‹ Les ducs de BourgogneChapitre 10 sur 164 · L\'1II · texte numérisé non relu

L\'1II

INTRODUCTION

quiel et Jacques Deschamps ont inscrits, au quinzième siècle, dans le journal de leur couvent, ont été déjà

dre se ymage saint Pol et faire se représentation devant, qui cousta ossic s. haynnau sont x l. haynnau paiez par Amourri.

L'abbé Jean le Robert continue à noter ce qui intéresse l'histoire , son couvent et son petit intérieur. Voici le détail de ce que lui coûte l'éducation de son neveu Girardin le Robert :

1445. — Item pour i doctrinal getté en molle, envoyet quérir à Bruges, par Marquât, escripvain de Vallenciennes ou mois de jenvierxLv pour Jacquet xx s. ts'enheult (et en eut) Sandoins i pareil que l'église paya.

— Item payez le pénultième jour de Mardi, devant Paskes, l'an xlv, à maistre

Bertrain pour le fachon d'un facet, d'un cartula , d'unes Rieuletet d'un

qu'il avoit fait faire en papier pour Jaqutt et pour Girardin à prendre (faire apprendre) vi s. vm d.

— Recheu à Leurent, men frère, le inie jour de may l'an xlvi, pour payer l'escolle et grammaire de Jaquet sen fil, pour i an, fissant le cinq d'avril précédent vu s. de lequelle somme je payay à maistre Berlran le jour de l'Ascencion l'an xlvi, en Je cambre des comptes, présent sire Pierre Cornufou ix pièces pour c s., l'année de Jaquet finant le vie d'avril, devant Paskes, l'an xlv darrain passé, se fu content de ix pièces pour ledit an , nonobstant je lui baillay vu s.

Item donné à Grardin et à Jaquet, le XVIIe de septembre, qu'il cuidoient aler à le ducasse (dédicace, fête communale) de Haveluy se fist trop lait (trop mauvais temps) , il paire de coutiaux et II courroies et n canivet , qui coustèrent v s. t. — Item pour n paire de patins pour Jaquet et Grardin, environ le sainte Isabel. . .

XLVI, II s.

Item pour avoir fait refaire et rapointier les vieses cottes , cauches et blanques de eulx, environ ce terme mis.

S'il ne s'était agi que de vieilles cottes, j'aurais passé sous silence l'éducation de Girardin, mais cette suite d'acquisitions et surtout ces livres, jettés en molle, méritent bien qu'on s'y arrête. Je ne rentrerai pas avec l'abbé Ghesquieres et Mercier de Saint-Léger dans la discussion soulevée par cet article, mais je citerai un passage de Commines. Il n'est pas intervenu encore dans le débat :

«En ce temps, mil quatre cens quatre vingtz et dix huict, que le roy Charles est trespassé, est finy aussi frère Hieronyme (Jérôme Savonarole ) a quatre ou cinq jours l'un de l'autre, et vous diray pourquoy je faiz ce compte. Il a toujours presché publiquement que le roy retourneroit de rechief en Italie.... Et tous ses sermons premiers et ceulx de présent, il les a faict mettre en molle et se vendent. » Ch. xxvi.

Sauvage, et les autres éditeurs, avaient interprété en remplaçant cette expression par : il les a fait imprimer. Mademoiselle Dupont est remontée au texte de Commines.

Pour en revenir à l'abbé Jean le Robert, il continue à enregistrer le gros et le menu. C'est Jean de Bourgogne, évêqne, qui vient jouer à la paume dans le couvent, et Philippe le Bon en 1448 qui vient s'y enivrer; il est vrai que le bon prince se vante au souper de faire rouler

INTRODUCTION. LIX

l'objet de plusieurs publications; il m'a suffi, pour en faire usage dans mon texte, de rectifier quelques erreurs dans les transcriptions , erreurs fort excusables en face d'un original aussi négligemment écrit , aussi fatigué.

La comptabilité du quinzième siècle, en apparence si simple , les écritures à première vue si concises , se compliquaient dans la pratique et pour chaque

l'abbé sous la table avant lui. Il y a de la couleur historique sur cette palette toute locale; j'extrais ce curieux et important passage à l'année 1459. Jean Robert avait la main heureuse, en faisant choix, pour la décoration de son église, du pinceau habile d'un artiste qui sut , entre son célèbre maître et son admirable élève, conquérir sa grande part de célébrité européenne :

1459. — Pour i tableau de pointure fait à Bruxelles assis en l'église de chéans.

Le xvi de juing, l'an lv , je Jehan , abbé , marchanday à maistre Rogier de le Pasture (traduction de Rogier van der Weiden), maistre ouvrier de painture de Bruxelles, de faire i tableau de v pieds en quaraire,à n huystoires, de telle devise que l'ouurage le monstre. Et furent les devises faictes à pluiseurs fois, et ossi il fist ledit tabliau de VI piez et demi de hault et de v piez de large pour le bien de lœvre; lequel tabliau fu parfait à le Trinité, l'an LIX, se cousta en principal mi** riders d'or de xmi s. un d. le pièce, monnoie de Cambray, dont il fu tous paiiez du nostre à pluiseurs foiz. Se fu donné à se femme et à ses ouvriers, quant on l'admena , 11 escus d'or de mi 1. XX d. tournois. Se fu admcnez chéens par le kar Gil lot de Gongnclieu du lioquier, le premier septemaine de juing , l'an LIX , se cousta en voiture à m cheval, à fardeler à Bruxelles, en winages, cauchies (droit de chaussée), en despens dudit carton (chartier) et de Jcnnin de Montegui , clerc de cheens , que y furent IX 1. xv s. x d. t. , et n mencauts d'avaine de xxn g. et fu chéens admenez le vine de juing lix, et tout payé du nôtre.

Item donné à Pierart Remon, questier, Jehan Fcrmin, entailleur, et Martin le voirier, pour avoir assis ledit tauvelet encuersur hestaux les xix et xxc de juing, pour avoir ses veues , et pour sçavoir où on le poroit assir plus plaisamment, un patars pour aller desjunier.

