Les ducs de Bourgogne
L'impression de ce volume était terminée quand j'ai appris que l'Académie royale de Belgique , siégeant à Bruxelles , avait décidé , sur la proposition de son secrétaire perpétuel , qu'elle réunirait tous les documents nécessaires à la composition d'une histoire artistique de la Belgique. Il appartient , en effet, à une compagnie savante, à un gouvernement libéral, d'entreprendre cette tâche; tout mon zèle n'aurait pas suppléé aux immenses ressources dont l'Académie royale va disposer. Cette circonstance impose quelques modifications à mon plan : elle m'oblige à ajourner mes recherches dans les Archives des Pays-Bas, et à publier d'abord les docu-
ments fournis par les Archives de Dijon, de Bourges, et par les grands dépôts littéraires de Paris.
Si, contre mon attente, l'Académie royale de Belgique, comme tant de commissions, se montrait impuissante à produire avec suite une œuvre conçue avec ensemble, je retrouverais mon zèle, je reprendrai mon plan primitif.
INTRODUCTION
L'histoire des arts, au moyen âge, dans les pays situés au nord de l'Italie, ayant été négligée par les contemporains, c'est à notre époque qu'il revenait de l'écrire; mais jusqu'à présent on s'y est mal pris. Les uns, s'attachant aux monuments seuls, n'ont pas fait assez la part des interruptions violentes amenées par les guerres et les révolutions , ils ont nié l'activité des artistes, faute de retrouver leurs œuvres: les autres, demandant leurs renseignements aux livres, ont déclaré qu'il n'y avait pas d'arts, parce qu'ils ne trouvaient pas leur histoire toute faite et tout imprimée. Il y a injustice de part et d'autre : l'art a été actif, brillant, productif; il a occupé une place importante dans les goûts et les habitudes , mais sa trace ne se retrouve plus aujourd'hui que sous la poussière des archives et dans les collections éparses. La recherche des documents inédits, l'étude critique des monuments originaux , telle est donc la base d'une histoire vraie des arts en Europe, et particulièrement en France, pour l'époque qui précéda, qui
Hc PART. — TOM . I. a
II INTRODUCTION
prépara ce qu'on est convenu d'appeler leur renaissance au seizième siècle.
Sous ce rapport, après tant de travaux remarquables, on peut dire que les archives n'ont pas été explorées. Voici quel est mon plan, j'ai le droit de ne plus dire mon projet. J'ai pris pour cadre l'histoire des ducs de Bourgogne ; elle abonde en informations ; elle a illustré les noms d'une longue série de chroniqueurs et celui de l'historien Commines; elle a même donné de nos jours quelque renom à d'habiles écrivains, aux bénédictins, à M. deBarante et à ses savants éditeurs, MM. de Reiffenberg et Gachard.
L'histoire des arts a beaucoup à prendre dans ces documents ; les chroniqueurs étaient de leur temps , ils voyaient avec les yeux de la foule. Le luxe des arts, la magnificence des costumes , l'éclat des fêtes étaient leur passion et leur vie, mais ils répéteront vingt fois une banale formule d'admiration plutôt que d'entrer dans un détail de fabrication , de citer un nom d'artiste, de dire le prix d'un objet. Ces renseignements, on doit les demander aux archives; ils se trouvent dans une série de documents pour ainsi dire familiers et domestiques , que je divise en trois classes :
\ 0 Les Comptes.
Les comptes sont les documents les plus explicites, les moins contestables; ils consignent le fait; ils l'enregistrent parce qu'ils le payent , mais ils ne l'ont
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payé qu'après avoir régulièrement constaté par témoin, affirmation et quittance, qu'il est dûment accompli. Quelle autre source d'informations porte avec elle plus de certitude? je n'en connais aucune; car je vois les chroniqueurs se tromper quand ils ne se vendent pas, les chartes mentir dans tel ou tel intérêt; quant aux médailles, n'en avons-nous pas de frappées d'avance pour telle victoire que le Dieu des batailles a tournée en défaite! La critique, il est vrai, vient au secours de l'érudition; mais, dans les comptes , elle n'a rien à voir ; ce qui est payé est un fait accompli, désormais acquis à l'histoire.
