connu, ce qui me dispense d'en parler ici. Mais, je le répète, c'est toujours à l'aide de mes documents, recueillis aux archives d'Audenarde, que je compose mes notices, et par ce moyen je peux quelquefois rectifier des erreurs échappées à nos historiens.
» Voici maintenant de quoi est composée la partie la plus intéressante de nos archives communales :
» 1° Les registres de l'enregistrement des bourgeois d'Audenarde et de leurs descendances, depuis la seconde moitié du xme siècle jusqu'à la réunion de la Belgique à la république française en 1796. Série complète, ce qui est fort rare pour une ville qui a tant souffert des guerres et des troubles. Gand n'en possède presque pas.
» 2° Les registres aux comptes communaux , depuis 1407 jusqu'à l'époque française. Il y a quelques rares lacunes.
» 3° Les registres aux actes, contrats, sentences, etc., des échevins. Il y en a un de 1391 à 1 398 ; plusieurs autres du xve et du xvie siècle. Cette série est fort incomplète.
» 4° Les registres des états de biens de bourgeois décédés et ayant laissé des mineurs , depuis 1371 jusqu'à l'époque précitée. — Série complète. — Documents précieux pour la généalogie de beaucoup de familles flamandes.
» 5° Un registre ou cartulaire des chartes d'institution des corporations et corps de métier. Il fut composé, en 1550, sur les pièces originales, maintenant perdues en grande partie. — Les privilèges communaux ont été confisqués en 1 540 par Charles- Quint, et remplacés par une charte communale, nommée la Caroline. Les originaux confisqués doivent reposer à la Chambre des comptes, à Lille.
INTRODUCTION. XXI
» 6° Les registres aux résolutions échevinales. Il n'en existe pas pour la période bourguignonne. On commença seulement à enregistrer les délibérations des échevins et du conseil, en 1540, par ordre de l'empereur.
» 7° Les lettres patentes d'octroi, pour les accises et impositions, etc. , etc. ; des registres de baux de propriétés appartenant à la ville ; des restes d'archives des couvents et monastères ; une variété de documents relatifs aux révoltes et émeutes communales, etc., etc., ; plusieurs titres et documents curieux de l'ancienne baronnie de Pamele , à Audenarde.
» Voilà, monsieur, les parties principales qui composent les archives de l'Hôtel-de-Ville, et bien d'autres communes importantes n'en possèdent pas autant.
» L'époque dans laquelle vous avez concentré votre travail est justement celle qui , sous le point de vue historique, m'a toujours plu de préférence aux autres. Ce fut un temps riche en événements chevaleresques; nos communes étaient alors dans toute leur splendeur, dans tout leur courage héroïque ; et puis , la renaissance des arts , le progrès de la civilisation. Et, chose singulière! plusieurs de nos écrivains flamands s'obstinent à regarder la période bourguignonne en Flandre comme un temps funeste à la liberté du peuple. Selon eux , les ducs ne visaient à rien moins qu'à la tyrannie et à con-
fisquer, un à un, les anciens privilèges communaux, pour traîner leurs sujets flamands dans une vile dépendance, ce qui eût amené la ruine de leurs cités florissantes. Je n'ai jamais pu me rallier à eux sous ce rapport: et si la ville de Gand suscita souvent des embarras à leurs princes, la plupart du temps c'était l'égoïsme et un orgueil dominateur qui rirent mouvoir cette fière et populeuse cité. Toutes les villes secondaires de la Flandre avaient quelque grief contre elle , et , en mainte occasion , le prince les protégeait. Chez nous, à Audenarde, entre autres, les privilèges communaux furent toujours religieusement observés par les ducs. En voici un échantillon, emprunté à notre registre aux comptes de Tannée 1445-1446:
a Item envoyé le messager de la ville à Louvain, » le xvne jour de février (1446), avec des lettres à » l'adresse de notre redouté seigneur et de monsei- » gneur le chancelier , à cause de la sentence pro- » noncée par les échevins (d' Audenarde) contre » Cornil Den Drossaert, qui pour un certain délit 3 avait encouru la peine du bannissement hors de » Flandre pour un an. Comme notre redouté sei- » gneur avait écrit aux échevins, afin qu'ils accor- » dassent rémission de peine au susdit banni et la » faculté de rentrer à Audenarde ; les échevins, par » leurs lettres responsives , notifient au prince que » telle grâce ne pouvait point être donnée, et que t> partant ils demandent humblement à être ex-
INTRODUCTION. XXIII
» cusés. — Absent xv jours, à xv gros parisis par » jour, fait, » etc. (traduction du flamand presque littérale).