Item payé , audit P. Remon, le vi d'août lix , pour une reprise et une liste de bos (pièce de bois) mis etassiz desoubz etdeseure ledit tableau, i lyon d'ordeL s. t.

Item marchandé à Jehan Cachet, fondeur, de faire et assir i candelet de keure (cuivre), à v candelers, devant le dit tabliau , par le manière qu'il est à veyr; s'en heult par marquiet (marché) fait en tasque (à la tasche) x escus de xx 1., paiiez par le cambre des comptes sur men compte le xvm d'aoust lix.

Item fut donné à ses ni variez, quant il l'eurent assis aplomb sur ... . (î) le pervigile Nostre Dame my aoust, lix pour leur vin, un patars de. . . vi s. vin d.

Item fu depuis payet à Hayne , jone pointre , pour poindre autour dudit tabliau le liste (cadre) et le deseure et jusques as cayères de cuer , lx s.- du nostre.

INTRODUCTION

objet, d'un marché signé par les parties contractantes, quelquefois d'un procès-verbal de réception de l'objet et toujours des certifications du chef de service , puis d'un mandement de payement , enfin d'une ou de plusieurs quittances; or la concision, le laconisme désespérant des articles des comptes auraient trouvé leurs commentaires, explicites jusqu'à la diffusion , dans ces pièces comptables , si nous avions eu le bonheur de les conserver *. J'ai vainement parcouru tous les cartons, dits de mélanges, classés dans les années 1384-1482, je n'ai trouvé que des documents sans importance, dont j'ai fait un résumé. Ce sont des journaux de dépenses de routes , des listes d'officiers de l'hôtel , des rôles de gens d'armes; mais les pièces comptables que je cherchais , je ne les ai pas trouvées. Il me reste un espoir. Les Archives de Lille, sous l'habile direction de M. Le Glay, ont vu successivement leurs différentes parties rentrer dans un ordre général et systé-

1 Dans un procès-verbal, dressé par deux commissaires de la comptabilité nationale, cbargés, en janvier 1793, d'opérer le triage des documents utiles à conserver ou bons à détruire, on voit que les pièces comptables étaient innombrables. Les citoyens , qui appréciaient l'importance des documents au poids et la valeur des parchemins à leur dimension, s'expriment ainsi sur ces pièces, comptes et acquits renfermés dans la première salle :

Nous avons estimé que le tout devait être du poids de 20 milliers. — Les registres des comptes avaient été altérés par la précipitation avec laquelle ils avaient été jetés, Ion du bombardement, dans les cours, la rue, le jardin et la rivière, et le peu de soin avec lequel ils avaient été ensuite recueillis dans une grande chapelle , d'où ils avaient été encore retirés, tant à cause de l'enfoncement du sol sur lequel ils avaient été posés, qu'à cause de la fermentation qui commençait à s'opérer.— Nos recherches dans cet amas de comptes , dont le nombre peut s'évaluer au moins à 30 mille environ , la plus grande partie en très-beau parchemin de 15 à 18 pouces, et dans les pièces justificatives, dont le volume est immense, nous ont donné la certitude qu'ils contiennent des choses rares et précieuses pour l'histoire.

INTRODUCTION. LXI

matique, un résidu reste cependant et il a une grande importance. Il se compose d'environ cinq charretées de pièces sur parchemin, échappées à cette époque de destruction , où les documents les plus précieux n'étaient retirés du bûcher que pour servir aux usages les plus vulgaires. Ces pièces sont encore grossièrement ficelées, telles qu'elles ont été retirées des arsenaux, où on les destinait à la fabrication des gargousses. Elles sont déposées dans une salle basse des Archives, à l'abri de la destruction, et M. Le Glay m'a promis, avant tout autre travail de classement, de procéder à leur dépouillement ; j'en attends le résultat avec curiosité et une certaine confiance. Le peu que j'ai examiné m'a prouvé que les documents les plus importants, depuis le onzième siècle jusqu'au dix-septième, étaient mêlés dans ce fouillis aux actes administratifs les moins intéressants \ Les chambres

1 Des quelques pièces recueillies dans une recherche trop courte pour être productive, assez longue pour en faire désirer la continuation, je citerai les suivantes:

Quittance du 1er janvier 1379 écrite sur papier :

L'an mil m<-' lxxix, le premier jour de janvier, fu marchandé à Pierre Dnimleville, faiseur d'oreloges, demorant à Lille, pour faire une oreloge pour ma très redoubtée dame madame la contesse de Bar, dame de Cassel, et ycelle mectre et asseoir en son chastel de Nieppe, pesant ycelle toute ouvrée mc 1. de fer, lequel fer yl doit lui pour faire l'ouvrage dessus dit ; et en cas où il li sanbleroit que icelluy ouvrage ne seroit mie assés (ort, et il y meist plus de fer en lui, toutes voies où il apartendroit avoir plus fort ouvrage, et qu'il fust bien emploie, madicte dame paiera tout le fer qui sera audit ouvrage , au pardessus des m« 1. de fer , et pour celui ouvrage faire bien loiaulment et justement au dit et regart d'ouvriers, et gens connoissans et expers en tel ouvrage , ledit Pierre ara et emportera la somme de xl frans d'or ou moien à levallue, c'est assavoir xxxvn gros de Flandres pour le franc, tant pour l'ouvrage dudit oreloge, comme pour les ni1' 1. de fer, dont mencion est faite par dessus, et en cas ou ledit oreloge peseroit plus de mc 1., ma dicte dame ly fera rendre et payer le sourplus du pois, comme dit est. Item mectera et assera ledit Pierre ycelle oreloge ou clochier ou l'autre oreloge est à présent, et tant comme il mectra de tamps à l'asseoir, il aura ses despens enl'ostel

INTRODUCTION

des comptes conservaient tous les titres comptables, les lettres de mandements , les instructions de toute

ma dicte dame sans autres gages. — Item se aucun deffaut avoit oudit oreloge, et qu'il ne fust mie fait en la fourme et manière qu'il appartient, il seroit tenu de y amender à ses propres coûts, frais et despens, au dit de bons ouvriers, experts et congnoissans en tel ouvrage. Item li doit estre baillié et délivré par Cassard Molinet pour et ou nom de madicte dame toutes manières de bois carpenté et ouvré, et ycelluy asseoir et mectre où il ordonnera estre mis pour asseoir et mectre ledit oreloge. Item doit avoir et aura ledit Pierre pour gouverner cescun an ledit oreloge, une cote des dras des officiers , toutefois que madame fera sa livrée , et sera aux despens de madicte dame toutes les fois qu'il venra visiter ledit oreloge et qu'il y faudra aucune chose, et y doit venir toutes fois que on le mandera, lequel ouvrage ledit Pierre doit rendre tout fait et assis ou dit clochier dedens le jour de Pasques prochain venant , toutes lesqueles choses ont esté faites et ordenées par Colard Levesque et Jehan de Chastillon, clercs et secrétaires de madicte dame.