Les comptes embrassent la vie publique et privée, ils trahissent les forces de l'État et les faiblesses des individus. Nous avons les registres généraux des finances des ducs de Bourgogne, des dépenses de la cour, de l'administration municipale de presque toutes leurs villes, et de beaucoup des églises de leurs domaines. Ici les comptes des péages et les droits d'importation et d'exportation, tableau vivant de l'industrie; là les comptes judiciaires, enregistrement des amendes et des compositions financières faites avec les délinquants, véritable statistique morale ; nous possédons des cahiers de dépenses spéciales, soit d'une grande fête ou d'une entrée royale, soit d'une noce ou d'un enterrement ; ajoutez des rôles de journées, des journaux de voyage, des menus de festins, et songez que tous ces documents sont autant de sources nouvelles d'informations authentiques.
INTRODUCTION
2° Les Inventaires.
Les inventaires sont de toutes sortes ; ils étaient dressés à toute occasion , soit pour la responsabilité des gardes qui, faute d'autre garantie, les renouvelaient fréquemment , soit après décès pour constater les droits des héritiers. Ici, c'est un inventaire de joyaux mis en gage, là un inventaire de la vaisselle envoyée à la fonte. C'est un roi de France ou un duc de Bourgogne qui inventorient ce que leur fille emporte de joyaux, de vêtements et de meubles en se rendant au pays de son époux , ce sont des inventaires de successions royales et princières. Que diraije? la richesse en nature étant alors tout ravoir, les inventaires formaient le grand livre de toutes les fortunes, et on conçoit que nous y trouvions les détails les plus intimes de la vie privée, surtout si, comme la logique l'exige, nous y réunissons les actes de donations, les fondations de toutes sortes, les contrats de mariages, les établissements de douaires et les testaments.
3° Les Correspondances.
On écrivait beaucoup au moyen âge, et les correspondances étaient d'autant plus actives qu'elles formaient alors les seuls moyens d'information et de publicité. Les descriptions des fêtes, des entrées, des obsèques se lient aux lettres missives qu'elles accom-
INTRODUCTION. V
pagnaient, et forment avec elles un ensemble de documents très-précieux pour l'histoire des arts.
Aux chroniqueurs avaient succédé les historiens. Armés de chartes , d'actes officiels , de diplômes, ils ont fixé la chronologie , en gravant les grands contours des figures, sortes de silhouettes un peu sèches et passablement vides. Il nous appartient de modeler ces profils, d'amener à la vie ces physionomies inanimées. En écrivant l'histoire des arts, des lettres et de l'industrie , nous préparerons la palette aux vives couleurs, aux nuances délicates. Vienne le maître, et le tableau sera complet.
Mes recherches dans les archives générales du Nord m'ont fourni la matière des trois premiers volumes de cette collection de preuves. Je vais rendre compte de mes travaux; je parlerai ensuite, mais sommairement, des recherches que j'ai commencées dans les archives de la Belgique, de la Bourgogne, du Berry et de Paris : elles donneront les éléments des volumes suivants.
Lille, Dijon et Bruxelles conservent tout ce qui nous reste de la comptabilité des ducs de Bourgogne. Ces villes ont recueilli tous leurs actes, tous leurs titres, et leurs archives réunies nous représentent les archives de ces brillants souverains. Une étoile heureuse planait sur ces précieux dépôts. Au grand nom
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des Godefroy qui, pendant près d'un siècle, se transmettent sans interruption avec le titre de garde des archives et les clefs des armoires, l'érudition et l'aptitude qui conviennent à cette charge, se joignent avec bonheur le nom du courageux Ropra l, du sa-
* Denis-Joseph Godefroy , garde général des archives , ayant émigré en 1792, Ropra, son commis, lui succéda. Si un nom obscur, des fonctions modestes , méritent d'être signalés à l'histoire , Ropra a conquis ce droit par sa conduite courageuse, son bon sens et un parfait sang-froid dans un temps de vertiges. Il a sauvé les Archives de Lille, et je ne puis résister au plaisir de citer la lettre du ministre de la république et la réponse de son commis; il y a dans la première toute la brutale ignorance d'un chef de parti ; il y a dans la seconde toute l'ironie piquante, tout le bon sens de la nation.
Le ministre de l'intérieur répond à une protestation de Ropra contre les lois de 1792, qui ordonnent de brûler tous les titres de noblesse et de détruire sans examen préalable nos dépôts historiques les plus importants.
« Paris , le 27 février 1793 , an n de la république.