» N'est-ce pas montrer d'un côté une noble indépendance, et de l'autre, un respect profond pour les privilèges solennellement jurés? et cela, de la part d'un prince aussi puissant que Tétait Philippe-le-Bon.
» Ce trait donne matière à réflexion, mais il ne se rapporte pas directement à vos études favorites. Pour celles-ci, il me faut parcourir mes cahiers ; cela demande du temps et du repos ; pour le moment, j'en ai peu à consacrer à mes études historiques ; toutefois, je tâcherai de recueillir le peu que je possède sur la matière, et vous le ferai parvenir en résumé et par traduction, sans pouvoir vous déterminer un temps fixe. Je crois avoir compris vos intentions par la lecture de votre savante Introduction. Cependant, un fait, que je neveux pas vous laisser ignorer maintenant, est l'érection en corps de métier de nos fabricants de tapisserie. L'introduction à Audenarde de cet art important fut le commencement de la prospérité de notre petite ville. Pendant plus de deux siècles la tapisserie d' Audenarde jouit d'une réputation européenne, et devint une source féconde de bien être pour toutes les classes des habitants.
» La première charte d'institution de ce corps de métier date du \ \ juin 1 441 . Elle fut octroyée, non par le prince, comme au siècle^suivant , de triste
mémoire , mais par le corps échevinai et le conseil de la ville, sous l'agrément du grand bailli , représentant du droiturier seigneur, le duc de Bourgogne.
» Pour acquérir cette faveur , il fallait toujours la présence d'un certain nombre de fabricants et de chefs d'atelier. Or, il est probable que les premiers maîtres ont commencé à s'établir à Audenarde au moins une dizaine d'années avant qu'on jugeât à propos de leur octroyer cette franchise.
» J'ai suivi assez exactement vos extraits de la Chambre des comptes de Lille au sujet de la tapisserie. J'y ai vu que la fabrique d'Arras eut seule, pendant longtemps, la faveur de fournir à la maison du duc. Puis ce fut celle de Valenciennes, et surtout celle de Tournai. Des fabriques de Bruxelles et d' Audenarde, il n'en est pas fait mention, que je sache : serait-ce peut-être que leur réputation solide ne s'établit que plus tard , et notamment sous la période espagnole? Quoi qu'il en soit, notre registre aux comptes de 1 468 fait une première fois mention de tentures de tapisserie, dont on décora notre vaste halle aux draps pour la réception et l'inauguration de Charles-le-Téméraire. Du reste, ce n'est qu'à dater de l'année \ 499 que j'ai pu rencontrer quelques rares documents, autres que la charte susmentionnée, et des noms propres de fabricants.
» On a dit et écrit que notre manufacture était de haute-lisse. J'ai des raisons de croire que si dans le premier temps on a travaillé ainsi, cela n'a guère
INTRODUCTION. XXV
duré. La tapisserie d'Audenarde est donc de basselisse, et elle n'en fut pas moins fort recherchée. Beaucoup de ces belles tentures (et il en existe encore) , étaient fabriquées dans quelques villages environnants, par des paysans, pour des maîtres delà ville; celle-ci étant dépourvue de ces vastes établissements comme on en construisit plus tard en France. » Agréez, etc.