Accord proposé au duc de Bourgogne par les corps de métiers de Bruges, le 24 mai 1407. (Original sur parchemin, scellé de 55 sceaulx en cire jaune).

Nous bourgmaistres , eschevins, conseil, hooftmans des bourgois et doyens et jurez des mestiers de tisserans , de foulons , de tondeurs, de tainturiers , de bouchiers, de poissonniers, de charpentiers, de mâchons, de couvreurs de tieules, de plommiers, de placqueurs, de couvreurs de steule, de feures, d'orfèvres, de armoyeurs, de pottiers d'estain, de corduaniers, de couroieurs de noir cuir, de taneurs, de adobeurs, de ouvriers de bourses et de couroieurs de blanc cuir, de gantiers, de chaucetiers, de parmentiers, de queutepointiers, de aigneliers, de vieuwaners, de vieupiltiers , de sauvaginiers, de boulengiers, de moulniers, de chapeliers, de pointres et de seliers, decuveliers, de charliers, de tourneurs ou ciriers, de huchiers, de artilliers, de soyeurs, de chandelleurs, de tapissiers, de teliers , de bateurs de laine , de barbiers , de coroyers , de gantiers , de ouvriers d'ambre, de frutiers, de pottiers de terre, de afforreurs de vin, de deschargeurs de vin, de cordiers, de maronniers et de couletiers de la ville de Bruges, pour et ou nom de toute la communaulté d'icelle ville , faisons savoir à tous, que, comme la dicte ville ait, depuis environ quinze ans ença, esté très petitement et mauvaisement gouvrenée par aucuns de ceulx qui durant le dit temps en ont eu le gouvernement, pourquoy nous feussions trais pardevers nostre très redoubté seigneur et prince nostre, le duc de Bourgoingne, conte de Flandres, en lui supplians très humblement que de sa grâce il voulsist pourveoir au gouvernement et réparacion d'icelle ville, en nous submectans de ce, comme raison est , du tout en sa bonne ordonnance, lequel ouvrant ses yeux de sa grâce et miséricorde sur nous inclinant à nostre très humble pryère et supplicacion comme bon , droiturier et naturel seigneur et prince, y pourveut et y a pourveu grandement et vaillamment, tant en la punicion des dits malfaiteurs comme en la réparacion de la marchandise de la draperie, hostellages, couletages, et en pluiseurs autres manières qui se monstrent clerement, tant par expérience de fait comme par notables ordonnances et lettres sur ce faites. Et en oultre nous requist de sa grâce et commanda que se nous voyons qu'il eust aucune autre chose à faire et réparer à sa dicte ville pour le bien et seurté d'icelle, nous y advisissions à bonne et meure diligence, et il estoit tousjours prest d'y pourveoir et ordonner tant et si grandement qu'il verroit estre prouffitable. Nous, considérans que la plus grant partie des maulx qui sont advenus en ladicte ville, sont advenus par la grant convoitise et mauvais gouvernement d'aucuns de ceulx qui ont gouverné etreceu les revenues et avoir d'icelle, et pour

INTRODUCTION. LXIII

nature ; ne devons nous pas espérer trouver là les renseignements les plus curieux?

Lille pouvait se conteuter de posséder le précieux dépôt de ses Archives générales , mais la vieille cité a tenu à honneur de conserver intactes ses propres Archives, et elles offrent, dans une suite non interrompue de recueils municipaux depuis 1318, une importance égale au point de vue modeste de l'histoire de la cité 1 .

J'ai examiné avec soin cette curieuse collection. Le peu de temps consacré à cette revue sommaire ne me permet pas d'affirmer, mais je crois qu'un

obvier à ce que pour le temps avenir, plus tel inconvénient ou samblable n'aviegne, nous supplions très humblement à nostre dit seigneur et prince que il doresenavant, ou ses hoirs et sucesseurs contes et contesses de Flandres, en lieu de l'ottroy de l'assis qu'il a et prent chascun an en la dicte ville, et que ses diz hoirs ou successeurs pourront prendre pour le temps avenir, sans lequel ottroy assis ne puet ou doye avoir cours en la dicte ville; lui plaise prenre chascun an la septisme part de toutes les cueillettes, levées et revenues quelconques de la dicte ville. En tesmoins de ce , avons , nous bourgmaistres , eschevins, conseil , hooftmans des bourgois, doyens et jurez des mestiers dessus diz, ces présentes lettres fait sceller du grant scel de la dicte ville et des scels des diz mestiers, qui furent faites et données l'an de grâce mil quatre cens et sept, le XX1UI* jour de may.

J'ai vu à Gand et M. de Saint-Génois a publié, dans le Messager des Arts (année 1842, page 397), un diplôme, en langue flamande, de l'année 1361, qui porte exactement les mêmes cinquante-cinq sceaux que l'ont voit appendus au bas de ce document. Sur le titre de 1407 les noms des métiers sont écrits en français à l'extrémité de chaque attache et ils correspondent, dans l'ordre où ils sont placés après le sceau de la ville de Bruges, avec l'ordre qu'ils occupent dans l'acte lui-même. Comme ces sceaux ont été gravés dans la Revue de Gand , on peut se servir de ma transcription pour rectifier quelques unes des traductions ou interprétations de M. le baron Jules de Saint-Génois.