» Je ne vois , dans les papiers de l'ancienne chambre des comptes de Lille , rien à conserver que ce qui peut établir des créances de la nation envers des comptables , et cette vérification ne me paraît pas devoir exiger des recherches ni longues ni pénibles. Tous les papiers anciens et d'écriture gothique ne doivent, là comme ailleurs , être que des titres de féodalité , d'assujettissement du faible au fort, et des règlements politiques heurtant presque toujours la raison, l'humanité et la justice ; je pense qu'il vaut mieux substituer à ces inutiles paperasses la Déclaration des droits de l'homme : c'est le meilleur titre qu'on puisse avoir. Je vous engage donc à vous conformer à ces observations : agir dans d'autres principes ne serait pas de votre part se montrer digne de la confiance qui a déterminé le choix que l'administration a fait de vous.
ti (Signé) Garât. »
Le petit commis répond au puissant ministre :
« Lille , le 2 mars 1793.
» Lorsque j'ai sollicité de votre prédécesseur la place de garde des Archives de la chambre des comptes, c'était dans la supposition que ces Archives étaient utiles à la république. Ma commission me charge de veiller à la conservation du dépôt qui m'était confié, c'est pourquoi j'ai cru pouvoir vous prévenir des dégâts que le commissaire de la comptabilité , celui du département et leurs manœuvres y avaient commis. Je vous ai observé en même temps qu'on ne devait pas prendre des aveugles pour juger les couleurs; vous me paraissez être d'une autre opinion , puisque, sur le témoignage d'un administrateur de la comptabilité, qui ne connaît pas plus le prix des antiquités diplomatiques que le coq de la fable ne connaissait celui du diamant qu'il avait trouvé, vous décidez qu'il n'y a dans les papiers de l'ancienne chambre des comptes rien à conserver, et vous ordonnez la destruction de ces archives nationales, peut-être les plus intéressantes que la répu-
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vantet zélé M. LeGlay1, de l'infatigable M. Gachard à Bruxelles, de M. Maillard de Chambure à Dijon et de son digne successeur, M. Rossignol. L'esprit d'ordre et la constante sollicitude de ces archivistes distingués ont compensé, autant qu'il était possible, les désordres et les ravages, fruits des révolutions.
blique possède. Je n'ai aucun moyen pour empêcher l'exécution de cette résolution meurtrière. Ainsi je remettrai les clefs de ce dépôt aux personnes qui seront chargées de le supprimer. En recommandant à ces charticides de n'épargner aucun papier ancien et d'écriture gothique, vous pouvez être assuré que vos intentions seront remplies de la manière la plus complète et qu'ils n'y laisseront rien , si ce n'est peut-être des inventaires, auxquels il faudra bien faire subir le même sort, puisqu'ils ne pourraient servir qu'à faire connaître et regretter des pertes irréparables.... Et il n'en coûtera à la république, pour remplacer tout cela, que quelques exemplaires de la Déclaration des droits de l'homme. Assurément c'est une belle invention que la substitution de la Déclaration des droits aux chartes, aux titres et aux livres. Vous faites de cette Déclaration la science universelle, et je ne sais, citoyen ministre, comment les pauvres hommes pourront reconnaître une découverte aussi importante.
n (Signé) Ropra. »
A une époque où le bourreau intervenait dans toutes les résistances, celle-ci n'était pas seulement spirituelle, elle était héroïque, et eut pour résultat de faire rélléchir l'autorité centrale, et de ramener à des décisions moins barbares , si toutefois il est permis d'effacer le mot de barbarie du front de cette administration qui n'envoya pas moins de trois cents voitures de vieux parchemins à l'Arsenal, documents précieux à jamais perdus.
1 L'histoire des tristes vicissitudes par lesquelles ont passé les Archives de Lille a été éloquemment tracée par M. Le Glay. A ce savant, qui ne craint pas de rester spirituel , il appartient de raconter les années de splendeur et les jours de calamité du dépôt qui lui doit déjà un abri, et cet abri est un palais; un ordre systématique, et cet ordre en décuple la valeur. Je renvoie à ses deux notices :
Le Glay : Notice sur les Archives du département du Nord. Lille , in-8°, 1839. Le Glay : Histoire et description des Archives générales du département du Nord, à Lille, page 44 des Documents historiques inédits, t. II. Paris, in-4°, 1843.