» Wandermeersch. »
Après avoir ainsi rempli mon volume , j'allais le clore, lorsque je reçus de M. Le Glay une aimable lettre qui répondait à mes instances réitérées et un peu bien importunes : Le triage de rénorme cumulus que vous avez vu, m'écrit-il, nest pas achevé, il s en faut f mais on en a extrait, de ce qui est trié, une assez bonne quantité de quittances , notes , fragments de comptes , d'inventaires qui ont paru se rattacher plus ou moins à votre projet. Ne sachant pas ce qui vous conviendra spécialement dans tout cela, f en forme une liasse, que je vous enverrai, si M. le préfet m'en donne l'autorisation. J'ai dépouillé cette liasse avec intérêt, et non sans fruit, comme on peut le voir par ce que j'en ai extrait et inséré à la fin de l'appendice ». M. Le Glay ajoute : Je me suis avisé dernièrement de parcourir les inventaires après décès des chanoines de Cambrai qui ont vécu au xve siècle, et j'y ai trouvé des séries d'argenterie et de joyaux qui semblent dignes de votre attention. Les chanoines de Cambrai avaient de
1 Du n° 4995 à n* 5298.
fort riches prébendes, et le mobilier qu'ils délaissaient était ordinairement assez somptueux. Il m'envoyait, à l'appui de sa lettre , deux inventaires , l'un de Tannée 1433, qui ne m'a rien offert d'intéressant, l'autre, daté du 27 novembre 1427 , qui donne la mesure assez juste de l'avoir modéré et honorable de ces prélats. J'ai publié ce document l.
J'attendais peut-être plus du savant et aimable archiviste de Lille, mais j'attendais trop, car quand on considère combien faible est l'assistance et rare le concours que l'on trouve dans cet ordre de travaux 2, on se contente de peu, on se sent très -reconnaissant pour les moindres efforts 3.
1 Page 400.
2 Extrait de l'inventaire du mobilier de Mahieu de Herleville, chanoine de Cambray, le 1er juillet 1433. — Joyaulx : «Premiers, fu » trouvé, en un fardelet, où il y avoit une cédule de la main maistre » Mahieu, une longhe coroye de femme, à coert couronnés et perlés, » pesant x onches x estrelins.
» Item une coroye de femme, dorée, sur i tissut noir, pesant.". . . » vi onches demie vu esterlins et demi.
» Item un annel, à i camahieu, pesant.... nu esterlins moins i fretin. »
L'inventaire continue ainsi sans que le caractère du chanoine s'y dessine autrement ou mieux.
3 Ma reconnaissance est d'autant plus grande pour ceux qui font exception à cette triste règle de la négligence. Ainsi M. de Baecker , jeune homme studieux et magistrat recommandable , m'écrit de Bergues ( département du Nord) : « Il existe aux archives du département l'original » en parchemin d'une quittance passée le dernier août 1384 devant » Gérard de Ghistelles , sire d'Eskelbecq et de Ledringhem, chevalier, » châtelain du chastel de Lille, de îv livres par. payées par Robert du » Bus, receveur de Lille, à Gille le Vosele, masson du chastel de Lille. » Dans une autre lettre je trouve : « Sur une poutre de la nef méridio- » nale de l'église de Steenbecque, arrondissement d'Hazebrouck , on lit » ce qui suit : m. cccc. xxxii, Jan Vanliue. » M. de Baeker voit là le nom de l'architecte de l'église, c'est aller trop vite en besogne, il faut attendre une plus formelle indication. « T)ansle même arrondissement,
INTRODUCTION
Ce ne sera pas tout à fait quitter M. Le Glay que de publier ici la curieuse épitaphe du peintre Simon Marmion , qu'il a trouvée dans un manuscrit de la bibliothèque de Cambrai. Voici ce qu'on lit dans ce manuscrit : En V église nostre Dame la Grande, en Vallenciennes , estoit ycy devant l' épitaphe de Me Simon Marmion, peintre, lequel repose derrière le cœur de ladite église, dans la chapelle S. Luc :
Je suis Simon Marmion vif et mort,
Mort par nature et vif entre les hommes.