1 Cette suite de registres municipaux, non interrompue quant aux titres , est grandement endommagée par l'humidité dans l'ignoble grenier où ils attendent, entassés, la reconstruction de l'hôtel de ville. C'est principalement sur les anciens registres qu'ont porté les détériorations.

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dépouillement régulier et suivi 1 serait plus intéressant pour l'histoire de la cité que pour l'histoire des

1 M. Brun-Lavaine, érudit consciencieux, a envoyé à la Société des antiquaires du Nord, et il m'a communiqué, pendant mon séjour à Lille, un mémoire qui prouve, mieux que toute autre démonstration, de quelle utilité peuvent être ces comptes dans l'histoire locale. M. Victor Derode en a tiré bon parti dans son Histoire de Lille, ouvrage recommandable que déparent un peu la boursouflure du style et trop de prétentions aux considérations générales; mais ni l'un ni l'autre de ces écrivains lillois n'ont fait le dépouillement que réclame l'érudition. J'ai extrait des registres pour les années 1381, 83 et 84 quelques articles qui m'ont fait regretter de ne pouvoir continuer ce travail. On remarquera l'emploi de la peinture à l'huile dès le mois d'août 1 383, non pas comme un arcanum , mais comme un procédé usuel et connu de tous.

Déjà M. Dumortier avait trouvé, dans les Archives de Tournay, la commande d'un tombeau faite, en 1341, à Wuillaume du Gardin, sculpteur, par Jean III, duc de Brabant. Dans cet acte et dans les paye ments, il est question de l'enluminure des statues : de pointure de hoiries couleurs à oie.

Les archives municipales de Bruges fournissent, à une date également très-ancienne, cette curieuse indication :

3151-52. Jan van der Leye , den schildere , van der Capelle te Stofïeerne ten Damme in der Steden Huus van Brugge, van goude van zelver en ail en manière van olye vaerwe dier toe behoorde, et eenen waireman, Vi>n cxxv dach wercken up syn selve cost cil pont.

Le mélange des couleurs avec l'huile est continuellement mentionné dans les statuts des tailleurs d'ymages, des enlumineurs et des peintres de Paris pour l'année 1391, et enfin on lit plus tard, dans un des registres aux résolutions des archives municipales de Gand, que, en 1419, les peintres Guillaume van Axpoele et Jean Martins ( Wilhem van Axpoele ende Jenne Martins vrie schilders in der stede van Ghend) avaient peint à l'huile {ende al dat den wercke ancleven mach, wercken met goeder olieverwen) plusieurs tableaux pour un des édifices appartenant à la ville.

En réunissant ces renseignements aux autres indications fournies par mes extraits, on pourra donc, tout en réservant aux frères van Eyck la gloire d'avoir découvert la véritable peinture à l'huile, c'est-à-dire certains perfectionnements dont l'importance fut confondue avec le retentissement produit par leurs chefs-d'œuvre; on pourra, dis-je, admettre l'ancienneté du procédé tel que le décrit le moine Théophile (Diversarum artium schedula, chap. xx, xxvi, xxvn). Ce surprenant encyclopédiste est aujourd'hui trop connu , grâce à l'estimable travail de M. de l'Escalopier, pour qu'il soit utile de le citer; mais j'annoncerai aux érudits qu'ils trouveront dans la Bibliothèque de Montpellier, et que le

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arts. Lille ne me paraît pas avoir donné aux artistes une protection bien active ; peut-être aussi que

gouvernement fait imprimer, dans le premier volume de la description des manuscrits conservés dans les bibliothèques départementales , une nouvelle rédaction de tout ce qui concerne la peinture. Ce traité, ainsi refondu, se trouve dans un recueil de pièces philosophiques et médicales, écrit moitié sur parchemin, moitié sur papier vergé, portant cette marque. Il a tous les caractères d'un manuscrit de la seconde moitié du quatorzième siècle , et il provient de la Bibliothèque Albani. M. Prunel, conservateur de la Bibliothèque de Montpellier, l'acheta avec plusieurs autres de même provenance, à un commissaire des guerres qui les avait conquis sur l'Italie à la suite de nos armées. Il porte le n° 852. Voici les passages qui présentent le plus d'intérêt. On remarquera le nimis tediosum reproduit à la fin du quatorzième siècle, comme dans le manuscrit de Paris de la même époque. Tous les droits des van Eyck sont fondés sur ces deux mots :

De Oleo Uni conjîciendo. Oleutn Uni sic fit, accipe oleum lini et sica in sartagine super ignem sine aqua. Deinde mitte illud in mortario et contunde illa donec tenuissimus pulvis fiet. llursum mittes in sartagine et infunde aquam modicum, sic calefacies fortiter, postea involve illud in pannum novum et pone in pressatorium ubi exprimatur factum 1 (formatum 1)

De Gluline vernicon. Pone oleum lini in ollam novam parvam , adde gumm quod vocatur servix vel grassa minutissime tritum et assimilatur thuri, deinde ponatur ad lentum ignem, ut coquatur ita ut non buliet usque dum tertia pars consumatur omnimode, quia multum periculosum est et de levi non extinguitur.

Nota. Quia quociescumque unum colorem imposueris, alter ci superponi non potest, nisi prior exicatur, quod in ymaginibus diuturnum et tediosum est nimis.

Je n'ai pas eu le temps de soumettre le recueil entier à toutes les épreuves de la critique, il m'a semblé cependant qu'à défaut de titre, de date, de faits ou de noms historiques, il fallait s'en rapporter aux caractères extérieurs pour placer ce manuscrit dans la seconde moitié du quatorzième siècle. Quant au traité sur la peinture, il diffère du texte de Théophile par un chapitre sur les proportions du corps humain, par un style incorrect et surtout par une orthographe défectueuse qui semble répondre à la prononciation espagnole ou du midi de la France. Le passage suivant, qui s'est glissé dans le texte latin, me semble une distraction du rédacteur et trahit peut-être son idiome naturel :

Nota. Bab. uerdure Babilonie. p. x. b. p. de semare v. d'alcus c. 7 d'nesedar c met tut ensemble e metes desus quatre onces de vin ad igne et faites bulir in hôc d'içur e post le metes ius e quant vos vudres laborer une ostre labur seraneyte bel.