On complétera ces sources d'informations avec les deux rapports de l'archiviste général du royaume belge, qui explore successivement les principales Archives de l'Europe au grand profit des études historiques :
Gachard : Rapport à M. le ministre de l'intérieur sur les Archives de la chambre des comptes de Flandres, à Lille, et sur les travaux à y exécuter dans l'intérêt de l'histoire de la Belgique. In-8» de 34 pages.
Gachard : Rapport à M. le ministre de l'intérieur sur différentes séries de documents concernant l'histoire de la Belgique qui sont conservées dans les Archives de l'ancienne chambre des comptes de Flandres, à Lille. Bruxelles, in-8°, 1841.
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Si les comtes de Flandres avaient soigneusement conservé leurs chartes dans le château de Ruppelmonde, les ducs de Bourgogne de la première race n'avaient pas témoigné moins d'intérêt pour leurs titres qu'ils faisaient garder dans la tour du château de Talant. En allant en Flandres , Philippe-le-Hardi ordonna que le riche dépôt fût placé à Dijon dans son château même. La garde en avait été confiée en 1 367 à Guy Rabby , doyen de la chapelle de Dijon ; plus tard (16 février 1381) à Jean Potier, enfin à Jean Coullier, également doyen de la chapelle (7 septembre 1 392). Le duc Jean confirma cet archiviste dans ses fonctions (26 février 1 406), et lui donna pour successeurs Hugues Morel (6 novembre 1 408) et Jean de Maroilles (6 mai 1 409). Philippe-le-Bon nomma pendant son règne un seul archiviste , Thomas Bonesseau, successeur de Jean de Maroilles (10 octobre 1 430), et supprima cette charge, en laissant à la Chambre des comptes la surveillance sur une collection qui lui servait à elle-même d'archives.
Les Chambres des comptes devinrent ainsi les dépositaires des chartes et de tous les actes officiels ; il y avait eu, longtemps avant cette extension de leurs attributions, un dépôt des chartes à Ruppelmonde et à Lille, et le titre de gardien de ce dépôt n'était pas une des charges les moins importantes parmi les offices des comtes de Frandres et des ducs de Bourgogne *.
1 Thierry Gherbode fut nommé à cette charge le 30 novembre 1399; Jean de la Keythulle, le 28 janvier 1421;
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Nous n'avons ici à considérer les Chambres des comptes que dans leur action sur la comptabilité. Cette institution , imitée de la Chambre des comptes de Paris, étant très-connue, nous parlerons uniquement des deux recettes générales, des deux gestions particulières qui divisaient l'administration financière des domaines rangés sous son contrôle. Toutes deux présentent, dans leur ensemble, le tableau des richesses de ces redoutables princes et de leurs goûts dépensiers, soit qu'ils arment, soit qu'ils s'ébattent; car alors tout est confondu ou plutôt tout est réuni dans la main du souverain. La défense de
Georges d'Ostcnde, le 26 août 1 4 :ï 3 , Roland Pyjie, le 12 février 1449; Jean de Scoenhove, le 29 mai 1462 ; Barthêlemi Trotin, le 12 août 1467.
Ce dernier garde des Archives recevait 120 livres de quatre gros en appointements; il fut remplacé, en 1485 , par Gérard Numan. M. Le Glay a publié, en 1835 , sur ces fonctionnaires, ses prédécesseurs, d'intéressants renseignements qui forment, dans leur succession régulière, toute l'histoire des Archives de Lille. M. Gachard les a complétés.
Les actes d'installation de ces anciens archivistes prouvent la sollicitude imposée à leur gestion et la part de responsabilité qui leur était dévolue. Ces actes sont connus , je ne crois pas qu'il en soit de même de l'engagement suivant que j'ai extrait, avec tant d'autres documents curieux , de l'immense collection d'Énans conservée à la Bibliothèque Nationale de Paris, département des Manuscrits :
« Antoine de Bourgoingne, duc de Lembourg, — etc., — comme nostre très chier seigneur tt frère le duc de Bourgoingne, conte de Flandres, d'Artois et de Bourgoingne ait ordonné et par ses lettres mandé à maistre Thierry Gheerbœ, son conseiller, de bailler et délivrer par inventaire , à nous et à notre certain commandement , les clefs de la trésorie des lectres qui sont à Nivelles et toutes les chartes, lectres, avec les répertoires d'icelles que ledit maistre Thierry a devers lui et en sa garde, qui nous touchent à cause de notre traicté de mariage, — pour ce est il que nous avons promis et promectons loyalement et en bonne foy que les dictes clefs, chartes, lectres et les répertoires d'icelles rendrons et restituerons. — Obligeons nous et nos biens par ces présentes , ausquelles , en tesmoing de ce , nous avons fait mectre nostre scel. Donné à Maie, le xxvn jour d'avril, l'an de grâce mil mi et cinq. »> (Collection d'Énans, tome il , folio 102.)