Après le vif, moy vif peindiz la mort
Qui durement mal point et que s'amort
A mordre tous , comme nous que mort sommes.
Quand j'ay la mort, dormant le pesant somme,
Resuscité par vif art de peinture,
Aux vivans suis de le mort pourtraiture.
Du maistre peintre à qui devons homaige Tellement fus peint et illuminé, Qu'il me créa à sa divine imaige.
Autres voians mes traicts et mon imaige Ont après moy leurs œuvres patronnez.
Quand j'ai tout peint et tout imaginez, La mort terrible a broyez mes couleurs; Au resveiller sont les griefves douleurs.
Ciel, soleil, feu, air, mer, terre visible, Métaulx, bestiaux, habits rouges, bruns, vers, Bois, bled, champ, pretz, toute chose sensible, Par art fabricq ai atteint ès possible, Aultant ou plus que nuls des plus experts. Tant vivement que nuls bruicts je n'y perds,
» sur la cloche de l'église d'Hondeghem, on lit : Anno Domini. m cccc » — Maria is mine nam — Drie Gebroederen maeckten mi. Be,iu Van- » norkelme. » Ici le renseignement est positif, les trois frères Vannorkelme ont fondu cette cloche en 1400.
« La cloche de l'église de sainte Marie Cappelle, au pied du mont » Castel, porte l'inscription suivante : Maria is myn naem,Gobel Moer » en Willem syn soen maeckten my int jaer ons lieeren. m. cccc xcv. » Gobel Moer et son fils Guillaume sont donc les fondeurs de cette cloche.
Je le répète, ma reconnaissance n'est pas mesurée à l'importance de ces communications! mais à la négligence générale et habituelle.
XXYIIl LES DUCS DE BOURGOGNE.
Car j'ay pourtrait tel mort gisant soubz lame Qu'il semble vif et n'y reste que l'aine.
Les yenlx ont prins donlce réfection , Et mes exploictz tant propres et exquis Qu'ils ont donné grande admiration , Riant object et consolation Aux empereurs, rois, comtes et marquis.
J'ay décoré par art et sens acquis Livres, tableaux, chappelles et autels, Telz que pour lors ne sont guerre de tels.
Peintres mortels qui prenez patronnaige Sur mes couleurs, vertes, noires et blanches; Quand vous avez pourtraict vos personnaiges , Après les miens, dont sont grand les sommaiges, Octroyez nous les doulces bienveuillances , Priez aux saincts dont j'ai fait les semblances Que l'Éternel peintre pardon me face Sy que lassus je tire après sa face.
Le jour et l'an de la nativité
Nostre Seigneur, mil avec quatre cens
Quatre vingt noef , lors fort débilité,
La fière mort, par son habileté,
Me despouilla avecq cœur, force et sens.
Vous qui voyez ces imaiges présens,
Pryez saint Luc, dont voicy la chappelle,
Que Dieu lassus en sa gloire m'appelle.
La table d'autel, de la dite chapelle S. Luc, est de cest excellent ouvrier, Marmion, digne de très grande admiration, singulier en la draperie, relèvement deplatte peinture, que Von jureroit que cest pière blanche, qui ny prendroit garde de bien près et surtout en la table d'autel la chandelle qui samble vrayement ardre.
Henri d'Oultrenian nous dit quel est l'auteur de cette épitaphe. On lit le passage suivant dans son histoire de la ville et comté de Valenciennes1 : A même temps que Molinet, vivoient à Valentiennes, Mre Simon
1 Page 382.
INTRODUCTION. \XlX
Marmion, peintre (auquel le susdit Molinet fit un bel épitaphe); Mre Pierre du Préau, vulgairement nommé Pierart Marmouzet, statuaire ou tailleur d'images et Jerosme de Moyennevile, orfèvre, tous trois excellemment accomplis en leur art et renommés par tout.