Ces rédactions abrégées de Théophile ne sont pas rares : M. E. Gachet en a découvert une dans le recueil n° 10,151 de la Bibliothèque royale de Belgique; il le croit du commencement du treizième siècle.

Voici les quelques articles des comptes municipaux de Lille :

COMPTES JAQUEMON — DE PAYEMEN9 PAR EULS FAIS FOUR ET AU NOM DE LA VILLE IIe PART. — TOM. I. e

LXVI INTRODUCTION

le talent de ses artistes n'était pas de nature à stimuler sa générosité. Quoi qu'il en soit, la vie ne suf-

DE LILLE, DEPUIS LE DERRAIN JOUR DU MOIS D' OCTOBRE, NUIT DE LA TOUSSAINT L'AN DE GRACE M CGC IIII I, JUSQU'AU DERRAIN JOUR D'OCTOBRE L'AN DE GRACE MCCC IIII" II.

À le vesue de Gille Gossel, pour m piauls de gros parquemin à faire couuercines pour les comptes de la ville ix fr.

Pour l'achat d'un sac a eus mettre et porter yceuls comptes mi s.

Pour mi livres de candelles de siev ( suif ) arses en escripsant de nuit yceuls comptes.

Pour un aunes de vernil cendal à faire les banierettes, seruans à la fierté nostre Dame et les pingnons servans as trompes et autres instrumens des manestrels jeuans par deuant cele fierle a le dite procession de Lille xxxiv s.

A maistre Jehan Mannin, paintre, pour le fachon des dites baniere^es et puignons.

COMPTES JEHAN VIETE POUR ET AU NOM DE LA VILLE DE LILLE, DU JOUR DE TOUS- SAINS L'AN DE GRACE M CCC IIII xx ET II, JUSQUESLE DERRAIN JOUR DU MOIS D'OC- TOBRE , NUIT DE TOUSSAINS , L'AN DE GRACE M CCC IIII " ET III.

Aoust. — A maistre Jehan Mannin (ou Mauvin), paintre, pour auoir painturé, de couleurs a oie, ix cappes de plonc seruans aie porte Saint Sauueur et les pumiaulx et banierettes, là ossi seruans, payet pour certain marquiet (marché) de ce fait à lui lui 1. nu s.

COMPTES DE L'AN DE GRACE M CCC IIII III — M CCC IIII x* IV.

Au mois de may. — A Jehan Mannin, paintre, pour estoffes et fachon de un bannières , fighuirés de Kuwes de vin, que on entendoit à présenter à nostre seigneur le duc , à son joyeus aduenement et pour xxv estuchones armoyés tant de Bourghongne comme de la ville pour achefvier et ordonner les boefs que ossi on entendoit à présenter à notre dit seigneur Lim s.

Suivent de nombreux détails sur les vases d'argent achetés à Paris par Jacques dou Bos, orfèvre de Lille.

Septembre. — A Jehan Mannin, paintre, paur estoffes et fachon de vu banièretes armoyées de Franche et de Flandres, mises à le couronne, parmi le chiel, estant par desseur ycelle, armoyet des armes de la ville lx 1.

M. Victor Derode s'exprime ainsi, page 351 de son Histoire de Lille : De 1380 à 1410, le même registre signale encore comme peintres à oie, Miquiel Morel, Jehan Qaeval, Jehan Desbomclz, etc. Cet et caetera est assez malencontreux et ne prouve pas des recherches attentives ; je remarque en outre que les années 1380 à 1410 ne sont pas comprises dans un seul registre, chaque année a son registre. Plus loin on iit dans cette même Histoire de Lille : Parmi les peintres de cette époque (la domination des ducs de Bourgogne) il s'en trouve plusieurs que les biographies ne mentionnent pas et dont les noms sont révélés par les inventaires, par exemple : Jacques de Brabant, Jean Huelle, Jérôme Bosch, maistre Michel, maistre Rogier, maistre Bans, maistre Maillardet, etc. Ces noms sont pris dans l'inventaire des tableaux de Marguerite (voir plus haut, page xliv) et estropiés de la manière la plus bouffonne. Jacques de Barbary est devenu Jacques de Brabant, et

INTRODUCTION

LXMI

lirait pas s'il fallait seul entreprendre ces pénibles dépouillements; espérons que l'érudition trouvera dans la ville de Lille un homme assez dévoué pour comprendre l'importance et ne pas reculer devant les difficultés d'un semblable travail. Fait avec soin, avec suite, et surtout avec l'esprit critique qui sait élaguer sans rien omettre d'important, ce tableau de l'activité de Lille dans les arts, les lettres et surtout dans l'industrie, serait consulté avec profit par tous les historiens 1 .

Depuis quatre siècles cette ville sacrifie, sur l'autel des révolutions, quelques-uns de ses monuments, et elle me paraît être à bout de sacrifices. A peine si elle conserve quelques traces de sa splendeur du quinzième siècle. Ce qui n'est pas détruit est d'une époque assez moderne, ou vient de pays étrangers. Ce sont les maisons sur la place et l'incomparable collection de dessins des grands maîtres italiens 2, léguée par Wicar. Disons toutefois que la bibliothèque de

le tableau fait par Jean van Eyck, sans huile, donne lieu à la création d'un peintre fort nouveau sans doute : Jean Huelle!!

Quand l'histoire locale a de ces distractions, se perd dans ces généralités et s'en tient à ces à peu près, que peut-on exiger de l'histoire générale? C'est encore un livre à refaire.

1 Les Archives de Lille possèdent d'autres séries qui méritent l'attention. Je signalerai six registres consacrés aux métiers, commençant en 1459; plusieurs autres concernant les corporations, les inscriptions des magistrats depuis 1419, les registres aux résolutions du magistrat depuis l'année 1474 jusqu'en 1790, les ordonnances de police de 1382 à 1790. Il y a des faits curieux à recueillir sous toutes ces rubriques.

2 Un buste en cire fait partie du legs de M Wicar : c'est un portrait de jeune fille qui semble, à l'élégante finesse des proportions, au type de beauté , à la douceur du modèle, un tableau de Léonard de Vinci , en relief.