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l'État étant sa propre défense, les dépenses occasionnées par ses plaisirs sont inscrites sur les mêmes registres avec les dépenses imposées à ses devoirs. Il paye, de la même main et sur les mêmes fonds, ses hommes de guerre et ses orfèvres, ses ambassadeurs et ses bâtards.
La première de ces recettes générales , celle que Philippe le Hardi trouva en activité, lorsqu'il succéda à Louis le Mâle en 1384, était la recette générale de Flandres; il la conserva, en la soumettant au contrôle d'une Chambre des comptes quil établit à Lille le 15 février 1386, en imitation et sur les bases de celle qu'il avait instituée dans ses domaines de Bourgogne, toutes deux copies fidèles de la Chambre des comptes qui fonctionnait à Paris utilement depuis près d'un siècle.
Cette recette générale de Flandres se continua jusqu'en 1468, époque où Charles le Téméraire, mettant un peu de son surnom dans toutes les mesures de son règne, supprima cette administration et la remplaça par trois receveurs généraux qui avaient leur centre d'opération à Gand, Bruges et Ypres.
Les archives de Lille ont heureusement sauvé du pillage le plus grand nombre des registres de cette comptabilité , et on les reconnaîtra dans mes extraits sous la rubrique Archives de Flandres. Quelques registres ont passé à Bruxelles l, à la suite des traités,
1 Les années 1374 , 1413-14 , 1444, 1473 et 1478.
miiobucuoN. xi
dans des partages où l'estimable Godefroy défendait mieux nos intérêts que ceux de la logique. Nous les retrouverons dans les archives royales de la Belgique.
La seconde série des registres appartient à la recette générale des finances. D'un caractère intime dans l'origine, cette
t comptabilité devient peu à peu, par suite de l'accroissement de puissance des ducs de Bourgogne, le véritable tableau de leur gouvernement, comme celui de leur intérieur.
Les comptes de la recette générale des Çjj^ finances peuvent se compléter, à quelques ^ lacunes près. Ainsi, on trouve à Dijon les ^ registres des années 1 384 à 1 41 9 ; à Lille rj£ les doubles de plusieurs de ces années et les registres originaux des années 1 419 à 1661 ; enfin à Bruxelles les registres des années 1663 à 1783.
fLes comptes des années 1384 à 1482 nous ont occupé exclusivement; ils étaient <u <ïl transcrits chaque année sur parchemin , 5 S avec un certain luxe et d'une belle écri- ^ ture, que ce fac-simi le représente assez exacv5%~f^ tement , au moins pour une série de vingt années, avant et après 1 448. On en faisait deux ou trois copies : Tune était placée à la Chambre des comptes de Dijon, l'autre à la Chambre des
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comptes de Lille; quand il y en avait une troisième, elle restait à la disposition du souverain.
Chaque année ces comptes s'étendent, les dépenses se spécialisent davantage, et la confusion, si grande d'abord, tend peu à peu à disparaître devant une comptabilité plus régulière. Dès 1 430 , les recettes sont à leur place, les officiers de cour à leur rang; et ce n'est pas peu dire, quand on connaît la nomenclature des grandes et petites charges , qui commence aux princes et va aux potaigers et aux aides-potaigers, aux souffleurs de cuisine et aux aides-souffleurs. On apprécie grandement cette méthode, quand on s'est fatigué à sauter, alternativement, au milieu des mêmes formules de rédaction, du conseiller au queux, du chambellan au poissonnier, des gens d'armes aux épiciers, des peintres aux gardes huchiers, saulciers, etc., etc.
On peut considérer la composition du compte de l'année 1 450-1 451 comme la plus complète, comme celle qui donne le mieux l'idée des recettes et des dépenses de cette vaste administration. En voici les sommaires :