Jean Molinet est donc bien l'auteur de cette curieuse et sotte épitaphe. Je pourrais publier sur le compte de ce poëte chroniqueur quelques détails peu connus , et fournir à l'appui plusieurs pièces autographes et inédites; mais il est, comme date, hors de mon cadre, et comme talent, trop au bas de l'échelle des historiens du xve siècle pour que j'en occupe l'attention du lecteur.
Après avoir parlé de la composition de ce second volume, je reviendrai brièvement sur quelques erreurs commises dans le premier et sur les critiques qu'il a subies. En général, celles-ci n'ont eu que le tort d'être trop bienveillantes -, mais des hommes, profondément versés dans l'histoire de l'art, comme MM. Waagen1 et Passavant2, ont cru devoir encourager, de leur indulgence, des recherches qu'ils savent difficiles, et se porter garant de l'importance des documents que je publie, et dont eux seuls pourraient exploiter toute la portée. Leur analyse
« Voir trois articles étendus, contenant des aperçus propres à l'auteur et d'un intérêt tout particulier , dans la nouvelle série du Kunstblatt, publié et habilement dirigé par M. Rudolph Weigell, année 1850, no» 3, 4 et 5, pages 21, 26 et 36.
5 L'article de M. Passavant a paru dans le cahier de mars des Brochhanses Btaettern fur Litter. Unterhalttmg.
savante et lucide devance et facilite la publication des deux volumes de texte, dans lesquels je présenterai l'esquisse de cette belle époque et de ce grand mouvement des arts, des lettres et de l'industrie.
Ces deux juges, si compétents au point de vue de Fart, dépassaient, par cette approbation donnée à mon ouvrage, toutes les espérances que j'avais pu concevoir de mes pénibles travaux, et cependant j'avais encore d'autres encouragements à attendre , puisque des savants, occupés de poursuites différentes , l'examinant d'un point de vue particulier, ont bien voulu lui reconnaître quelque autorité historique. Ce sont MM. Kervyn de Lettenhove, l'auteur bien connu et déjà célèbre de l'histoire de Flandre, M. Douet d'Arcq !, qui par sa position dans la garde des grandes archives du royaume est devenu familier avec ces documents; M. Feugères2, l'auteur de recherches historiques très - estimées , qui lui donnent la mesure et le tact pour apprécier ce que valent des aperçus nouveaux, fondés sur des autorités inattaquables ; M. Le Roux de Lincy3, dont le nom est attaché aux travaux les plus piquants de l'érudition moderne; M. de Circourt4, qui sème, dans une conversation toujours nourrie, la matière de dix ouvrages sérieux qu'il néglige d'écrire; d'autres encore, mais beaucoup trop d'indulgence
1 Bibliothèque de l'École des chartes. Tome I, série m, p. 232.
2 Journal de l'instruction publique, année 1849. ;î Le Moniteur officiel.
* Bibliothèque universelle de Genève.
INTRODUCTION. XXXI
fait le fond de ces récensions, et je tairais jusqu'à ma reconnaissance, si je ne devais discuter quelques additions proposées, quelques critiques dune portée utile.
M. Kervyn deLettenhove débute ainsi 1 : Lune des clauses du testament de Louis de Maie était conçue en ces termes : Je esliz ma sépulture en li église collégiale de saint Pierre de Lille, en la chapelle de Nostre Dame à la Tr 'aille , et veulx par dessus mon corps soit faicte une tombe, par Vordenance de mes exécuteurs, telle comme bon leur semblera et que du luminaire , draps d'or et autres choses qui seront nécessaires et convenables pour mes obsèques, il en soit du tout en leur ordenance. Le comte de Flandre prescrivait de plus le payement de ses dettes et celui des legs qu'il faisait à ses fidèles serviteurs; enfin il recommandait à ses exécuteurs testamentaires sa nombreuse postérité illégitime : Le Haze Loys dit le Frison, Hannekin dit Sans Terre, Marguerite de IVaurin , la nonnain de Peteghem, leurs frères et sœurs.