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la ville est riche en documents historiques , en manuscrits précieux, en incunables rares % et qu'avec les Archives de Flandres on peut se consoler de bien des pertes.

La chambre des comptes de Lille se complète par la chambre des comptes de Dijon. Des dépenses présentées à celle-ci étaient renvoyées à celle-là : sou-

1 L'estimable auteur du catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Cambray s'occupe de la rédaction du catalogue des manuscrits de Lille ; nous pouvons donc compter sur un bon guide. Je signalerai aux bibliographes une curiosité qui , à titre d'incunable, ne trouvera pas sa place dans ce catalogue; c'est l'exemplaire tant cherché du Spéculum humant salvationis , dont Heinecke disait: On prétend que le czar Piewe le Grand a acheté cet exemplaire et qu'il a passé à Saint- Pétersbourg (page 455). Il est d une parfaite conservation et présente en effet les singularités indiquées par les bibliographes, c'est-à-dire qu'on a imprimé au recto de la 27e planche de bois et au verso de la 40e, le texte ou la forme (la presse imprimait alors deux pages à la fois) correspondant aux planches 45 et 60 , erreur qui conduit à plusieurs conjectures intéressantes dans l'histoire des débuis de l'imprimerie. Mais je remets ces observations à un autre temps : ce sera l'occasion de s'expliquer sur plusieurs faits nouveaux, tels que la gravure de 1418 acquise par les soins de M. de Reiffenberg pour la Bibliothèque royale de Bruxelles et la découverte nouvellement faite à Basle d'un exemplaire de l'alphabet gothique gravé en bois et portant cette date : MccccLxiiu. En reproduisant, dans mes Recherches sur l'origine de l'imprimerie, quatre lettres de cet alphabet, j'avais cru pouvoir le placer entre la Bible des pauvres et l'alphabet gravé sur cuivre par le maître de 1466; je ne me suis pas trompé de beaucoup. Le professeur Hassler a fait cette découverte dans la bibliothèque de Basle, où elle m'avait échappé; il parle en oulre d'une seconde épreuve du Saint Christophe de 1423, dont l'ancienneté ne peut être cette fois mise en doute, puisqu'elle est mentionnée sur des catalogues rédigés antérieurement à la copie du graveur S. Roland. Mais M. Hassler compte, pour l'appréciation de ces nouveaux éléments de discussion, sur l'impartialité de M. Solzmann, et je ne lui ai donné aucun droit de douter de la mienne; il en sera convaincu, si, même en maintenant mes assertions, je combats son opinion.

INTRODUCTION

vent une confusion s'introduisait , et le receveur général écrivait sur les marges du registre : Vérifier si cet article ri a pas été porté au compte de Dijon. Rien n'était donc plus naturel et mieux indiqué que de confondre dans une seule recherche et de publier dans un même volume les renseignements fournis parles Archives de Flandres, à Lille, et les documents puisés dans les Archives de l'ancien duché de Bourgogne , à Dijon 1 . Mais le temps est un grand tyran , le temps m'a manqué et je ne puis qu'indiquer2

1 Même pour des années dont les Archives de Lille ont conservé les comptes, les Archives de Dijon sont de ressource et de complément indispensable. Ainsi Colart le Voleur, mentionné par les premières en 1415 comme le seul peintre du duc de Bourgogne, se trouve associé dans les secondes à Henry Bellechose : le 23 mai 1415, Henry Bellechose de Brabant est nommé peintre et varlet de chambre du duc au lieu de feu Jehan Malvel qui disparaît des comptes en 1412. (Dans le volume des Mémoriaux intitulé : Chest li livre des mémoires de la Chambre des comptes à Dijon commencé au mois de may m ccc iiiixx et vi.)

Les travaux d'architecture et de sculpture entrepris à la Chartreuse de Dijon, dans les différentes résidences du duché de Bourgogne et dans diverses églises, sont mentionnés dans des comptes, inventaires et marchés qui ne se retrouvent pas à Lille , môme en copies ; enfin c'est à Dijon qu'on peut combler les lacunes signalées dans la grande série des registres des comptes conservés dans les Archives générales du Nord.

3 Je prends pour guide les publications suivantes:

Notice sur les archives du département de la Cûte-d'Or, par M. Boudot, conservateur des archives. Dijon, 12°, 1828.

Mémoire historique et statistique sur les archives générales du département de la Côte-d'Or et de l'ancienne province de Bourgogne , par M. C. H. Maillard de Chambure, conservateur des archives. Dijon, 8°, 1838.

Catalogue d'une partie des livres composant la biblothèque des ducs de Bourgogne par G. Peignot, Dijon, 8°, 1830. — Seconde édition, augmentée du Catalogue de la bibliothèque des Dominicains de Dijon, rédigé en 1307. Dijon , 8°, 1841.

Rapport à M. le ministre de l'intérieur sur les documents concernant l'histoire de la Belgique, qui existent dans les dépôts littéraires de Dijon et de Paris, par M. Gachard, archiviste général du royaume. lrc partie : Archives de Dijon. Bruxelles, 8°, 1843. La seconde partie n'a pas paru.

Je ne cite pas l'ouvrage de M. Barrois. C'est, quant aux documents extraits des archives de Dijon, une réimpression du livre de M. Peignot.

INTRODUCTION

ce que j'espère de mes investigations prochaines dans ce dépôt important.

Il est peu de collections qui aient été si souvent, fouillées et interrogées par des hommes aussi profondément experts dans les recherches historiques, et particulièrement dans ces dépouillements laborieux qui exigent, avec un certain tact, une sorte d'instinct donné par l'expérience. Déjà, sous le gouvernement des ducs de Bourgogne, un inventaire méthodique de leurs chartes avait été fait, et il s'est conservé; puis, et successivement, les archivistes Jean de Maroilles , en 1410 1 ; Thomas Bonesseau , en 1 430 2 ; Jean Vandenesse, en 1 448 3, amendèrent et complé-

1 Cet inventaire est intitulé : Le plus ancien inventaire des titres des ducs de Bourgogne, il se compose de 110 feuillets de parchemin.