Cet extrait du testament de Louis de Maie, comme son histoire racontée par les contemporains, con-
1 Voyez les Annales de la Société d'émulation de Bruges de l'année 1850. Ce titre ne donne pas une idée juste de l'importance de cette revue; dirigée par M. l'abbé Carton, elle puise dans la variété et dans la profondeur de ses études des ressources de toutes sortes et le droit de s'appeler revue pbilologique, archéologique et artistique : je crains même de lui voir, au point de vue de l'art national, prendre le pas sur le Messager des sciences de Gand; je le crains , parce que je n'approuve les détrônements d'aucune espèce, et que le Messager a tenu longtemps le premier rang dans ces recherches si glorieuses poulies Flandres et si intéressantes pour le monde érudit tout entier.
firme ce que j'ai dit de l'analogie des tendances et des habitudes à la Cour des comtes de Flandre et à la Cour des ducs de Bourgogne.
M. Kervyn de Lettenhove reconnaît à Maeseyck le droit de réclamer le berceau du grand peintre, en échange du nom qu'elle lui donna ; M. l'abbé Carton, qui dans ses précieuses découvertes 1 sur la mort du chef de l'école flamande, avait accordé cet honneur à la ville de Bruges, revient à mon opinion dans une note où les sentiments patriotiques s'unissent dans une douce alliance aux sentiments religieux : La fille de Jean, allant à Maseyck se sacrifier à Dieu, retourne au berceau de sa famille, le choix qu'elle fait d'un monastère situé dans une petite ville si inconnue, si éloignée, doit avoir été inspiré par le souvenir d'un grand-père, d'une grand' mère enterrés dans le cimetière d'une église où Lyennie venait vivre et mourir. M. Kervyn ajoute : Quant à Jean van Eyck, il s'est préoccupé assez peu de ?ious faire connaître quel fut son père; son siècle na pas mis plus de soin à nous apprendre ce que devint sa postérité. Il semble qu'un grand homme doive s'isoler dans sa supériorilé : moins on aperçoit les liens qui l'attachent à la terre y plus il s'élève vers ces régions sacrées du ciel que devine l'œil de son génie.
Il est impossible de mieux dire, mais tel est le privilège de la gloire ; elle inspire les écrivains qui la racontent; les frères Van Eyck ont plusieurs fois
1 Tome I, page lu.
INTRODUCTION. XXXtll
déjà rendu ce service à leurs compatriotes. M. K. de Lettenhove parle de tous les personnages de ce temps,, des plus célèbres comme des moins connus, avec une aisance, une assurance qu'il doit au long commerce qu'il a eu avec eux ; au reste , il veut bien reconnaître qu'en dehors des artistes , et je comprends les hommes de lettres dans cette catégorie , je n'ai cité les autres noms qu'accidentellement, et alors seument qu'ils se rattachaient à une missiop littéraire ou à une œuvre d'art. Dix volumes n'auraient pas sufli à mes extraits si j'étais sorti de mon cadre.
Je réserve, pour le dernier volume de ces études, un errata complet sur tout l'ouvrage, sans que ce refuge assuré de mes fautes m'encourage à en augmenter le nombre. J'indiquerai ici quelques erreurs , échappées à l'attention la plus soutenue , en commençant par repousser une excuse que m'offre , avec bienveillance, M. Jules de Saint-Genois , mais dont je ne saurais me contenter. Ce jeune savant croit que j'ai défiguré des noms propres, parce qu'il les trouve écrits de plusieurs manières différentes , et souvent d'une manière très-contraire à la forme reçue; mais il ne m'en impute pas la faute, il accuse les copistes que M. de Laborde a dû employer1.
1 Messager des sciences historiques de Gand, année 1849, page 263, Cette revue trimestrielle a déjà atteint son vingt-cinquième volume, <t elle a conservé la faveur d'un public littéraire d'élite. Je lui ferai cependant un reproche; il est grave. Pendant vingt-huit années, grâces à l'influence heureuse d'hommes passionnés pour la gloire nationale, le Messager de Gand était devenu le Moniteur de l'art flamand, et il présente ses archives presque complètes dans la suite des beaux travaux
IIe PART. — TOM. II.
XXXIV LES DUCS DE BOUKGOGiNE.
Si mon copiste commet une faute , c'est ma faute, car je suis seul mon copiste ; si des recherches plus patientes constatent plus tard des omissions dans des extraits, ces omissions devront m' être reprochées, car seul je fais le pénible dépouillement de ces volumineux registres ; enfin , si mes épreuves sont mal corrigées, si mes tables sont fautives ou incomplètes, il faudra encore en charger ma responsabilité , car je suis mon seul correcteur, et les- tables de cet ouvrage sont composées par moi. Cet excès de conscience a ses inconvénients, je le sais : dans toute grande opération il est sage de diviser et de répartir habilement les travaux. Tel qui fait un dépouillement avec la sagacité voulue ne saurait apporter dans ses transcriptions une fidélité assez scrupuleuse, ou bien il est incapable de saisir, au passage de la lecture, les fautes de l'imprimeur. Mieux vaudrait donc confier chaque nature de travail à l'esprit qui lui est le plus propre. Voilà bien la théorie ; mais
par lui publiés sur les points les plus difficiles de la vie des peintres et sur l'influence de l'école du quinzième siècle. Depuis trois ou quatre ans cette revue semble s'être fermée aux recherches de ce genre, c'est à d'autres recueils qu'il faut demander ce qui devrait se trouver dans celui-ci. Et par quoi a-t-on remplacé ces dissertations qui avaient le mérite d'être éminemment nationales, tout en offrant un intérêt européen? Par des dissertations sur la loi salique, sur les antiquités celtiques, sur des minuties philologiques; par des biographies d'hommes fort inconnus en Europe et d'une célébrité contestable en Belgique môme: quoi encore? Par un ensemble de rédaction vague à force de prétendre à l'universalité. Que les hommes distingués qui dirigent cette revue y prennent garde : on a perdu des empires en s'endormant sur des trônes qui semblaient aussi solides que la vogue dont jouit encore le Messager de Gand.
INTRODUCTION
dans la pratique, cela produit l'incohérence et les contradictions les plus bouffonnes. C'est pour avoir été choqué de ces défauts dans la plupart de nos ouvrages modernes d'érudition , que j'ai résolu de n'appeler personne à mon aide et d'accomplir seul, moins bien sans doute et plus lentement, un travail qui compensera quelque peu , par sa suite et son ensemble, les incorrections qu'on pourra lui reprocher.
L'essai des canons fait à Tournay en septembre \ 346 n'était pas, comme je l'avais cru , le plus ancien dont les documents fassent mention pour la Belgique : M. K. de Lettenhove en avait cité un exemple plus reculé de cinq années, dans son excellente histoire de Flandre1. On sait d'ailleurs combien cette grande question de l'invention ou de l'importation de la poudre en Europe a été élaborée tout récemment avec soin et discutée avec talent par MM.Reinaud ,Lacabane2, Ludovic Lalanne 3 et d'au-
* « Les beffrois que Froissart place au siège de Tournay sur les na* vires réunis par les communes flamandes, étaient vraisemblablement garnis de canons comme ceux dont le roi Jean fit usage devant Breteuil , car elles avaient dans leur camp, d'après les comptes de la ville de Bruges , un grand nombre de nouveaux engins qu'on nommait ribaudequins : — Niewen engienen die men heet ribaude. Ils étaient placés sous les ordres de Pierre Van Vullare : — Pieter Van Vullare meester Van de ribàuden. — Comptes manusciits de la ville de Bruges, 1340, folios 138, 14 8 et 150. Comparez les comptes de l'année suivante, folio 68, et voyez aussi dans les comptes de 1346, folio 161, l'énumération des matières inflammables qui servaient aux sièges. » Histoire de Flandre , tome III , page 2*7.