2 Un volume in-folio en papier. Il contient la copie de l'inventaire de Maroilles et les additions de Bonesseau.

3 Un volume in-folio en papier, de 430 feuillets, intitulé : Inventaires des chartes, titres et lettres de la Chambre des comptes de Dijon par Jean de Vandernesse. Il en existe une copie faite au dixseptième siècle. M. GacharJ a publié l'acte d'installation de cet archiviste temporaire; il débute ainsi:

Le mercredi darrenier jour de juillet de l'an mil cccc quarente huit, MS le chancellier de Bourgoingne, estant en la ville de Dijon, a rapporté à MS le président et à MSS des comptes que MS le duc vouloit que toutes les lettres et chartes, estant en son trésor de ceste dite ville de Dijon, fussent veueset inventoriées, et mis en bonne ordonnance bien et deuement et par bailliaiges, par gens notables et bien secrez, et, pour ce faire , a advisez , esleuz, nommez et ordonnez maistre Jehan de Vandernesse , chanoine de la chappelle de MdS le duc à Dijon, et Lienart du Cret, clerc desdits comptes. Et a ordonné MdS le chancellier à MdSS desdits comptes que, pour la dicte cause, ils mandent les dits maistres Jehan de Vandernesse et Lienart du Cret, et leur ordonnent que diligemment et soigneusement ils vacquent et entendent à inventorier toutes les dites lettres et chartes estant ou dit trésor, en les mectant par layetes et par bailliaiges, comme dit est, en mectant tout par bonne déclairation et ordonnance et que pour entreposer et mectre les dites lettres , selon qu'elles seront inventoriées , l'on leur feist faire bonnes layetes de bois de chaigne, et que en chascune layete feust fait ung brevet et inventoire particulier de toutes les lettres qui seront mises en icelle layette, afin de plus aiséement et prestement trouver les dites lettres , quant on en aura à faire et à besoignier. En oultre fut ordonné à MdSS des comptes , par le dit

INTRODUCTION. LXXI

tèrent cet important recueil. Il y ajuste un siècle, les bénédictins vinrent dans ces Archives faire les quatre volumes de leur excellente histoire de Bourgogne 1 . Ces graves érudits savaient déjà associer au sérieux de l'histoire la couleur anecdotique qui en fait le charme et l'intérêt. Les premiers , ils comprirent de quelle ressource pourraient être à côté des chartes et des diplômes, les comptes, les inventaires et les correspondances. En un mot , ils nous montrèrent la voie que nous nous efforçons de suivre 2.

Aujourd'hui les Archives de Dijon ne sont plus ce qu'elles étaient de leur temps. Les révolutions ont soufflé sur elles ce tourbillon dévastateur qui, en renversant tout sur son passage , ne laisse derrière lui que ce qu'il n'a pu détruire 3. Après la tour-

MS le chancellier, de prendre et recevoir le serment des dits maistres Jehan et Lienart, que bien secrètement ils verront et visiteront les dites lettres et chartes, et que personne quelconque vivant ils ne diront, ne révéleront aucune chose du contenu en icelles lettres et chartes, en quelque manière que ce soit, ne en quelque lieu qu'ils puissent estre, ains senon à ceulx qu'il appartiendra comme à MdS le chancellier, MS le président et MdSS des comptes; tiendront le tout secret, sur peine de parjurement et d'estre deshonnorez à tousjours.

1 Histoire générale et particulière de Bourgogne avec des notes, des dissertations et les preuves just ificatives, par un religieux bénédictin de l'abbaïe de S. Bénigne de Dijon et de la congrégation de S. Maur. Dijon, in-folio, années 1739 à 48 pour les trois premiers volumes publiés par dom Plancher, et 1781 pour le quatrième rédigé par dom Alexis Salazard Ce dernier volume est de beaucoup inférieur aux trois premiers; les omissions, les négligences y abondent. On y sent déjà la décadence de cette célèbre compagnie dans les dernières années de son existence.

2 Je ne dois pas omeltre les travaux de l'abbé Courtepée et de Beguillet ; leur attention et leur recherches se sont portées sur les objets qui nous intéressent : Description générale et particulière du duché de Bourgogne. Dijon, in-8°, 1774-1785.

3 On ne saurait exprimer d'une manière plus éloquente tout le mépris qu'inspirent ces saturnales de l'ignorance, qu'en citant le Moniteur

LXX1I INTRODUCTION

mente, après que des milliers de livres pesant de parchemin eurent été envoyés aux arsenaux , il est encore resté sur les rayons la collection la plus importante de titres et de documents que nous possédions en France, après les grandes Archives du

officiel , c'est-à-dire les lois de ce temps et les actes de ces hommes ; M. Maillard de Chambure s'en est tenu là, on ne saurait mieux faire :