2 De la poudre à canon et de son introduction en France. Bibl. de l'École des chartes. 2* série, tome I, page 28, et dans le Journal des armes spéciales , numéro de mars 1845.
3 Recherches sur le feu grégeois et sur Vintroduction de la poudré à canon en Europe. Brochure in-4°. Paris, seconde édition, 1845.
très. Nous approchons d'une solution définitive et rigoureuse1.
Dans les recherches auxquelles je me consacre, deux causes différentes et également puissantes rendent difficile la transcription des noms. C'est, en premier lieu , la négligence des anciens scribes ou plutôt leur complète indifférence , c'est ensuite la difficulté d'interpréter certaines lettres, telles que les n, les u et les v, qui ne se distinguent pas entre elles :
Fan der Donck ou Van der Douck ,
Artur Doucher ou Artur Doncker,
Nievene ou Nieneve.
Familier avec les langues germaniques , je me suis laissé guider par une sorte de goût musical en rapport avec l'étymologie et la prononciation et il
1 Voici un renseignement qui, au milieu de ces discussions, est resté inédit. On le doit à M. Deval, qui l'a trouvé dans les archives du château de Brioule, situé à 18 kilomètres N.-N -O. de Montauban. C'est une ordonnance de défense. J'en citerai seulement le titre et cinq articles :
« Aycho es le ordenansa fâcha per quai maniera, estaran las gens en las deffenssas , dins lo castel de Biole , lasquals fe mossenhor Hnc , senhor de Cardalhac e de Biole, lo dimenge davan Rampalm , l'an m. ccc. XLVI.
» Que aia dos homes per trayre am las balestas de torn.
» Item, dos autres homes per trayre am los canos.
» Item, autres dos homes per trayre am las peyras.
» Item que al capitani de cascuna garda bayle hom la artilharia que mestier hi fara. E que aquelh se aia a prendre cura que no anes ges la artilharia a perdicio. E que aquelh se aia a prendre cura que aia be tota sa artilharia e tôt son bezouh.
» Item, que hi aia gran foyo de sulpre mort, e gian quantilat de sulpre vio, e de salpetra, e de camfora, e de glassa et de tôt aycho per ar polveras als canos, o per gitar fuecas sobre los castels o quatas d'aquilh de foras »
INTRODUCTION
est certain que j'ai dû souvent me tromper ; le lecteur suppléera à mon insuffisance l. Toutefois et déjà je reconnais que j'aurais dû transcrire Roland d'Uuterke au lieu de Roland d'Unterke, et Georges Chastelain, dit de Masmines, au lieu de Manines; mais il faut faire la part de la fatigue et de l'espèce
1 Voici les corrections proposées par M. l'abbé Carton, elles méritent d'autant plus l'attention qu'il a , pour cette série de noms , les documents originaux sous les yeux. Il faut remarquer toutefois que la véritable orthographe d'un nom s'établit par la comparaison de plusieurs documents, et que Pierre Coustain , par exemple, est le véritable nom du peintre des princes :
Van der Douck, lisez Dereis Weyts, Pierre Nachtegaele , George Van der Doue , Gils Van der Muelenc, Pierre Bamaere , Wautier Beraerc , Jean Mulekyn, Corneille Van der Driessche, Guillaume Malthys, A dur Doucker, Chrétien Bramaere, Jean Hugnezuene, Ghillebyn Walens , Pierre Coustain, Ghesbert De Crâne , G. Baert, Wissinck , Michel Walens , Jean Van Memsinghem , Nieuwerborch (Pierre Van) , Nicolas Ottozueue, Corneille Rycks, Jean Morillee, Michel Den Cuenninc
Van der Donck.
Dycus Weyts.
Mr P. Nachtegaele.
George Van der Donc.
Gills Van der Muelene.
Pierre Bramaere.
Wautier Beraet.
Jean Malekyn.