Ce fut une barbarie froide, impitoyable, impie, que celle qui régla, par des lois exécutées avec ordre et régularité, l'anéantissement des souvenirs historiques, où la gloire de la France était encore plus intéressée que celle de quelques-uns de ses enfants. Cette violente rupture avec le passé fut consacrée d'abord par la loi du 24 juin 1792, qui servit de prétexte aux plus honteux trafics. L'arrêté du directoire du département de la Côte-d'Or du 22 juillet suivant et le procès- verbal , dressé le 20 novembre , de l'état des archives de la chambre des comptes font connaître combien considérable fut ce premier triage et tout ce qu'il doit laisser de regrets. Peu après, le 10 avril 1793, le directoire du département fît brûler publiquement les terriers, manuels et censiers des terres nobles et des fiefs. Le 27 brumaire an il, les titres féodaux saisis chez les émigrés subirent le même sort. Ce qui a échappé à cette destruction est heureusement considérable. La section des terriers est encore l'une des plus riches des archives. Bientôt les mesures les plus folles organisèrent la dévastation de ce dépôt. Il est curieux d'en suivre la succession. Billaud-Varennes et Collot-d'Herbois ordonnent au directoire de la Côted'Or de réunir, sous un scellé, tous les parchemins, livres et papiers, qui pourraient blesser les principes de la liberté et de la raison (7 germinal an il). Les citoyens Pajot et Jarsuel demandent qu'on leur remette soixante-dix milliers pesant de papier des archives, pour les mettre au pilon et en fabriquer du papier blanc, afin de ménager le vieux linge, qui sera mis en charpie (3 nivôse an n). Le comité de salut public fixe à cinq ans de fers la peine à porter contre les détenteurs de titres féodaux (28 ventôse an n). Quatorze milliers de parchemin sont envoyés au port de la Montagne (Toulon) pour servir à la confection des gargousses (2 ventôse an n). Envoi de treize mille quatre cents livres de parchemin à l'Arsenal d'Auxonne (22 ventôse an n). 1er pluviôse an vi , autre envoi de six cent quarante-huit livres de vélin. Le ministre de la marine , Pleville-I.epelley , en demande un nouveau choix , dont les feuilles doivent avoir trente-deux pouces de longueur sur dixneuf de largeur (20 fructidor an v). Il existait aux greffes du parlement et de la chambre des comptes une quantité considérable d'affaires dont les pièces étaient renfermées dans des sacs. On imagine , le 7 vendémiaire an m , d'employer trois mille quatre cent huit de ces sacs aux distributions militaires ; les papiers qui y étaient serrés sont perdus presque en totalité. Enfin, et ces pertes furent peut-être les plus importantes, des arrêtés ordonnèrent la vente des vieux papiers désormais inutiles. On comprit dans cette catégorie tout ce qui tomba d'abord sous la main. C'est ainsi que, indépendamment des enlèvements déjà signalés et de l'envoi fait à Pans, le 10 octobre 1792, de treize caisses de titres précieux sous le rapport de l'histoire et des arts, pesant dix-huit cent quarante -neuf livres , on vendit, le 1er germinal an iv, soixante-six mille six cent trente- cinq livres de papiers de toute nature , et, le 27 thermidor an v , quatorze mille neuf cent douze livres d'autres titres, tirés particulièrement des établissements religieux. En 1810, 1811 et 1813, sur une autorisation verbale du préfet, il en fut vendu environ quatre mille livres pesant.

INTRODUCTION

LWlll

royaume et les Archives du Nord. Elle attira de bonne heure l'attention des érudits et fournit à des poursuites variées une récolte toujours abondante 1 ; elle fut aussi, de la part des archivistes, le sujet de classements méthodiques et de dépouillements sommaires.

Par suite de ces travaux importants, de ces classements scientifiques , de ces inventaires rigoureux , les recherches deviennent difficiles, elles menacent de rester stériles. Je m'explique: l'habitude des Archives et le commerce de MM. les archivistes m'ont

1 Le premier en date est l'actif et fécond C.-X. Girault. 11 a disséminé, dans une foule d'ouvrages et de dissertations, des renseignements précieux, puisés à cette source, depuis le retour de la tranquillité jusqu'à l'époque de sa mort, arrivée en 1823. M. Gabriel Peignot vint ensuite avec cette ardeur impatiente du compilateur , qui aurait gagné à attendre de plus complètes investigations; nommons enfin M. de Saint-Memin, auquel le comité des arts n'a pas en vain fait appel. M. Didron avait annoncé dans ses Annales archéologiques et on m'a communiqué, au ministère de l'instruction publique, un mémoire de quatorze feuillets intitulé : Noms d'anciens artistes et ouvriers mentionnés dans divers documents, principalement extraits de deux volumes in-4° manuscrits appartenant aux archives du département de la Côte-d'Or, marqués des lettres X et Y et intitulés : Plusieurs mémoires TIRÉS DE LA CHAMBRE DES COMPTES DE DlJON ET DES ARCHIVES DE LA

Chartreuse. J'ignore par qui ont été faits ces extraits; mais, en l'absence des originaux , cette copie ne peut inspirer de défiance , elle doit tout au plus motiver quelque réserve. M. de Saint-Memin , en l'envoyant au comité des arts, l'a cru inédite; les différents érudits que j'ai cités en avaient fait usage.

J'ai pris dans tous ces travaux, et j'ai inséré dans mes tables, le petit nombre de noms d'aitistes qui n'étaient pas déjà portés dans les omptes de Lille. Deux d'entre eux m'ont été fournis par les registres des années 1357 et 1359, ils ne dépassent pas mon cadre; car, de môme que j'ai poussé mes explorations dans le domaine des comtes de # Flandres, afin de connaître l'état du luxe et le mouvement des arts avant l'arrivée des ducs de Bourgogne dans les Pays-Bas, de même aussi m'a-t-il paru utile d'examiner cette situation dans le duché de Bourgogne avant l'extinction de la première race, en 1361.

LXX1V INTRODUCTION

appris combien des salles numérotées, des liasses étiquetées, ou des cartons inventoriés, rendent faciles les réponses à toutes les demandes. Avez-vous besoin de consulter les chartes, les registres ou les comptes de telle ou telle époque , on vous répond d'après l'inventaire : Nous avons ceci, nous n'avons pas cela, et on ne sort pas de ces réponses. Il y aurait bien telle ou telle série abondante en ressources dans la direction que vous suivez, mais elle ne vous sera pas indiquée si vous ne l'avez pas formellement demandée, et encore faut-il qu'elle soit portée sur les inventaires et étiquetée en place, pour qu'on la trouve; autrement on vous répond imperturbablement : Nous n'avons pas cela. Or ces travaux étant de leur nature pénibles, le plus ardent se laisse persuader, sans trop de répugnance, par un argument qui rend sa tâche plus facile, et c'est ainsi que les Archives restent vierges pour avoir été trop fréquentées. Supposez , au contraire , non pas le désordre , il ne profite à personne, mais une certaine confusion primitive, aussitôt l'érudit explorateur et l'archiviste lui-même se prennent du plus beau zèle. Stimulés tous deux par l'inconnu, on cherche ici , on cherche là , on cherche partout , sûr moyen de trouver quelque part. Si ces réflexions sont justes pour les recherches historiques en général , elles le sont surtout pour le genre d'investigations que nous entreprenons, car les renseignements dont nous avons besoin, n'ont pas de rubrique spéciale, ils se trouvent mêlés à tous

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